Comment les Italiens ont décroché les JO d’hiver 2026

OlympismeMilan-Cortina a été choisi aux dépens de Stockholm-Åre. Le succès du dossier italien s’est construit en quatre temps.

La délégation transalpine exulte après l’annonce victorieuse. Milan-Cortina a obtenu 47 voix contre 34.

La délégation transalpine exulte après l’annonce victorieuse. Milan-Cortina a obtenu 47 voix contre 34. Image: Reuters

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L’explosion de joie du clan italien tranche avec le silence forcé des Suédois. Le président du CIO Thomas Bach vient d’annoncer l’implacable verdict. C’est Milan-Cortina qui organisera les JO d’hiver 2026. La candidature italienne s’est imposée de 13 voix (47 contre 34). Une avance confortable pour un succès annoncé depuis plusieurs jours. Un triomphe qui tient en quatre explications.

Le soutien populaire

«L’écart entre les deux villes en termes de soutien populaire a été la clé, avançait le président Thomas Bach après la victoire italienne. Cela a été un signal clair pour beaucoup de membres.» Selon les sondages menés par le CIO en février, 83% des Italiens se disaient en faveur des Jeux, contre seulement 55% de Suédois.

Un aspect crucial après les trois référendums négatifs qui ont marqué l’attribution de ces JO d’hiver. Le non des Valaisans à Sion 2026 l’année dernière a fait écho à l’opposition du Tyrol autrichien pour Graz et de la ville canadienne de Calgary. Une triple claque qui a ébranlé le mouvement olympique.

«Souvent, le soutien populaire est étroitement lié au soutien politique», a conclu le président Bach. Le refus de la maire de Stockholm de signer le contrat de ville hôte et l’engouement timide du monde politique suédois ont fini d’achever la candidature scandinave. «Contrairement à Milan-Cortina, les Suédois n’ont pas fourni les garanties nécessaires, regrettait l’ancienne perchiste russe Yelena Isinbayeva, qui vivait sa première attribution en tant que membre du CIO. Tout s’est joué sur ce point.»

Le rapport décisif

La commission d’évaluation du CIO a tenu un rôle majeur dans l’attribution des Jeux olympiques. Cette année, elle a visité tour à tour les installations suédoises (en mars) puis leurs pendants transalpins (en avril). Ce groupe de travail a rendu son rapport fin mai. «Cela a été le tournant, soulignait l’Américaine Anita DeFrantz, vice-présidente du CIO. Dès lors, les Italiens ont eu une longueur d’avance. Les Suédois n’ont jamais été en mesure de combler ce retard en trois semaines.»

La diplomatie italienne

La délégation transalpine avait fière allure, et pas seulement à cause de leurs élégants costards sombres signés Giorgio Armani. Le charisme, la force de conviction, la capacité à vendre ses idées sont autant d’aspects maîtrisés à la perfection de l’autre côté des Alpes. «Les Italiens ont une façon de faire qui est bien rodée, reconnaissait volontiers le Neuchâtelois Denis Oswald, membre du CIO depuis 1991. Ils ont toujours été très bons pour ce genre d’opération. Cela a certainement joué un rôle.»

Le président du Comité olympique italien, Giovanni Malagò, incarne parfaitement ce savoir-faire diplomatique. «Il ne s’agit pas uniquement de présenter des arguments techniques, mais aussi de créer des relations humaines», a-t-il lâché après une rencontre officielle au Musée olympique. Un défi que le chef de la candidature transalpine et ses collègues sont visiblement parvenus à résoudre.

Un finale émotionnel

«Mon rêve est de pouvoir participer à ces JO 2026 dans mon pays.» Elisa Confortola a clôturé la présentation italienne avec brio, à 17 ans seulement. Par ses mots, la prometteuse spécialiste de short-track a soudain rendu tangible le projet Milan-Cortina. Aux côtés de trois autres athlètes (dont la skieuse Sofia Goggia), son histoire a touché au cœur les derniers indécis. L’émotion suscitée par les Transalpins a tranché avec le ton parfois froid des Suédois (lire l’encadré). «Ce finale, c’était notre arme secrète, confiait Elisa Confortola. J’avais envie de porter la voix de toute la jeunesse italienne.» Une intervention réussie qui a été la dernière touche d’un succès indiscutable.

Créé: 24.06.2019, 23h09

Le coup de bluff suédois n’a pas suffi

«Est-ce que nous voulons vraiment changer ou est-ce que ce ne sont que des paroles en l’air?» La question a fait l’effet d’une bombe. Elle est tombée à la fin de la présentation de Stockholm-Åre, de la bouche de Gunilla Lindberg.

La Suédoise est une membre influente du CIO, où elle siège notamment au comité exécutif depuis 2011. Cette interpellation frontale, adressée à ses collègues, était une manière de piquer leur orgueil. Une manœuvre qui s’est retournée contre les Suédois au final. «C’était presque un reproche, regrettait Denis Oswald, l’un des deux membres suisses du CIO à voter lundi avec René Fasel. Ce n’était peut-être pas très bien vu politiquement parlé.»

Interrogé en conférence de presse, le président Thomas Bach était emprunté: «Je ne peux pas commenter chaque phrase des deux présentations», a-t-il d’abord répondu pour botter en touche. L’Allemand a ensuite rappelé que Milan-Cortina aussi répondait aux nouvelles normes voulues par le CIO. La malaise était tangible.

Dos au mur, la délégation suédoise se devait de provoquer l’inattendu pour contrecarrer le triomphe italien annoncé. «Ils ont senti qu’ils étaient derrière, poursuivait Denis Oswald. Les Suédois ont donc tenté un dernier coup de bluff.» La maire de Stockholm, Anna König Jerlmyr, avait elle aussi sorti un joker. La jeune libérale (41 ans) a entonné quelques paroles de la chanson «Dancing Queen» d’ABBA au milieu de son discours, devant un parterre médusé. Lundi, la défaite suédoise avait surtout des airs «Waterloo». U.CY

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