Et si un jour les robots remplaçaient les arbitres?

FootballL’EPFL s’intéresse au développement d’un arbitre robot. Au-delà du football, la réflexion pourrait s’appliquer à notre société en général.

En mars dernier face à Young Boys, les Sédunois avaient crié à la corruption après plusieurs décisions litigieuses du corps arbitral. Une semaine plus tard, Nikolaj Hänni avait jeté de l’huile sur le feu en signalant un penalty discutable contre le FC Sion.

En mars dernier face à Young Boys, les Sédunois avaient crié à la corruption après plusieurs décisions litigieuses du corps arbitral. Une semaine plus tard, Nikolaj Hänni avait jeté de l’huile sur le feu en signalant un penalty discutable contre le FC Sion.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

En mars dernier, Christian Constantin, président du FC Sion, avait menacé de porter plainte au pénal pour contester un penalty inexistant. Chaque week-end, les décisions arbitrales sont longuement disséquées dans les médias et un hors-jeu non signalé anime les discussions au Café du Commerce pendant des jours.

Professeur à l’EPFL, Willy Zwaenepoel s’est lancé un pari audacieux: remplacer les arbitres par des robots. Intitulé «Collina», en hommage à Pierluigi Collina, légendaire arbitre italien, le projet a reçu prix d’encouragement «Grand Challenge» de la Fondation Hasler.

Assistance technologique

«Il faut toujours sauter très loin pour réussir à faire ne serait-ce qu’un pas en avant, image le professeur Zwaenepoel. C’est un projet de recherche. Ce n’est donc pas dit d’avance qu’on pourra le réaliser dans son ensemble.»

Subversif sur le papier, le projet permettrait surtout d’accélérer l’utilisation de la technologie dans le football, sport aussi historique que conservateur. Récemment, des avancées ont été réalisées avec la «goal line technology» (qui permet de savoir avec exactitude si le ballon a passé la ligne) et l’apparition de l’assistance vidéo, encore à titre expérimental pour le moment.

Le Vaudois Damien Carrel, ancien arbitre de Swiss Football League et actuel consultant RTS, voit d’un bon œil cette assistance technologique. «Tout ce qu’on peut déléguer, il faut le faire, affirme-t-il. Il existe deux types de décisions arbitrales: le premier est basé uniquement sur les faits, comme le hors-jeu par exemple, et l’autre repose sur l’aspect humain.»

Un robot est-il capable de gérer des éléments comme le contexte de match, le dialogue avec les joueurs ou les simulations? «L’arbitrage a un grand aspect humain, reconnaît le professeur Zwaenepoel. Peut-être qu’on n’arrivera jamais à l’automatiser complètement.» Le cœur du problème réside dans ce savoir-faire presque sentimental, au sens premier du terme. «Le feeling conserve une importance majeure, abonde Damien Carrel. Tous les arbitres internationaux ont un niveau suffisant pour appliquer correctement le règlement. Là où on devient bon, c’est dans la gestion d’un match et la lecture du jeu.»

Révolution sociologique

Outre sa passion pour le ballon rond, Willy Zwaenepoel n’a pas choisi par hasard le football. Ce sport universel touche toutes les couches d’une société, et ce partout dans le monde. Le professeur de l’EPFL y voit le moyen d’une réflexion plus sociologique. «On peut être aussi conservateur qu’on veut mais, tôt ou tard, la technologie va prendre une importance énorme dans notre quotidien. Ce projet est aussi une manière de s’y préparer.»

Pour l’instant, l’idée même d’un arbitre robot n’en est qu’à ses balbutiements. Des interrogations subsistent quant aux différentes technologies qui pourraient être utilisées. La phase de réalisation du projet débutera à la mi-septembre et sera ensuite réparties entre plusieurs laboratoires du pays. Il faudra attendre entre trois et cinq ans pour voir les premiers résultats concrets. A terme, «Collina» pourrait donc devenir une vitrine dans le domaine des technologies de l’information en Suisse, hôte des omnipotentes FIFA et UEFA. (24 heures)

Créé: 09.08.2016, 08h58

Damien Carrel Ancien arbitre de Swiss Football League

«Tout ce qu’on peut déléguer, il faut le faire. Mais le feeling conserve une importance majeure»

Willy Zwaenepoel Professeur à l’EPFL

«Dans la recherche, il faut toujours sauter très loin pour réussir à faire ne serait-ce qu’un pas en avant»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.