Après une longue décennie de désamour, l'Allemagne se réconcilie avec le cyclisme

CyclismeLa Grande Boucle s’élance d’outre-Rhin samedi pour la quatrième fois de son histoire. Ce Grand Départ prend des allures de retour en grâce.

L'Allemagne et André Greipel (à droite) retrouvent le sourire.

L'Allemagne et André Greipel (à droite) retrouvent le sourire. Image: AP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La roue finit toujours par tourner. Même en cyclisme. Il y a dix ans, Patrik Sinkewitz faisait l’objet d’un contrôle positif lors d’un test antidopage. Cette énième affaire impliquant un coureur allemand s’apparentait à cette fameuse goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle provoquait un saut de chaînes, au sens littéral du terme. Pendant le Tour, ARD et ZDF boycottaient la retransmission. Pas de maillot jaune à se mettre sous la dent pour les télespectateurs d’outre-Rhin. En lieu et place, les chaînes publiques proposèrent un écran noir. Noir comme le deuil d’une passion que les champions de différentes époques (Rudi Altig, Dietrich Thurau et Jan Ullrich) avaient entretenue dans une ferveur enflammée.

A Stuttgart, cette même année 2007, les Mondiaux s’étaient déroulés dans un climat délétère qui soufflait sur le peloton allemand depuis juillet 2006 et les déflagrations de l’affaire Puerto. Elles avaient laissé Jan Ullrich sur le carreau. Par effet ricochet, elles avaient engendré les révélations tardives et contrites de ses anciens coéquipiers chez Deutsche Telekom et T-Mobile, notamment Erik Zabel. Ces déclarations-chocs avaient sapé le moral d’un public qui s’était toujours nourri avidement à la mamelle du cyclisme. Celui-ci cria à la trahison puis hurla son dégoût lorsque Jörg Jaksche passa à confesse sur les pratiques dopantes d’un peloton carburant aux injections de toutes sortes.

Et pourtant… Pourtant il est fini le temps où, en Allemagne, on chassait les cyclistes comme les sorcières. Samedi, le Tour plante son chapiteau de départ outre-Rhin pour la quatrième fois de son histoire après Cologne (1965), Francfort (1980) et Berlin-Ouest (1987).

Le look de Kittel

La 104e édition de la Grande Boucle devait initialement s’élancer de Londres, comme en 2007, mais la capitale anglaise renonça, invoquant des raisons financières. Quand Düsseldorf fut officiellement désignée, en décembre 2015, Christian Prudhomme, directeur de l’épreuve, poussa un ouf de soulagement en forme de cri du cœur: «C’est le retour dans un pays qui reprend goût au cyclisme et au Tour de France.» Cet été-là avait été marqué par le retour de la Grande Boucle sur la chaîne ARD, qui en avait abandonné la diffusion en 2011, lassée par les scandales à répétition.

En 2014, à l’écoute d’interlocuteurs privilégiés, on devinait sans peine le scénario à venir. «L’Allemagne était folle de Jan Ullrich et quand il y a eu les affaires de dopage, elle a surréagit. Le sprinter Marcel Kittel (quatre succès en 2013 et en 2014, un l’an passé) n’est pas aussi exubérant que Peter Sagan, mais il a une personnalité et un look susceptibles de féminiser le public du vélo», commentait Philippe Lesage, cofondateur du site velo101.com. Comme pour rouler dans le bon sens, Kittel ne se plonge pas nez dans le guidon dans le passé. «Je ne regarde jamais les vidéos des anciens sprints. Je n’ai rien à apprendre d’un Zabel ou d’un Cipollini. C’était une autre époque. On ne court plus comme eux.»

Greipel, sept bouquets

Sur les Champs-Elysées, Kittel s’assurait un deuxième succès consécutif et Hans-Michael Holczer, ancien manager de l’équipe Gerolsteiner et alors consultant pour Katusha, nous confiait, anticipant sur les événements: «Il s’est passé des choses très graves, mais la télé allemande ne peut pas imposer son diktat à un sport. Celui-ci bloque la venue d’un grand sponsor et les téléspectateurs allemands sont demandeurs.»

Lors des quatre dernières éditions du Tour, les coureurs allemands ont trusté les victoires (21). Ces succès ont contribué à ce regain d’intérêt. Samedi, André Greipel s’alignera pour la septième fois au départ de la Grande Boucle sur laquelle il a glané sept bouquets. En prélude à l’événement, le «gorille de Rostock» – c’est le surnom du sprinter allemand – est apparu dans un clip déjanté, dans lequel il interprète un tube au titre évocateur: «Go, Gorilla». L’Allemagne pousse la chansonnette et son cyclisme retrouve son pouvoir d’attraction. Le succès populaire généré jeudi soir par la présentation des équipes au centre de Düsseldorf en atteste. D’autant que l’équipe allemande de foot jouait en même temps une demi-finale de la Coupe des Confédérations.

Ullrich le paria

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung parle sans détour de «Tour de Chance» concernant ce Grand Départ donné en Allemagne, un projet auquel Thomas Geisel, le maire de Düsseldorf, n’a eu de cesse de pousser à la roue. Kittel, quant à lui, parle de seconde chance. Volant au secours de son aîné Jan Ullrich, qui n’a pas été invité par ASO à cette fête de la réconciliation: «Humainement c’est très dommage pour Jan Ullrich. Je peux m’imaginer combien c’est difficile pour lui. Tout le monde a droit à une seconde chance.»

Malgré les apparences, la Grande Boucle n’est donc pas tout à fait bouclée. Il est des plaies qui ne cicatrisent jamais.

Créé: 30.06.2017, 21h51

Beaucoup de questions

Parce qu’il additionne les moins (moins de montagne et moins de km de clm, 36 au total), le Tour paraît plus ouvert. D’autant que les questions concernant le podium sortant sont nombreuses.

Froome et Bardet n’ont rien gagné cette année. Dans quel état de forme se présente Quintana défait par Dumoulin au Giro? La présence de Valverde à ses côtés est-elle bénéfique ou préjudiciable? Deux fois 2e et une fois 3e, le grimpeur colombien s’appuiera sur un collectif de valeur. Que faut-il attendre de Contador, lauréat il y a dix ans? Quel rôle tiendra le duo Fuglsang-Aru, respectivement 1er et 5e du Dauphiné? Le Danois a rempilé chez Astana jusqu’en 2019. Le Colombien Chaves (Orica) se montrera-t-il à la hauteur de l’événement?

Dans le tintamarre qui accompagne le Tour, AG2R, Bardet et Frank avancent avec une détermination mâtinée d’humilité. «On veut être au sommet, mais on ne le crie pas haut et fort», commente Vincent Lavenu, le manager. Un paradoxe que ce Tour moins montagneux cultive à sa manière. A défaut d’épouser les contours de la France, il visitera, pour la première fois depuis 25 ans, les cinq massifs montagneux de la France.

Le Massif central inspire Bardet qui a prolongé chez AG2R jusqu’en 2020. «Offrant peu de répit, le tracé pourrait réserver des surprises. L’intelligence tactique et la réussite seront déterminantes. Pour déclencher des mouvements au bon moment, il faut aussi être relâché.»

Bardet pourra compter sur Frank (8e en 2015). «Je lui apporterai mon expérience. Je suis content de me retrouver dans un rôle de lieutenant.» Le Lucernois cultive la même discrétion que son leader. «Nous sommes tous deux introvertis.» Mais pas dénués d’ambition. Les autres sont avertis.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 23 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...