Une jolie histoire belge

FootballLa Belgique, qui sera à Genève et à Lausanne en mai, monte en puissance. Attention!

La star Eden Hazard, figure emblématique de la génération actuelle.

La star Eden Hazard, figure emblématique de la génération actuelle. Image: Keystone

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Elle a furtivement pointé son nez tout là-haut, au sommet du classement FIFA, en plein cœur du mois de décembre. Et, grâce à La Gantoise, son club phare qui flambe en Ligue des champions, elle s’amuse depuis la fin de l’été à faire tourner l’Europe en bourrique. Elle, c’est la Belgique, la nation qui (re)monte dans les étages du foot international. Celle qu’il va falloir suivre de près ces prochaines années. Notamment cet été durant l’Euro en France où, au sortir d’un stage à Lausanne et d’un match amical contre la Suisse au Stade de Genève (le 29 mai), elle débarquera avec le statut de très sérieux outsider. Pour ne pas dire de favorite. Curieux destin pour un pays dont l’encéphalogramme footballistique était plat depuis plus de dix ans. Curieuse destinée pour une sélection qui n’a jamais gagné le moindre titre majeur et n’avait pas disputé la moindre grande compétition internationale entre 2002 et 2014.

Ce rappel suffit à comprendre que ce qui se passe aujourd’hui ressemble à un petit miracle. L’exemple de comment, avec de petits moyens, mais en ayant le nez fin et la chance de pouvoir reposer sur une génération d’exception, passer de zéros à héros. Ou presque. Car, au moment où les Diables Rouges reviennent quasi d’entre les morts, le championnat belge peut lui aussi bomber le torse. Il se porte en effet bien mieux qu’à l’entre-deux-siècles. La réussite des Gantois en Ligue des champions l’atteste. «Depuis mon arrivée en 2008, il a considérablement progressé, observe le Tessinois Danijel Milicevic, qui évolue chez les champions de Belgique. Il n’y a plus deux clubs qui dominent, mais plusieurs candidats aux premières places. Tout s’est rééquilibré. Le fossé est moins grand, les équipes sont plus solides et mieux organisées.» Ainsi, la Jupiler Pro League, devenue tremplin pour les joueurs de tout horizon, n’est plus ce Petit Poucet regardé d’un œil rieur par ses voisins, mais bien un terrain de jeu épié avec envie par les autres. Il faut dire que de Liège à Bruges, en passant par Anvers et Gand, les vertes pelouses regorgent de talents.

Objectif Euro 2016

A l’image de la sélection, au sein de laquelle Flamands et Wallons tirent tous à la même corde. Au point de rêver d’un titre de champions d’Europe. «Il est évident qu’il s’agit de notre objectif, assène ainsi son maître à jouer Eden Hazard (Chelsea). On ira en France pour gagner.» Un tel discours, qui aurait été désigné comme insolent voici quelque temps encore, ne choque plus en Belgique. «Afficher son ambition, c’est le début de la victoire, sourit Benjamin Deceuninck, journaliste à la RTBF. Plus sérieusement, on sait que les Diables Rouges peuvent gagner tous leurs matches, qu’ils ont le talent pour décrocher un gros titre. Preuve en est qu’en formant la deuxième plus jeune sélection de la dernière Coupe du monde, ils sont allés jusqu’en quarts de finale (ndlr: battus par l’Argentine). Ne leur manque peut-être que l’expérience.»

«Sur chaque poste, la Belgique d’aujourd’hui dispose de joueurs incroyables, qui évoluent tous parmi les meilleurs clubs de la planète.»

Le genre de choses qui ne s’acquièrent pas sous le seul prétexte d’une accession au 1er rang du classement FIFA. «Surtout qu’il faut relativiser ce tableau, car on n’a jamais vu une équipe n’ayant jamais remporté un grand événement à cette place, rappelle l’ancien international Marc Degryse (63 sélections entre 1984 et 1996). Et cette génération n’a encore rien prouvé… Mais je pense qu’elle peut et doit viser haut l’été prochain. Au vu de ce qu’elle a appris au Brésil, elle a les moyens d’atteindre les demi-finales de l’Euro. Elle est bien au-dessus de la nôtre, qui ne possédait pas son talent individuel. Sur chaque poste, la Belgique d’aujourd’hui dispose de joueurs incroyables, qui évoluent tous parmi les meilleurs clubs de la planète.»

Voilà pourquoi un vent d’euphorie souffle sur le Plat Pays. Cette brise d’espoirs a pourtant mis du temps à s’installer. «On a longtemps mangé notre pain noir, reprend Benjamin Deceuninck. Au début des années 2000, voir la sélection sortir en éliminatoires était devenu une routine. Notre football n’était alors pas très «positif». Nous étions dans une spirale infernale. On faisait tout faux. La Belgique était tombée tellement bas qu’elle ne pouvait que rebondir.» Si l’optimisme et les résultats sont revenus, c’est grâce notamment à la mise en place de structures de formation plus solides, mais aussi à l’arrivée de Marc Wilmots à la tête de l’équipe nationale.

Une «génération dorée»

Devenu sélectionneur, l’ancien capitaine a su fédérer un groupe et en tirer la quintessence. D’abord en faisant mûrir les fruits prometteurs couvés par la Belgique depuis que les joueurs nés entre 1989 et 1993 avaient commencé à faire parler d’eux chez les jeunes. Puis en vouant une confiance quasi aveugle à cette «génération dorée» – un qualificatif que Wilmots abhorre. «Notre réussite s’explique par le fait que nous sommes une bande de potes et que l’on se connaît tous depuis près de dix ans», analysait récemment pour la BBC le milieu Kevin De Bruyne (Manchester City). «Le fait d’avoir disputé ensemble plusieurs tournois internationaux chez les jeunes a permis de créer une vraie alchimie entre nous», ajoutait son camarade Romelu Lukaku (Everton).

«Même si je trouve que l’équipe évolue parfois avec le frein à main, il faut reconnaître que Marc a réussi quelque chose de remarquable»

Et la patte Wilmots a fini par faire monter une mayonnaise assez relevée pour effrayer les autres pays. «Même si je trouve que l’équipe évolue parfois avec le frein à main, il faut reconnaître que Marc a réussi quelque chose de remarquable», note Degryse, qui fut son partenaire en sélection. «La grande chance de Wilmots est d’avoir été l’un des joueurs symboles de la dernière bonne génération du foot belge, remarque de son côté Deceuninck. Il a tout de suite eu un impact sur les joueurs actuels. Il s’est posé en rassembleur, autour d’un projet qui est de gagner quelque chose.»

L’Euro, par exemple. Pour que la Belgique, cette fois-ci, puisse poser ses crampons de manière incontestable au sommet du classement FIFA. Et faire en sorte que sa réussite ne soit dans le fond rien d’autre qu’une jolie histoire… belge.

Créé: 26.01.2016, 10h25

«D’abord une vraie bande de copains»

Kevin De Bruyne l’affirme haut et fort: les sentiments qui lient les Diables Rouges vont bien au-delà du rectangle vert. Plus qu’un groupe de footballeurs, c’est une troupe d’amis qui va ainsi tenter de conquérir l’Europe l’été prochain, voire le monde en 2018. Proche de la sélection depuis plusieurs années, Benjamin Deceuninck loue son état d’esprit. «On est face à une vraie bande de copains, souligne le journaliste de la RTBF. Bien sûr, ils ne partiront peut-être pas tous en vacances ensemble, mais la plupart sont très soudés. Ce n’est pas chez eux que l’on verra quantité d’histoires extrasportives, comme chez nos voisins français…»

Surtout, il n’y a pas, au sein de la sélection actuelle, de fracture entre les Flamands et les Wallons. «Ça, c’est une image qui vient de l’étranger, maugrée Marc Degryse. En football, même à mon époque, il n’y a jamais eu de problèmes entre les joueurs émanant de l’une ou l’autre des deux parties du pays.»

Reste que la relation apparaît renforcée avec la génération actuelle. Vincent Kompany en a été l’un des fédérateurs. Originaire du Congo, le capitaine a tout entrepris pour qu’il n’y ait aucun clivage dans le vestiaire. Son père, Pierre, a bien résumé la situation dans un documentaire consacré aux Diables Rouges: «Lorsque tu portes le brassard, tu es un symbole national. Cela veut dire que dans les bons et les mauvais moments, tu dois être capable de garder la tête haute, de tirer tes amis. D’être celui qui dit: «On fait du sport ensemble, on va gagner ensemble…»

Gagner. Un terme désormais à la mode en Belgique, où l’on ne s’interdit plus de rêver à des lendemains qui chantent. «Avec les Diables, il y a vraiment quelque chose à faire, reprend Benjamin Deceuninck. Avoir figuré en tête du classement FIFA, c’est bien, mais c’est comme être champion d’automne: au fond, ça ne sert pas à grand-chose. Seule une grande victoire pourra justifier cette position. Le moment est peut-être venu.»

Encore faut-il ajouter le mental à la technique pour espérer pouvoir tout rafler. «Ce qu’il nous manque, c’est effectivement un peu plus d’expérience et un match référence, disent en chœur Deceuninck et Degryse. Les gars ont été brillants contre la France en juin 2015 (ndlr: victoire 4-3), mais c’était une rencontre amicale. Le seul gros test que l’on a eu en match officiel, c’était l’Argentine, au Mondial 2014. Et là, ce fut un échec…»

Certes, mais l’expérience n’est-elle justement pas le nom que l’on donne à nos erreurs?



1980
Jan Ceulemans, pilier des finalistes de l’Euro 80 en Italie (défaite 2-1 face à l’Allemagne). GETTY IMAGES



1986
Enzo Scifo, révélation du Mundial mexicain, que la Belgique termina au 4e rang. GETTY IMAGES



2002
Marc Wilmots, capitaine à l’époque, sélectionneur aujourd’hui des Diables Rouges. AFP

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