Les championnats ne reprendront probablement pas

CoronavirusDes clubs ne veulent plus jouer, tandis que les restrictions augmentent. L’arrêt définitif des championnats de hockey sur glace et de football semble acté.

Les patinoires et les stade de football pourraient rester vides jusqu'à la saison prochaine.

Les patinoires et les stade de football pourraient rester vides jusqu'à la saison prochaine. Image: Keystone

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Hockey sur glace: La saison pourrait être annulée dès jeudi

Jérôme Reynard

Mardi encore, les clubs de National League et de Swiss League confirmaient leur volonté de reprendre le championnat à huis clos la semaine prochaine. Et cela après avoir dans un premier temps rejeté cette hypothèse. Vingt-quatre heures plus tard, les espoirs du hockey suisse ont peut-être été douchés.

Il y a d’abord eu la conférence de presse du Conseil d’État genevois, lequel a annoncé l’interdiction, sur le principe, des manifestations de plus de 100 personnes. De quoi contraindre le Ge/Servette HC à soumettre une demande auprès du médecin cantonal pour obtenir l’autorisation d’organiser ses rencontres de play-off à domicile, les matches à huis clos réunissant généralement plus de 100 personnes. Et quelques minutes plus tard, il y a eu l’intervention du gouvernement tessinois, lequel a déclaré l’état de nécessité jusqu’au 29 mars au moins, gelant notamment «les activités et les manifestations sportives de tout type, quel que soit le nombre de participants». Autrement dit: fini le hockey pour le HC Lugano (play-off), le HC Ambri-Piotta (tour de classement) et les Ticino Rockets (tour de relégation en Swiss League) sur leur territoire, entraînements compris. Et donc fini la saison?

Pour le décider, les dirigeants des organisations de National League et de Swiss League se réuniront ce jeudi matin en téléconférence. Une chose est sûre: la contrainte de temps est réelle, là où les contrats des joueurs arrivent à échéance le 30 avril. À vrai dire, on voit mal comment le championnat pourrait désormais reprendre. À moins que les clubs et la Ligue ne trouvent une solution en urgence. Et encore… Combien de jours resterait-elle valable?

Situation inextricable

D’après les informations qui circulent, il faut s’attendre à ce que le Conseil fédéral annonce un durcissement des mesures actuellement en vigueur, vendredi, lors de sa prochaine prise de position. Et puis, combien de temps avant qu’un autre Canton imite le Tessin? Et avant qu’un cas de coronavirus se déclare au sein d’un vestiaire? Un seul suffirait pour une mise en quarantaine de l’équipe concernée au complet.

L’étau s’est resserré d’une telle manière que la situation paraît intenable. Selon toute vraisemblance, le hockey suisse devrait être mangé à la même sauce que ses voisins allemands et autrichiens (pour ne citer qu’eux). À la différence qu’ici, la Ligue et les clubs avaient finalement opté pour le huis clos, là où la Deutsche Eishockey Liga (DEL) et la Erste Bank Eishockey Liga (EBEL) ont préféré tirer la prise face à la perspective d’évoluer sans public.

Les enjeux sont différents. Si les organisations – de National League notamment – se sont ouvertes à l’idée d’un huis clos, c’est parce qu’elles ont réalisé que la situation liée au Covid-19 était loin de s’améliorer. Mais c’est aussi parce qu’elles ont pris connaissance des conséquences qu’engendrerait une fin de saison prématurée.

On parle de quelque 500 000 francs de droits TV à rétrocéder pour chaque club. De la mise en danger d’un contrat de 35 millions de francs annuels signé par le câblo-opérateur UPC et valable jusqu’en 2022. De litiges avec les partenaires commerciaux pour des prestations non fournies. De procédures juridiques interminables. Au final: des répercussions supérieures aux effets déjà potentiellement dévastateurs de séries éliminatoires sans recettes de ticketing ni de catering. Pour autant que l’annulation du championnat soit du ressort des clubs...

À qui de payer?

«Si elle est le résultat d’une décision des autorités, face à une situation d’urgence sanitaire par exemple, il sera plus facile pour les clubs d’invoquer un cas de force majeure, imprévisible et externe à leur volonté, estime Jean-Philippe Rochat, avocat spécialisé dans le domaine du droit des affaires et du sport. D’autant plus que ces clubs pourront démontrer qu’ils ont tout entrepris pour réduire le dommage.» Ceci en acceptant l’idée du huis clos et en élaborant plusieurs scénarios dans l’espoir de terminer la saison, afin d’honorer au mieux leurs engagements contractuels. «Mais attention, cela ne les exonérerait pas de facto totalement de leur responsabilité, prévient notre interlocuteur. Tout dépend de la nature des contrats qu’ils ont signé. Certains documents peuvent être très restrictifs en matière de définition des cas de force majeure.»

Contacté avant que l’état de nécessité ne soit déclaré au Tessin, le directeur général du HC Fribourg Gottéron, Raphaël Berger, nous avait apporté son regard sur le sujet. «Si l’arrêt du championnat n’est pas de notre ressort, nous sommes juridiquement protégés. Dans le cas présent, nous ne ferions qu’appliquer une directive supérieure. En revanche, cela ne réglerait pas la question financière, parce que nous pourrions à terme perdre nos sponsors. Pareil pour le contrat TV.»


Football: Toujours plus de clubs et de joueurs disent stop

Nicolas Jacquier

Pourra-t-on terminer la saison en Super et Challenge League? Cette perspective semble s’éloigner à mesure que la propagation du Covid-19 s’accélère en Suisse, avec tous les risques de contamination qui lui sont liés. Scénario parmi d’autres, l’éventualité de poursuivre le championnat à huis clos – il n’est plus question d’accueillir du public dans les prochains mois – figure au centre de la réunion de crise convoquée lundi prochain à Berne par la Swiss Football League. Initialement prévue dans un hôtel de la capitale, cette séance à laquelle participeront tous les présidents de club a été déplacée au Stade de Suisse afin de garantir à chacun un cordon sanitaire de deux mètres au moins.

Sauvés sur le tapis vert

Stop ou encore? Indépendamment des décisions du Conseil fédéral, qui pourraient mettre fin au championnat et à toute discussion dès vendredi, les partisans d’un arrêt définitif ne cessent d’augmenter. On retrouve en première ligne Christian Constantin. «Aujourd’hui, il faut regarder la réalité en face et surtout l’admettre. La vie des gens est prioritaire, le sport lui-même devient accessoire. Dans ces conditions, chercher des solutions pour imaginer poursuivre le championnat me semble ridicule. De l’autre côté des Alpes, des équipes ne s’entraînent plus. On ne peut pas prôner des mesures d’hygiène d’une part, et, de l’autre, continuer à enfermer trente joueurs dans un vestiaire deux fois par jour. Cela revient à tenter une sortie à peaux de phoque alors que le danger d’avalanche est de 5 sur 5.»

Hormis l’impact économique que provoquerait l’interruption des championnats, que faire des résultats enregistrés jusque-là? Plusieurs dirigeants suggèrent de valider le classement établi à Noël (après deux tours) et d’accélérer artificiellement le changement de formule en augmentant à douze le nombre d’équipes en Super League. La réforme, qui doit être entérinée à la majorité des deux tiers, devait initialement entrer en vigueur en 2021-2022. Si elle devenait effective dès cet été, Xamax et Thoune seraient sauvés, alors que Lausanne et Grasshopper décrocheraient leur promotion.

L’Euro reporté d’un an?

Nouveau propriétaire du club de la Maladière, Jean-François Collet y souscrit volontiers. «Dès l’instant où il n’y a pas de solution idéale, anticiper la réforme pourrait être l’option la plus juste, la moins pénalisante.» Autre variante proposée par le FC Lugano: terminer le présent championnat à partir de juillet avant d’enchaîner avec l’exercice 2020-2021.

Partout, beaucoup de spéculations à défaut de certitudes. L’Euro, prévu du 12 juin au 12 juillet, est menacé: il pourrait être repoussé d’une année. Il n’est pas acquis non plus que la Ligue des champions puisse aller à son terme.

Si l’idée d’un nouveau report (jusqu’au 4 avril) ou d’un huis clos restrictif n’est pas totalement abandonnée, le veto pourrait venir des Cantons, seuls habilités à délivrer les autorisations nécessaires. À Bâle, les autorités ont ainsi refusé un huis clos au FCB pour y affronter Francfort, de crainte de voir débarquer des milliers de fans malgré tout. «Les Villes ne sont pas chaudes à l’idée de disputer des huis clos, confirme Jean-François Collet. Cela risque de régler définitivement le problème… En plus, jouer sans public comporte des coûts.» Reste la dimension émotionnelle. «Nous sommes dans le sport spectacle, or aucun spectacle ne se fait à huis clos.»

Les joueurs ont peur

À la Praille, où la dynamique sportive n’est pas la même, les dirigeants du Servette FC n’ont pas changé leur ligne de conduite: ils militent pour terminer le championnat coûte que coûte. «La casse serait plus grosse encore si l’on arrêtait tout, observe Constantin Georges. Jouer à huis clos dénature bien sûr le spectacle mais n’empêche pas la performance.» Mais là aussi, le CEO grenat s’inclinera devant les décisions des politiques. À l’instar d’autres Cantons, Genève a banni les manifestations de plus de 100 personnes. Le Tessin a même interdit tous les rassemblements sportifs, ce qui va impacter l’avenir même de ses clubs de SFL.

Au-delà des enjeux financiers, considérables, et des risques de faillite sous-jacents, il y a les peurs plus ou moins avouables de nombreux joueurs. D’autres ne voient plus le sens même de leur métier. Raphaël Nuzzolo, attaquant de Xamax, s’est fendu mercredi d’un tweet explicite. «Une chose est claire maintenant. Le huis clos est une aberration! Non merci! Le sport doit s’arrêter et n’est pas au-dessus de tout.» Ils sont de plus en plus nombreux à penser comme lui.

Créé: 11.03.2020, 21h27

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