De Lisbonne à Lausanne, le Portugal affiche sa fierté

Le pays vainqueur de l’Euro et ses expatriés fêtent dans la liesse un titre qu’ils n’attendaient pas. Un bon moyen d’échapper un instant à la morosité et à l’austérité.

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Pour une fois, on peut le dire sans avoir l’air de proférer un lieu commun: la victoire à l’Euro 2016 de la Selecção portugaise est celle de tout un peuple. Un peuple d’à peine 11 millions de personnes, qui fait figure de David terrassant Goliath, en l’occurrence les Bleus. Un village d’Astérix lusitanien, qui résiste encore et toujours, comme l’illustrait avec un bel humour le journal «I» de ce lundi.

Pourtant, cela faisait longtemps que le Portugal était entré dans la cour des grands, du moins celle du monde du ballon rond, atteignant souvent, dans les grandes compétitions internationales, huitièmes, quarts et demi-finales. Sans oublier une finale de l’Euro, en 2004, qui fut la pire des humiliations puisque le Portugal, pays organisateur, fut battu à la maison par un plus Petit Poucet que lui: la Grèce.

Origines modestes et banlieues défavorisées

L’accueil triomphal réservé par Lisbonne à Ronaldo et à ses comparses a une saveur particulière. Car l’équipe nationale est composée de joueurs de milieux sociaux souvent très modestes. Ils sont issus pour quelques-uns des banlieues défavorisées de la capitale, parfois originaires des anciennes colonies, comme Éder ou Renato.

Quant à Ronaldo, c’était la misère dans son île natale de Madère. Ce n’est pas par hasard s’il a dédié la coupe à ces immigrants qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont largement contribué au développement de nombreux pays du Nord de l’Europe, loin de l’image poussiéreuse des «maçons et concierges» qui est encore présente dans l’esprit des Français et des autres pays d’accueil. Car la Selecção, en se hissant à ce niveau, en se mettant à égalité avec les autres Européens du ballon, projette aussi le Portugal dans l’Europe.

Sous la menace de sanctions européennes

Le trophée de l’Euro 2016, c’est bien plus qu’une histoire de football. L’identification à la Selecção, la victoire de la ténacité, rassure les Portugais. Après des années de crise et d’austérité, l’espoir est permis, on peut à l’instar de cette grande victoire sportive, avancer et construire un avenir meilleur. Le Portugal est actuellement sous la menace de sanctions européennes pour déficit excessif. Il a atteint 4,4% du PIB en 2015, loin des 3% autorisés par le traité européen. Une «amende» serait psychologiquement très dure pour le pays, qui vit des moments difficiles. Ce lundi, Michel Sapin, ministre français des Finances, a déclaré que le Portugal ne méritait pas des sanctions exagérées, lui qui a déjà tant «souffert et lutté»…

La Coupe et son élan positif redonnent confiance. Dans un hommage vibrant à la Selecçao, le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa a vanté sa «domination si intelligente, si sereine, si calme, si résistante et persistante, sans peur de rien». Ce discours, prononcé lors de la remise de la médaille du Mérite aux footballeurs, était adressé à la nation. De son côté, le premier ministre socialiste Antonio Costa ne tarit pas d’éloges sur ce «modèle de courage et de ténacité».

Sur le plan strictement économique, les droits et produits dérivés vont faire rentrer dans les caisses quelque 700 millions d’euros. Une somme non négligeable dans un pays surendetté et en équilibre instable. Cela ne changera pas fondamentalement la donne, mais c’est un souffle d’air frais… auquel s’ajoute un vent d’euphorie consommatrice.

«Nous sommes fiers. Nous y croyons, et nous avons prouvé que c’était possible», lance António, un supporter inconditionnel. Il est un peu tôt pour dire à quel point l’effet l’Euro 2016 sera bénéfique pour l’économie. Il l’est déjà pour le moral. Les Portugais se sont trouvé des héros.

Créé: 11.07.2016, 21h54

«La victoire, une parenthèse enchantée»

«Comme après chaque grande victoire, on constate un moment d’euphorie avec l’espoir de lendemains qui chantent. C’est une parenthèse enchantée, mais qui ne dure qu’un temps.»

Historien du sport et professeur à l’institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, le professeur Nicolas Bancel prévient: si douce est la victoire, elle ne saurait venir à bout de tous les maux. «Les divisions sociales, les tensions et autres problèmes sont momentanément mis de côté au profit d’une fierté nationale, mais cela ne dure qu’un temps. Le Portugal, où de nombreux jeunes sont sans emploi, est sous pression, notamment de Bruxelles, qui lui impose une cure d’austérité depuis des années. Victoire ou pas, les gens au chômage resteront au chômage, le déficit de la dette sera toujours aussi important et l’Europe continuera d’imposer des coupes au Portugal.» Le moment de grâce durera un moment, «mais le réel reviendra vite se rappeler au bon souvenir des Portugais.» E.BZ.

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