Plongée dans un hockey vaudois qui inquiète

Hockey sur glaceAlors qu’aucun Vaudois ne joue pour le LHC, les meilleurs autres clubs du canton sont à la peine en 1re ligue. Pourquoi?

Les juniors Élite du LHC entraînés par Yves Sarault avaient atteint la finale du championnat de Suisse en mars 2019.

Les juniors Élite du LHC entraînés par Yves Sarault avaient atteint la finale du championnat de Suisse en mars 2019. Image: FLORIAN CELLA

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Il y a moins de deux ans, Star Forward figurait dans le dernier carré en MySport League (3e division nationale). Fort de son partenariat avec le Lausanne HC, une promotion du club morgien en Swiss League ne devait dès lors plus n’être qu’une question de temps. Le vieux projet pyramidal du hockey vaudois allait enfin prendre forme. Ce rêve n’est plus qu’une illusion. Relégué au terme d’un exercice ubuesque, Star Forward occupe aujourd’hui le 11e et dernier rang en 1re ligue. Après avoir commencé la saison par treize (!) défaites successives, l’équipe désormais coachée par Jo Lussier a tout de même su quelque peu relever la tête ce dernier mois. «Mis à part deux joueurs, explique-t-il, tout le monde est parti et ma mission est de reconstruire avec des jeunes. Sans pression particulière puisqu’il n’y aura pas de relégué.» Et si aucun club de ce groupe Ouest ne tombera en 2e ligue, c’est uniquement «grâce» au retrait de Villars, l’été dernier.

Si l’on ajoute à cela que le HC Yverdon est avant-dernier et que seul le modeste HC Vallée de Joux est parvenu à se qualifier pour le Masterroud, force est de reconnaître que le hockey vaudois vit une période compliquée. D’autant plus inquiétante que l’ambitieux LHC ne compte, lui, pas le moindre Vaudois dans son contingent.

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«Le hockey vaudois ne respire pas la santé, résume Philippe Raboud, président régional pour la Suisse romande, mais il n’est pas non plus aussi malade qu’on pourrait le penser. Ce qui me préoccupe plus, c’est le retrait de clubs comme Villars. Le canton est grand et pour ceux qui sont un peu éloignés géographiquement, une collaboration avec des équipes d’autres régions devient plus logique.»

Trois fois moins de joueurs

Des difficultés qui viennent aussi et surtout de la pénurie de joueurs. En vingt ans, le nombre de licenciés est en effet passé de quelque 8000 à 2500 dans le canton. «Cette érosion est inévitable avec les exigences qui augmentent et la diversité de l’offre sportive, assure Damien Golay, président du HC Vallée de Joux. En ce qui nous concerne, heureusement que nous pouvons collaborer avec Forward au niveau des jeunes.»

La formation semble plus que jamais être la clé pour inverser la tendance. «Tant que les décideurs des principaux clubs du canton ne se préoccuperont pas du hockey de base, en choisissant une vraie ligne de conduite commune, il sera compliqué d’intéresser et, surtout, de garder nos jeunes, soupire un ancien joueur. On ne se rend pas bien compte des sacrifices qu’ils consentent et du peu de soutien qu’ils trouvent en contrepartie.»

Un indispensable effort pour la jeunesse qui semble avoir été compris du côté d’Yverdon. «Depuis quelques années déjà, souligne Bertrand Barbezat, le président nord-vaudois, les deux tiers de notre budget sont investis dans la formation. Avec de bons résultats puisque nous comptons plus de 220 éléments contre 57 il y a une dizaine d’années. Cela dit, il est évident que le LHC a un rôle primordial à jouer dans ce domaine. Comme il me semble logique que, vers l’âge de 15ans, nos meilleurs jeunes rejoignent Lausanne, il faudrait aussi que ceux qui n’ont pas le niveau pour jouer tout en haut reviennent automatiquement dans leur premier club formateur. Et gratuitement! Les indemnités de formation à verser au club où «notre» joueur a terminé son développement sont prohibitives pour nous. Mais il faut aussi souligner que nos rapports avec le LHC sont bons et qu’une solution est généralement trouvée.»

«Je regrette le manque d’énergie et de moyens financiers que les dirigeants lausannois actuels consacrent à la formation des jeunes»

Une collaboration étroite avec le LHC est incontournable selon Claude Schaer, le longtemps incontournable homme fort du Star Lausanne qui avait été à l’origine de la création du L4C. Un mouvement junior lausannois qui a compté jusqu’à 800 jeunes à une certaine époque. «Qu’on le veuille ou non, le LHC est la locomotive du hockey vaudois, affirme-t-il. J’imagine mal un nouvel essor sans sa contribution. Maintenant, je regrette le manque d’énergie et de moyens financiers que les dirigeants lausannois actuels consacrent à la formation des jeunes. Un manque d’intérêt qui est à la base des problèmes actuels. J’ose espérer que les nouveaux propriétaires (ndlr: on devrait connaître leur identité ces prochaines semaines) seront plus sensibles à la formation.»

La qualité de la formation est un autre élément crucial. «Les éducateurs de qualité existent en Suisse, ajoute un ancien joueur de NL. Mais ils coûtent cher. Je me demande si à Lausanne on donne les moyens à John Fust de faire plus et mieux. À Genève et à Bienne depuis longtemps, puis à Fribourg depuis quelques années, on a compris l’importance de pouvoir se reposer sur une formation de qualité en augmentant sensiblement le budget consacré à ces jeunes.» «Si on offre un encadrement et des structures performants, complète Claude Schaer, avec de réelles perspectives d’évoluer au plus haut niveau avec le LHC, je suis persuadé qu’il sera moins difficile de les séduire et que leur nombre augmentera à nouveau.»

Travail de longue haleine

Un problème de qualité de formation qui n’est pas propre au canton de Vaud selon Fabian Guignard. «Le niveau général doit progresser en Suisse, explique l’ancien défenseur de Kloten notamment. Et pour franchir un palier, on devrait davantage s’inspirer de ce qui se fait en Suède ou en Finlande, des nations auxquelles on peut se comparer. Ces ajustements commencent par un système scolaire mieux adapté au sport d’élite et un investissement financier plus conséquent. Pour que ces clubs puissent s’attacher les services des meilleurs formateurs et mettre à leur disposition un encadrement idéal pour développer au mieux le potentiel en organisant des entraînements ciblés par exemple. Mais je suis conscient que tout cela a un prix.» Un travail de longue haleine, peu gratifiant dans un premier temps, mais qui mériterait que l’on y prête de l’attention.

Créé: 14.01.2020, 21h43

John Fust: «Créer une base plus solide»

Le Lausanne Hockey Club est conscient de la situation. Conscient, également, du rôle qu’il a à jouer pour le hockey vaudois et son avenir. «On a tous un rôle à jouer, ensemble, précise toutefois John Fust, directeur du mouvement juniors du LHC. La clé passe effectivement par la formation. Mais on doit travailler et se réorganiser la main dans la main afin de créer une base plus solide et ainsi générer plus de candidats au bout du compte, que ce soit pour Lausanne (ndlr: pour l’élite) ou pour les clubs de la région. Tout le monde a besoin de tout le monde. C’est mon cheval de bataille depuis un an et demi et ma prise de fonction: il faut qu’on se rapproche les uns des autres pour nous améliorer.»

Où en est-on? «On a travaillé avec Star Forward. On œuvre actuellement avec Forward Morges et Yverdon et on est proches de conclure des partenariats avec certains clubs. Cela avance, poursuit John Fust. Une chose est sûre: on doit partager nos structures, nos connaissances et nos expériences. Trouver un moyen de les développer ensemble pour ce but commun.» Quand en verra-t-on les effets? «Assez rapidement pour ce qui est des classes juniors, répond le dirigeant lausannois. Concernant les premières équipes, on parle néanmoins davantage d’un projet sur le long terme.»

Au sujet d’un soi-disant manque d’intérêts et de moyens financiers pour la formation au LHC? «Je ne serais pas venu là si je n’avais pas le soutien du club ou si je n’avais pas décelé chez lui une envie de se développer dans ce domaine, réagit John Fust. Contrairement à ce qui se raconte, le budget n’est pas en baisse. Simplement, nous sommes en train de restructurer notre mouvement juniors. On a du reste récemment engagé deux entraîneurs spécifiques professionnels (ndlr: le coach national Stéphane Blaser pour les gardiens et l’ancien défenseur international Urs Burkart en tant que coordinateur de développement). Et l’idée est de poursuivre notre travail en continuant à enrichir notre encadrement juniors.»

Jérôme Reynard

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