David Goffin: «J'ai l'air relax, mais ça chauffe à l'intérieur»

TennisDixième à la Race, le Belge joue sa place au Masters entre Bâle et Bercy. Discussion avec l’un des joueurs les plus fins du circuit.

Guère avantagé par son physique de poids plume, David Goffin compense avec sa rapidité et son intelligence de jeu.

Guère avantagé par son physique de poids plume, David Goffin compense avec sa rapidité et son intelligence de jeu. Image: AFP

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David Goffin, vous débutez contre Marin Cilic (15h) un sprint qui peut vous mener au Masters. Une qualification changerait-elle votre bilan annuel?
Oui, quand même. Mais si on m’avait dit en janvier que j’allais être dans la course au Masters, j’aurais signé des deux mains. Alors maintenant que j’y suis, il ne faut pas changer d’approche. Le Masters doit rester une conséquence, pas une obsession. Je ne suis pas à fond sur les résultats des autres (ndlr: Berrettini, Bautista Agut, Fognini). Ce serait un danger, le meilleur moyen pour se mettre trop de pression.

Vous bouclez un deuxième semestre canon. Y a-t-il eu un déclic pour vous cette saison?
Je l’ai plutôt vécue comme un cheminement classique. J’étais blessé fin 2018 et j’ai changé de coach en février. Il fallait donc reconstruire ma confiance. Après, je suis arrivé sur terre en me sentant prêt, mais il restait un bouchon à faire sauter en match, une crispation sans doute liée à mes attentes. Le fait d’avoir bousculé Nadal, sur le Chatrier, en trois sets gagnants (ndlr: défaite 3-1) m’a fait du bien. J’y ai puisé la confiance qui m’a ensuite porté sur gazon.

En quarts à Wimbledon, vous avez dominé Djokovic durant 45 minutes avant de vous écrouler. De l’extérieur, on a parfois l’impression que vous n’avez pas totalement conscience de vos qualités. Est-ce que cette remarque vous choque?
Non, je la comprends. Mais vous savez, ce n’est pas facile de jouer Djokovic en Grand Chelem. Physiquement et mentalement, cela exige une précision extrême dans tout ce qu’on fait. Il faut tenir une ligne très élevée pendant des heures. Et puis en quarts, il y a quand même un peu de la fatigue qui s’ajoute. C’est l’aspect le plus dur en Grand Chelem: on joue les meilleurs en deuxième semaine, là où il y a une usure mentale qui s’installe. Alors oui, on a l’impression que je suis meilleur au début et peut-être bien que c’est le cas. Mais 45 minutes, cela ne suffit pas.

Est-ce que l’œil profane est piégé en regardant David Goffin tant vous semblez relâché? Existe-t-il un décalage entre la perception et la réalité?
Bien sûr. Parce qu’à l’intérieur, je peux vous dire que le curseur est tout en haut dans un match pareil. C’est la force de Novak, il vous pousse à aller chercher très loin. Et il attend le bon moment pour en remettre une couche. En face, c’est compliqué de tenir et les gens ne s’en rendent pas toujours compte.

Souffrez-vous parfois de ce décalage de perception?
Non, pas trop. Je le comprends et j’essaie de travailler pour conserver le relâchement qui est la base de mon jeu; tout en y ajoutant plus de densité mentale. Vous savez, allier la fluidité et la tonicité exige beaucoup d’attention. Pour que mon jeu fonctionne, il faut que tout soit en place car je ne peux pas me reposer sur un gros service. Il faut que je bouge bien, que je sois constamment en alerte, et ça use. On ne le voit pas forcément. Mais je dois réussir à tenir plus longtemps, en dépensant moins d’énergie mentale. Il faut aussi que je sois plus calme à l’intérieur. Parce que si j’ai l’air d’être relax, parfois ça chauffe à l’intérieur.

Gilles Simon s’était autoproclamé il y a quelques années «No 1 mondial des moins de 70 kilos». Ce titre est le vôtre désormais. Est-ce qu’il fait sens?
Cette statistique ne veut rien dire. Nous jouons tous dans la même catégorie, avec des qualités différentes. Si Isner avait mon jeu de jambes et que j’avais son service, on serait meilleurs. On a tous des gabarits différents, on fait avec et on essaie d’imposer nos points forts.

Vous êtes pour la cinquième fois à Bâle. Est-ce rassurant de retrouver les mêmes endroits, année après année?
Ça dépend. Il y a des semaines où j’hésite, je recherche la nouveauté. Et pour d’autres tournois, je ne me pose même pas la question. C’est le cas ici. Avec Bâle, il n’y a pas de débat. Alors oui, j’ai 28 ans et, à force, j’ai développé des petites habitudes que je suis généralement content de retrouver. Par contre, les années passent à une vitesse folle. Voilà ce qui me frappe. J’ai déjà fait dix ans de circuit… C’est incroyable.

Sur la base de ce que montre Roger Federer, il vous en reste dix de plus.
Exactement. Tant qu’il continue, je me dis toujours qu’il me reste une décennie.

Et cette idée ne vous fait pas peur?
Non. Je ne sais pas si je pourrais tenir physiquement. Mais cette vie me convient. Je pense avoir trouvé mon équilibre au cœur de son déséquilibre perpétuel.

Justement, certains joueurs sont obsédés par les points, d’autres sont surmenés alors que vous affichez toujours un calme olympien. N’êtes-vous jamais un peu angoissé?
Non, je ne suis pas angoissé (rires). J’ai des moments moins bien, comme tout le monde. Mais mon métier, c’est de jouer au tennis. Je fais ce que j’aime et mes résultats suivent. Il n’y a vraiment pas de quoi angoisser.

Kim Clijsters revient à la compétition, à 36 ans, après sept ans en retrait. Votre sentiment?
Je me réjouis. Ce ne sera pas facile d’enchaîner les matches après trois grossesses et une longue pause. Mais elle l’a déjà fait. Et elle y retourne avec un super état d’esprit. Kim aime la compétition sans jamais sembler se mettre de la pression. Donc pourquoi pas. Je suis curieux de voir ça.

Créé: 22.10.2019, 21h42

Wawrinka a «envie d’aller à Tokyo»

Stan Wawrinka avait réservé une jolie petite surprise, à la veille de son premier tour contre Pablo Cuevas (aujourd’hui à 17h). «Au fond, les Jeux olympiques, j’aimerais bien les jouer. Je dois encore discuter de la programmation avec mon équipe et me renseigner au sujet des invitations car j’ai entendu plein de versions différentes. Mais l’envie est là.»

Le Vaudois a donc rejoint Roger Federer dans la liste des grandes chances de médailles suisses qui ne remplissent pas les critères d’éligibilité. Une belle nouvelle et un casse-tête réglementaire.

Puisque personne dans l’entourage de Stan Wawrinka, lequel a exclu d’aller au Pérou en mars, ou de Roger Federer ne connaissait les critères édictés par l’ITF (ce qui dit beaucoup de leur confiance), nous avons sollicité les instances pour éclaircir tout ça.

«Contrairement à Rio, il n’y aura aucune wild card, mais nous pouvons faire appel auprès de l’ITF pour des exemptions, nous a répondu Swiss Tennis après avoir sollicité l’ITF. Pour Roger et Stan, nous allons donc rédiger un dossier afin de mettre en avant leur investissement historique en Coupe Davis et aux Jeux olympiques.»

En résumé, le nombre d’exceptions n’est plus limité par le règlement; ce qui revient à une forme de législation à la tête du client. Roger Federer et Stan Wawrinka ne vont pas s’en plaindre.

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