Avec les idées de Saint-Gall, la révolution est en marche

FootballCoup de jeune, coup de maître. Zeidler et sa bande incarnent le renouveau en tête du classement.

Itten incarne cette jeunesse triomphante qui peut remercier Peter Zeidler, l'entraîneur qui ose faire confiance.

Itten incarne cette jeunesse triomphante qui peut remercier Peter Zeidler, l'entraîneur qui ose faire confiance. Image: Freshfocus

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Peut-être qu’au fond tout cela était écrit. Écrasée par un intouchable Bâle durant trop longtemps, puis par Young Boys depuis deux ans, la Super League avait lâché la proie pour l’ombre. À baigner dans ses propres certitudes, sans remise en question, on flotte peu à peu dans l’ennui, on perd le fil de l’eau, celui de la conquête. Et puis il y a parfois une tempête qui s’en vient balayer, momentanément ou pas peu importe, cet ordre pesant qui semblait noyer tous les espoirs. Pour le championnat de Suisse de football, cette révolte est portée par une bande de joyeux gamins, ce FC Saint-Gall qui renverse tout sur son passage et qui vient de s’installer à la première place du classement.

On ne sait pas si cela va durer. Mais puisque l’interrogation est déjà vieille de plusieurs mois, puisque tout ce que proposent les Saint-Gallois se vérifie avec de plus en plus de bonheur, à l’image de ce dernier succès à Bâle, alors il faut sans doute se dire que le hasard y est moins présent que la destinée. Celle que l’on se trace. Chronique d’un avènement.

Un entraîneur

Saint-Gall, c’est d’abord un homme et ses idées: Peter Zeidler. Il a 57 ans aujourd’hui, il est arrivé chez les Brodeurs en juillet 2018 et depuis, la révolution est en marche. Sa philosophie de jeu pourrait paraître simpliste: rester haut dans le terrain, pour récupérer le ballon le plus rapidement possible, dans le camp adverse si possible et, aussitôt, partir en rupture avec férocité. Il faut se méfier des résumés lapidaires.

En réalité, tout est minutieusement organisé, travaillé, pensé en amont et taillé sur mesure pour une équipe construite spécialement pour cela. «La force de Peter Zeidler, c’est de donner confiance à tout le monde, explique Vincent Rüfli. Je ne joue plus beaucoup et pour voir ce que font les titulaires sur le terrain, je n’ai rien à revendiquer. Mais cette volonté de jouer haut et vite est le souci collectif de toute l’équipe, titulaires comme remplaçants.»

Un directeur sportif

À l’heure où Bâle creusait sa propre tombe en se séparant en 2017 de Georg Heitz, le directeur sportif de tous les succès (9 titres de champions depuis 2008), Saint-Gall cherchait le sien. À l’image de Young Boys, qui s’était orienté vers Christoph Spycher, les Saint-Gallois ont courtisé Alain Sutter, également un ex-international, avec de vraies idées pour le club. Il est arrivé en janvier 2018. À charge pour lui de penser l’avenir du club.

Un président

Parallèlement, il y a aussi eu, début 2018, la venue au poste de président de Matthias Hüppi, l’ex-star des plateaux de la TV alémanique qui reformait donc le duo avec Alain Sutter. Il a fait le ménage et remis Saint-Gall sur les bons rails, c’était nécessaire. Et il a aussitôt lancé la ligne directrice. «Nous devons nous occuper de nos espoirs, avait-il d’emblée souligné. C’est dans cette direction que nous devons aller.»

Une philosophie commune

Ce sont ces trois hommes qui sont à l’origine du bonheur saint-gallois actuel. Sans oublier ceux, les généreux mécènes, qui ont aidé le club quand le pire menaçait. On résume. Un président tout neuf, un directeur sportif tout neuf, une volonté de relancer le club de toute une région sainement, en pensant aux jeunes. Il fallait un entraîneur pour porter ce projet, Peter Zeidler était l’homme idéal. Et cela séduit. Lorenzo Gonzalez, l’ex-Servettien passé par Manchester City et brièvement à Malaga est la dernière recrue en date, il n’a pas hésité longtemps. «J’ai discuté avec Alain Sutter et Peter Zeidler, leur projet de jeu, avec des jeunes, est très intéressant, je suis dans le club idéal pour me relancer.» A 19 ans…

Miser sur les jeunes

Un chiffre illustre ce qui se passe. Saint-Gall est le contingent le plus jeune de Super League. Sa moyenne d’âge s’établit à 23,4 ans. Deux ans de moins qu’YB. Avec ses presque 27 ans de moyenne d’âge, Xamax est loin du compte, même Servette, avec 25,6 d’âge moyen pour ses Grenat, est bien plus «vieux» que les Brodeurs.

Tout cela a été réfléchi en amont. Si la direction ne le clame pas comme un objectif en soi, l’idée de recruter des jeunes et de les faire jouer est intelligent sur le plan économique. D’abord, ils coûtent bien moins cher qu’un élément plus expérimenté et déjà confirmé. Ensuite, ils rapportent plus quand ils ont été mis en valeur et qu’ils sont transférés. Exemple avec Derek Kutesa et Dejan Stojanovic. Le premier a rejoint Reims pour 1,8 million de francs, le second est parti à Middlesbrough pour 1,2 million. Les dépenses? Pas plus de 400 000 francs. «Il n’y avait pas de raison économique pour guider ce choix, mais c’est vrai que c’est intéressant pour un club comme Saint-Gall, reconnaît Peter Zeidler. La plupart du temps, ces jeunes nous appartiennent, il n’y en a que deux qui sont en prêt, Demirovic et Bakayoko. Il n’en faut pas plus que ça.»

Un système de jeu

Enfin Saint-Gall, c’est un système de jeu qui décoiffe! Depuis le départ de Kutesa (fin août), c’est le 4-3-1-2 qui s’impose. Pas n’importe comment. Avec cette idée de jouer haut. Et surtout, avec ce pressing si agressif à la perte de balle, dans le camp adverse, qui fait le malheur de tous les adversaires invariablement poussés à la faute.

On ne sait pas si Saint-Gall sera champion. Mais avec Servette, les Brodeurs sont déjà la belle surprise de la saison.


«Avec un jeune, il y a plus de place sur le disque dur»

Peter Zeidler, vous êtes l’entraîneur de l’équipe la plus jeune de la ligue: racontez-nous ce bain de jouvence?

Il y a plusieurs avantages. D’abord, avec un jeune, il y a plus de place sur le disque dur. Je veux dire par là qu’ils ne sont pas déjà figés dans certaines habitudes. Ils apprennent plus vite, ils sont à l’écoute. Ils récupèrent également plus facilement des efforts. Et même s’il n’y a pas de volonté économique derrière, ils coûtent moins cher au club.

Tout cela, ce qui se passe maintenant il a bien fallu le penser en amont, non?

Je suis arrivé avec mes idées, avec mes principes de jeu, ce que j’ai appris notamment à Hoffenheim ou à Salzbourg. J’ai eu la chance aussi de trouver à Saint-Gall des joueurs pour appliquer cette philosophie. Et bien sûr que nous en avons parlé avec Alain Sutter. Nous sommes partis d’un idéal de foot, d’un projet rêvé de jeu. Et il a fallu compléter le contingent en fonction de ce que nous voulions faire.

Si vous deviez décrire cette idée du foot que Saint-Gall incarne aujourd’hui avec bonheur?

Le foot commence avec la récupération du ballon. On peut penser à Guardiola avec le Barça, cette volonté de reprendre la balle très vite, dans les premières secondes qui suivent sa perte. Après, il y a d’autres réflexions qui partent de là. Récupérer le ballon le plus vite, avec un pressing intense et haut. Mais ensuite se projeter très vite dans la transition, verticalement. Il y a tout une nouvelle génération d’entraîneurs qui cherchent ça. Coach, c’est un peu être un voleur d’idées, au fond. Le reste, ce que l’on ne contrôle pas, c’est l’euphorie, la solidarité, l’esprit qui porte tout un groupe.

Saint-Gall peut-il être champion cette saison?

Même si l’on ne me croit pas, je n’y pense pas. Saint-Gall va continuer à se concentrer sur le prochain match. Et contre Servette, dimanche, ce sera plus dur que contre Bâle, je le sais déjà. D.V.

Créé: 03.02.2020, 18h20

Commentaire

Une leçon en guise d'exemple

Fantasmé à l’envi, le bol d’air saint-gallois est un magistral pied de nez. Une pirouette juvénile qui se rit des hiérarchies ancestrales. Bâle, a sans doute montré l’exemple en termes de travail avec les jeunes, mais avec des moyens financiers colossaux. Young Boys, quand le colosse rhénan s’est tiré une balle dans le pied, a pris le relais, également porté par une puissance économique conséquente. Les autres? Ils regardaient de loin le duel des géants, persuadés de ne pouvoir jamais leur arriver à la cheville, faute de moyens.

Et voilà Saint-Gall, aujourd’hui. Le plus jeune contingent de Super League, la qualité à prix discount. La valeur marchande des jeunes Brodeurs est estimée à 23,5 millions, là où Bâle flirte avec les 56 millions, tandis qu’YB approche les 69 millions. De quoi nourrir la réflexion.

La tentation du mimétisme est grande. Il suffirait donc d’aligner des jeunes joueurs? Sûrement pas. L’aventure saint-galloise dit le projet en amont, la minutie d’un recrutement en fonction d’une philosophie de jeu. C’est l’histoire d’une réflexion intelligente qui s’inscrit en exemple. Une réponse moderne aux tactiques existantes, du jeu de possession aux schémas attentistes.

C’est une source d’inspiration, spécialement en Suisse. Pour deux raisons. D’abord, il n’est pas inutile de réfléchir à un projet de jeu et surtout de construire autour, cela paie. Ensuite, dans ces conditions, il n’est pas interdit de faire confiance aux plus jeunes. Merci Saint-Gall pour cette leçon. D.V.

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