Les dessous d’une séparation inévitable

Hockey sur glaceLe LHC a licencié son entraîneur, Dan Ratushny, au lendemain d’une victoire face à Ge-Servette. Etonnant? Oui et non. Autopsie d’un divorce.

Acclamé à ses débuts, élu coach de la saison 2016-17 pour avoir mené le LHC à la 4e place, Dan Ratushny a étonné par ses choix récents, jusqu’à s’attirer les foudres du directoire du club, et le scepticisme des fans.

Acclamé à ses débuts, élu coach de la saison 2016-17 pour avoir mené le LHC à la 4e place, Dan Ratushny a étonné par ses choix récents, jusqu’à s’attirer les foudres du directoire du club, et le scepticisme des fans. Image: Keystone

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«C’est une question sérieuse?» Ainsi avait réagi – d’un ton limite méprisant – le CEO du Lausanne HC, Sacha Weibel, lorsque la RTS lui avait demandé en direct si Dan Ratush­ny était toujours l’homme de la situation, après l’élimination (en quatre actes) des Lions en quarts de finale des play-off 2017. Depuis, dix matches officiels seulement se sont écoulés. Et voilà pourtant l’entraîneur canadien (46 ans) démis de ses fonctions. «La seule chose que je veux dire, c’est que j’ai eu énormément de plaisir à œuvrer devant les fans du LHC», a lâché le principal intéressé, dont le contrat courait jusqu’au printemps prochain.

Le timing de son éviction, par ailleurs intervenue au lendemain d’une victoire sous forme de sursaut d’orgueil face au rival lémanique Ge-Servette (8-4), peut surprendre. Le sort du tacticien était-il scellé d’avance? Pas d’après Jan Alston. Un point nous donne envie de croire le directeur sportif du club vaudois: lundi encore, il nous confiait avoir eu une discussion «constructive» avec son coach. Dès lors, le succès de mardi aurait dû offrir du répit à l’Ontarien. Reste qu’il l’a apparemment condamné.


A lire: Alston: «C'était à notre tour de réagir»


Explications: selon nos informations, Jan Alston lui aurait fait part dimanche de son «étonnement» (lisez mécontentement), notamment face à certains choix dans la distribution des rôles sur la glace. Avis que Dan Ratushny n’a visiblement pas voulu entendre puisqu’il s’est évertué à composer avec Joël Genazzi (défenseur international) en attaque contre Genève, pour ne citer qu’une bizarrerie parmi d’autres (l’attaquant Alain Miéville envoyé en tribunes, le junior Axel Simic aligné en infériorité numérique…). Et puis, certes, Lausanne a gagné mardi, mais il a surtout montré un état d’esprit retrouvé et profité d’un adversaire en crise et indiscipliné. Car, tactiquement, le LHC a à nouveau fait peine à voir, dans son organisation défensive principalement.

Voilà un autre aspect que l’entraîneur canadien semble payer: une structure insuffisante. Sur ce point-là, Jan Alston porte sa part de responsabilité. C’est lui qui avait jeté son dévolu sur un homme dont la philosophie était connue de tous à son arrivée à l’été 2016. Dan Ratushny préfère laisser ses joueurs s’exprimer et réagir avec leur instinct plutôt que les cloîtrer dans un cadre trop restrictif (sur la glace comme en dehors). Peut-être que ce dernier n’était finalement pas assez défini. En tout cas, après avoir amené un vent de fraîcheur bienvenu (26 victoires en 39 rencontres) à la suite de la rigoureuse ère Heinz Ehlers, la méthode s’est essoufflée, paraissant même peser lors des derniers play-off.

Le bilan de Dan Ratushny au LHC: Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Ceux-ci constitueraient d’ailleurs le point de départ de la réflexion ayant abouti à la décision annoncée mercredi par le directoire vaudois. D’après nos sources, c’est à l’abord de ces séries éliminatoires que les premières interférences seraient apparues entre Jan Alston et Dan Ratushny. Grimpant jusqu’à une intensité difficilement viable récemment. Et comme le vestiaire commençait également à déplorer un manque de cohérence et de dialogue, le feu couvait.

Pour l’Ontarien, l’excuse d’un contingent limité en nombre (offensivement) et, dans une moindre mesure, sur le plan de la qualité (défensivement) est valable. Car la stratégie de recrutement de son boss est évidemment critiquable. Un point de non-retour entre les deux hommes semblait toutefois avoir été atteint. Humainement comme sportivement. Vingt défaites en 25 matches (sept en dix journées cette saison); combien de coaches résisteraient à une telle série dans le monde professionnel?

Contactés à 11 h mercredi matin, les Lions ont été convoqués puis informés du licenciement de Dan Ratushny à midi pile. Avant qu’Yves Sarault (auparavant assistant), qui assurera l’intérim, ne prenne la parole, religieusement écouté par l’ensemble des troupes. «Il a fait un speech convaincant, fixé certaines priorités, notamment au niveau de l’organisation défensive. Il sait de quoi il parle», raconte un proche du vestiaire.

Banni depuis le camp de préparation estival, Florian Conz était aussi convié. S’il n’a pas pu être présent (motifs personnels), le recordman des apparitions sous le maillot du club lausannois devrait être sur la glace de Malley 2.0, ce jeudi à l’entraînement, le staff et les dirigeants ayant décidé de le réintégrer. Preuve que sa mise à l’écart émanait de Dan Ratush­ny ou simple geste rempli d’opportunisme? (24 heures)

Créé: 11.10.2017, 22h22

Quel profil pour le successeur?

Dan Ratushny démis de ses fonctions, la responsabilité de la première équipe du LHC a été confiée à Yves Sarault. L’ancien assistant, également entraîneur des juniors Elite, sera épaulé par Rikard Franzén, lui aussi déjà présent au sein du staff en qualité d’adjoint. La configuration ne devrait cependant pas durer. Alors, qui pour prendre la succession de l’Ontarien?

La première intuition pourrait nous mener vers Chris McSorley. Le Canadien (55 ans), passé du statut de coach historique à celui de directeur sportif de Ge-Servette au terme de la dernière saison, ne semble plus vraiment en odeur de sainteté dans son fief. Il est par ailleurs l’un des artisans du rachat du LHC par Ken Stickney, son ami de longue date. Les deux hommes, accompagnés par Jan Alston, ont du reste mangé ensemble samedi passé à Malley 2.0. Il ne faudrait toutefois pas y voir plus qu’un moment de convivialité: «McSorley à Lausanne? Absolument aucune chance», nous souffle un membre de la direction vaudoise.

Le futur coach des Lions sera néanmoins de cette trempe-là: un entraîneur expérimenté, qui connaît le championnat de Suisse et qui cadrera davantage ses troupes. Il devra dans le même temps prôner un jeu tourné vers l’avant, impératifs de spectacle obligent. Une chose est sûre: alors qu’il bâtit son avenir, le LHC ne veut (peut) pas se tromper.

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LNA

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