L’Iseran, toit du Tour, pourrait décider de tout

CyclismeLe peloton s’attaque ce vendredi au géant savoyard, avare en oxygène et haut en couleur. Et si la course basculait là?

L’Iseran (2770 m), plus haut col routier d’Europe, c’est une ascension de 12,9 km à 7,5% de pente moyenne.

L’Iseran (2770 m), plus haut col routier d’Europe, c’est une ascension de 12,9 km à 7,5% de pente moyenne. Image: Getty Images

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La légende du Tour de France adore s’inscrire sur les pentes du Tourmalet ou du Galibier, qui a accouché jeudi de deux souris colombiennes (lire ci-contre). Mais cette année, c’est peut-être dans l’Iseran, plus haut col routier d’Europe, que la Grande Boucle pourrait trouver son maître. «Cette ascension sera déterminante, surtout après toute la fatigue accumulée jusqu’ici. Pour moi, c’est clair, la gagne se jouera là, affirme même Charly Mottet, 4e du Tour en 1987 et 1991. La différence se fera dans les cinq derniers kilomètres. Pour les costauds, les tout grands, ce sera le moment idéal pour s’expliquer.»

L’Iseran, monstre savoyard qui culmine à une altitude entre 2762 et 2770 mètres selon les cartographes, ne sera emprunté par le peloton du Tour que pour la huitième fois depuis la première en 1938, un an après que cet ancien chemin muletier s’est ouvert à la circulation. Et c’est seulement la deuxième fois que les coureurs s’y attaqueront par le versant sud, qui relie la vallée de la Maurienne à celle de la Tarentaise.

Poulidor s’en souvient

La première, c’était en 1963 et Raymond Poulidor s’en souvient encore: «Cette année-là, ils venaient de goudronner la route pour nous permettre de monter tout en haut, nous expliquait jeudi matin à Embrun l’homme aux huit podiums. Il faisait une chaleur si terrible qu’il avait fallu des litres d’essence pour enlever le goudron des vélos. Il y en avait un centimètre sur les roues, les freins étaient embourbés. C’était une horreur, je n’oublierai jamais cette odeur. Les mécaniciens avaient eu du boulot, mais nous aussi: l’Iseran n’est pas forcément le plus dur, mais ça monte pendant des kilomètres et des kilomètres, il est interminable.»

Au cœur de la Vanoise

Officiellement, l’ascension débute à Bonneval-sur-Arc (1791 mètres) et s’étire sur 12,9 bornes à 7,5% de pente moyenne. «Mais la montée en faux plat commence bien avant, à partir de Lanslebourg-Mont-Cenis (ndlr: 1401 mètres), prévient Bernard Thévenet, vainqueur des Tours 1975 et 1977, dans un sifflement empli de respect. Houlà, c’est long hein… (44 bornes donc, Madeleine comprise). Je l’ai gravi il y a quinze ans en cyclotouriste et je peux vous dire que je me rappelle! C’est très usant car à part quelques minitronçons, vous luttez en permanence avec la pente. Bien sûr que le Tour peut se jouer là parce qu’après la bascule, il n’y aura plus qu’une courte descente et la remontée vers Tignes. C’est là que le plus en forme devra achever son œuvre et le troupeau. Si en plus il fait chaud, ce sera encore plus dur.» La météo prédit un autre type de fléau afin d’égayer tout ça: la pluie.

Si Bernard Thévenet et tant d’autres ne se sont jamais frottés à l’Iseran en course, c’est parce que le géant, au cœur du parc naturel de la Vanoise, a été protégé dès 1963. Il fallut la farouche détermination de Jean-Marie Leblanc, ex-directeur du Tour, pour y faire repasser la caravane en 1992 – avec des restrictions telles que l’interdiction de klaxons ou autres jets de gadgets. Christian Prudhomme, successeur de Leblanc, n’a pas hésité à relancer la légende en 2007 et, donc, en 2019. «Le mythe naît de la rareté, déclarait-il en octobre passé, au moment de dévoiler le parcours. Là-haut, on a le sentiment d’être sur le toit du monde. Il y a toutes les couleurs du ciel.»

«Tu respires avec une paille»

Le peloton aura le «privilège» de les contempler. Mais en dépit de la grisaille annoncée, gare au rouge: «À partir de 2200 mètres, les kilomètres comptent double, estime Charly Mottet. À cette altitude, tu respires avec une paille, il faut être capable de gérer. Le moindre effort inconsidéré, la moindre erreur se paiera cash.» Nicolas Portal, directeur sportif d’Ineos, abonde: «Celui qui piochera trop tôt dans ses réserves explosera.» L’Iseran, toit du Tour. C’est là, en 1959, que Louison Bobet, souffrant pour ne pas dire plus, avait abandonné et dit définitivement adieu à la Grande Boucle. Le triple vainqueur du Tour s’était fait un point d’honneur d’atteindre le sommet avant de poser pied à terre. C’est là que, soixante ans plus tard, pourrait bien se jouer cette 106e édition.

Créé: 25.07.2019, 21h21

Jour de fête en Colombie

Feu de paille ou signe annonciateur? En tout cas, la Colombie a frappé fort, jeudi lors de la 18e étape entre Embrun et Valloire (208 km). Nairo Quintana, parti dans un premier temps avec une trentaine de compagnons, a fait la décision dans le col du Galibier pour s’imposer en solo. Pas aidé par la «stratégie» fumeuse de sa formation Movistar, le grimpeur de poche revient à moins de 4 minutes de Julian Alaphilippe au classement général.
Le maillot jaune, décroché dans l’ascension, a pu refaire son retard grâce à ses prodigieux talents de descendeur. Parmi les favoris, seul Egan Bernal, l’autre Colombien du jour, est passé à l’attaque. Son joli numéro lui a permis de doubler au classement Thibaut Pinot, Steven Kruijswijk et même Geraint Thomas, son coéquipier chez Ineos, pour 5 secondes. Le gamin de 22 ans est désormais dauphin d’un Alaphilippe qui semble vaciller sur son trône. Vendredi et samedi, à des altitudes qui lui sont familières, le natif de Zipaquira (2650 m) pourrait bien enfoncer le clou. S.M.

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