Justine Mettraux a fait le juste choix du Figaro pour viser haut

VoilePour régater avec les meilleurs au Vendée Globe 2020, la Versoisienne se fait les dents sur ce circuit très relevé

Justine Mettraux a déjà apprivoisé son Figaro, un monocoque de 10,21?m monotype.

Justine Mettraux a déjà apprivoisé son Figaro, un monocoque de 10,21?m monotype. Image: BERNARD GERGAUD

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«Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment, Harry Potter, beaucoup plus que nos aptitudes.» Qui est Justine Mettraux? Une fille intelligente et opiniâtre, qui ferait sans doute la fierté d’Albus Dumbledore. Le directeur du collège de Poudlard n’a eu de cesse de ramener à la raison le magicien surdoué. Le professeur apprécierait sans nul doute la trajectoire limpide dessinée par la navigatrice. Talentueuse, ambitieuse, elle a très vite compris que rien ne s’obtient d’un coup de baguette magique.

Qui veut grimper jusqu’au sommet de l’Everest des mers doit souquer ferme. «Le Vendée Globe, c’est mon rêve et mon ambition, dit la jeune femme. Mais si je m’aligne un jour au départ (ndlr: en 2020) de la plus grande course du monde, ce ne sera pas juste pour participer. Ce sera pour essayer de régater avec les meilleurs. Ou, du moins, avec ceux qui posséderont le même type de bateau que moi.»

Le retour à Lorient

A 29 ans, celle qui tient bon la barre de TeamWork suit le cap qu’elle s’est fixé avec une belle constance. Avec sa tête bien pleine et bien faite, elle aurait sans doute pu séduire un sponsor pour s’engager cette année déjà au départ du Vendée Globe. C’est en décembre 2013, au sortir d’une Mini Transat conclue à la 2e place en bateaux de série, que la Versoisienne aurait pu être tentée de faire le grand saut. Ce meilleur résultat féminin de l’histoire de cette course initiatique l’a propulsée sur le devant de la scène. Elle a préféré se fondre dans un groupe… «Je n’ai pas hésité à saisir l’opportunité de participer à la Volvo Ocean Race, le tour du monde avec escales, au sein de l’équipage féminin de SCA

Pour Justine la timide, pour Justine la solitaire, l’aventure en commun aura été formatrice. «Sur le plan sportif, la Volvo représente un must, dit-elle. Avec des bateaux identiques, les équipes poussent les machines à fond. On apprend donc mille choses lors d’une telle course. La principale? Que chaque détail peut avoir de sacrées conséquences s’il n’est pas soigné.» Si elle a parfois souffert de ne pas pouvoir décider seule, elle ne regrette rien. «Cette course demeurera comme une étape essentielle dans ma carrière, j’en suis convaincue.»

Après deux ans passés à bourlinguer entre les Canaries, où le Team SCA avait établi son camp de base, et les villes étapes de la Volvo, la navigatrice a retrouvé son second port d’attache (après Versoix, bien sûr) de Lorient ainsi que son fidèle sponsor de la Mini Transat. Un choix judicieux pour mieux relever un nouveau challenge qui s’annonce plus corsé. «J’ai toujours été attirée par la classe des Figaro, dit-elle. La Solitaire, épreuve phare du circuit, fait partie des courses mythiques. C’est une excellente école pour se perfectionner. Si je n’avais pas eu cette possibilité de faire la Volvo, c’est ce que j’aurais fait immédiatement après la Mini.»

Vainqueurs prestigieux

Avant d’enjamber les océans sur les fameux 60 pieds Imoca, les marins ont peu ou prou deux options pour se tanner le cuir au gré des vents et marées. Le circuit des Figaro ou la Classe 40. «Je n’ai pas hésité entre les deux, dit Justine Mettraux. L’énorme avantage, à mes yeux, du Figaro, c’est que c’est une classe monotype. C’est cette lutte à armes égales, comme c’était le cas en Mini, qui m’intéresse. En classe 40, il y a trop de différences entre les bateaux et on assiste à une certaine course à l’armement. Sur le Figaro, je sais que c’est moi, et uniquement moi, qui ferai les bons choix et les erreurs. Si je vais moins vite, ce sera à cause d’une mauvaise option ou d’un mauvais réglage.»

En France, la Solitaire du Figaro est une institution. Elle se dispute en quatre étapes de deux ou trois jours (départ le 19 juin à Deauville), durant lesquelles les organismes sont sollicités à l’extrême. A y regarder de plus près, elle ne consacre que des marins d’exception. Philippe Poupon, Jean Le Cam, Michel Desjoyeaux, Yann Elies, Alain Gautier, Franck Cammas, Christophe Auguin, Armel Le Cléac’h, Jérémie Beyou, pour ne citer que ceux-là. Et les Suisses dans tout ça? Peu s’y sont frottés. Beaucoup s’y sont piqués. Dominique Wavre y a brillé (deux fois 2e). A peine moins bien que le regretté Laurent Bourgnon, vainqueur en 1988. Avec le Belge Joan de Kat (1re édition en 1970), le Neuchâtelois demeure le seul vainqueur non français.

Justine Mettraux, elle, reste sage et réaliste. «Je n’ai aucune ambition de victoire. Il faut savoir que dans cette classe, il y a certains concurrents qui ont près de vingt participations à la Solitaire au compteur! Ce que je vise, c’est le haut du tableau des bizuths. Un objectif que j’ai atteint lors de ma première course, la Solo Concarneau, en me classant 11e au général et 2e bizuth.»

Cette grande première donne le ton de ce qui attend Justine Mettraux pendant deux ans sur l’exigeant circuit Figaro. «Cette course valide déjà certains choix et le travail effectué cet hiver, dit la Suissesse. Pour se faire une idée de ce qu’est le Figaro, il suffit de constater que je termine à une heure et quart du vainqueur et qu’entre la 8e et la 12e place, on se tient en six minutes. C’est dire si chaque erreur peut se payer très cher.»

Sur le circuit Figaro, ce n’est pas le marin le plus courageux, le plus malin, le plus endurant, le plus costaud qui gagne. Non, c’est celui qui fait les bons choix… N’est-ce pas, Harry Potter?

Créé: 04.04.2016, 21h06

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