L’aventure de Schürmann se finit en queue de poisson

FootballCoachée par l’ancien Lausannois, l’équipe d’Algérie ne disputera pas les quarts de finale

Pierre-André Schürmann aurait bien prolongé un peu l’épisode olympique

Pierre-André Schürmann aurait bien prolongé un peu l’épisode olympique Image: Getty

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Même s’il ne l’avoue pas, Pierre-André Schürmann rêvait certainement d’une autre issue en débarquant à Rio, il y a deux semaines. Après être parvenu, en décembre dernier, à qualifier l’Algérie pour le tournoi olympique – ce que les jeunes Fennecs n’avaient auparavant réussi qu’à une seule et unique reprise –, l’ancien joueur et coach du LS nourrissait le secret espoir de rentrer à Alger en héros. C’est-à-dire en ayant fait au moins aussi bien qu’en 1980, à Moscou, où l’Algérie n’était tombée qu’au stade des quarts de finale, contre la Yougoslavie.

Au lieu de cette fin d’aventure en forme d’apothéose de sa carrière, le technicien valaisan (56 ans) regagnera le Maghreb dans l’indifférence, vendredi. Dommage car son équipe, talentueuse et assez joueuse, aurait pu prétendre à beaucoup mieux au Brésil. «Sur ces deux premiers matches que nous avons perdus de justesse, explique «Schüschü», je ne peux strictement rien reprocher à mes joueurs. L’attitude était la bonne et nous nous sommes créé assez d’occasions pour pouvoir à chaque fois l’emporter. Mais notre cruel manque d’expérience du haut niveau, une lucidité en berne et quelques grossières erreurs individuelles ont fait la différence contre nous.»

Une analyse lucide, car tant contre le Honduras en ouverture que face à l’Argentine dimanche, l’Algérie avait tout pour l’emporter. Ou, tout au moins, pour ne pas perdre et entretenir ainsi un espoir de qualification à l’occasion de leur dernier duel de poule contre le Portugal, ce soir. «Il y a beaucoup de talent dans ce groupe, analyse Schürmann. Mais le problème, c’est que tous, ou presque, découvraient ici la dure réalité du haut niveau. Seuls trois de mes 18 joueurs évoluent à l’étranger (ndlr: dont un au Qatar) et, pour la plupart, ils n’avaient même jamais mis les pieds hors d’Afrique avant de préparer ce grand rendez-vous. Un manque d’expérience qui coûte très cher dans un tournoi aussi relevé.»

De retour en Suisse?

Malgré cette déception, Pierre-André Schürmann ne regrette pas une seconde cette expérience unique. «Jamais je n’aurais imaginé avoir la chance de vivre un jour ce genre d’émotions dans un tel contexte, sourit-il. Même si l’environnement et la vie au village olympique ne sont de loin pas idéaux pour préparer une telle compétition – surtout pour mes joueurs qui découvraient ce monde avec fascination –, nous avons tous vécu des moments uniques au Brésil. Une page de ma vie que je n’oublierai jamais.»

Une extraordinaire aventure, au sens premier du terme, dont la genèse remonte à… la Coupe du monde 2010. «Après le Mondial en Afrique du Sud, raconte l’ancien Lausannois, j’avais eu un premier contact avec le président de la Fédération algérienne pour reprendre l’équipe nationale. Mais finalement, il avait opté pour Vahid Halilhodzic. Du coup, en été 2014, sans boulot, je l’ai à nouveau contacté. Nous nous sommes rencontrés à Genève et il m’a proposé de diriger cette nouvelle sélection M23. Avec ce passionnant défi de la qualifier pour les JO.» Un projet qu’il a dû construire en partant de zéro et qu’il a relevé avec succès une quinzaine de mois plus tard. «Nous avons obtenu notre ticket pour les Jeux en nous qualifiant pour la finale (ndlr: perdue contre le Nigeria) de la CAN M23», précise-t-il avec une légitime fierté.

Un travail grisant mais qui n’a pas été de tout repos. «Il a eu quelques petits conflits avec la Fédération et un ou deux bons joueurs qui n’ont finalement pas été retenus pour les JO, explique Mammour, journaliste de longue date à Radio Algérie. Mais en fin de compte, Schürmann a quand même réussi une belle performance en qualifiant l’Algérie. Il ne faut pas l’oublier, même si cette élimination précoce à Rio brûle un peu.» Des petits soucis sur lesquels le Valaisan ne veut pas s’étendre. «La différence de mentalité avec ce que j’ai connu en Suisse est abyssale. Tous ces jeunes sont de bons gars, mais on ne peut pas les traiter de la même façon. Il faut toujours faire attention à ce qu’on dit afin d’éviter de froisser leur susceptibilité. Mais je me suis adapté même si ce n’est pas toujours facile…»

Avant de conclure son aventure olympique, Pierre-André Schürmann et sa sélection auront à cœur de terminer leur tournoi en beauté, ce soir à Belo Horizonte contre le Portugal. Ensuite seulement il évoquera l’avenir avec son président. «Ce qui est sûr, conclut-il, c’est que cette équipe est appelée à disparaître. On verra donc s’il a autre chose à me proposer. Quoi qu’il en soit, un retour en Suisse ne serait pas pour me déplaire. Sur ces deux dernières années, j’ai bien dû en passer la moitié en Algérie, loin de ma famille. C’est long…»

Créé: 09.08.2016, 19h41

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 19 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...