Lausanne quitte la Super League dans le chaos général

FootballBattu sur le terrain et relégué, le LS a vu ses supporters envahir le terrain en plein match pour s’en aller agresser les fans thounois. Interrompue à la 70e minute, la partie n’a pas repris.

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Pour la deuxième fois de son histoire après mai 2014, le Lausanne-Sport a connu, dimanche, les affres d’une relégation sportive. Malheureusement, cette immense déception a encore été accentuée par les débordements inadmissibles d’une partie de ses supporters. Alors que, sur le terrain, les joueurs lausannois ne faisaient, depuis septante minutes, que confirmer leur inexorable agonie par une nouvelle défaite face à Thoune, une trentaine d’ultras, vêtus de noir et encagoulés pour la plupart, ont subitement quitté leur secteur.

Pour s’en prendre ensuite, verbalement et physiquement, à leurs homologues bernois, «coupables» de les avoir chambrés en chantant «Lausanne, c’est fini». Pendant que l’arbitre ordonnait aux acteurs de regagner les vestiaires, l’intervention des forces de sécurité a pu mettre assez vite un terme à un assaut au cours duquel deux supporters lausannois ont été blessés. Un quart d’heure plus tard, M. Schärer, qui estimait que la sécurité des joueurs ne pouvait pas être garantie, mettait un terme prématuré à la partie. Du jamais vu durant la longue histoire du LS.


A lire l'édito: Ineos et le LS: une leçon au prix fort


Le président dépité

Cette sage décision prise par l’arbitre a d’emblée été soutenue et appuyée par David Thompson. «Ce qui s’est passé aujourd’hui est à la fois une honte et une catastrophe, soufflait, dépité, le président du LS. Assister à un match de football doit être un moment de bonheur et de plaisir partagé, quel que soit le résultat. Ce type de supporters n’a absolument rien à faire dans un stade. De plus, ces gens causent un immense dommage à notre club et à l’image que nous voulons donner.» Le dirigeant anglais semblait d’autant plus stupéfait et déçu qu’il avait rencontré à plusieurs reprises une délégation de supporters, cet hiver, suite aux polémiques liées au nouveau logo. Et que les relations entre les deux parties étaient excellentes au dire de toutes les personnes concernées. «C’est vrai, soupire-t-il. Une enquête va maintenant être menée pour déterminer qui sont ces gens auxquels il faudra interdire l’accès aux stades. Mais je doute vraiment que ce soit les personnes avec lesquelles j’avais parlé de façon constructive il y a quelques semaines.»

Ces incidents et la relégation ne remettent toutefois en question ni l’engagement des nouveaux propriétaires du club ni leurs ambitieux projets. «Absolument pas, souligne David Thompson. Le problème de ce petit groupe de fans va être réglé. Quant à la situation sportive actuelle, elle n’est assurément pas celle que nous espérions mais elle n’a rien de dramatique non plus. Comme je l’ai répété à maintes reprises, nous allons donc l’assumer. Mais pour l’instant, je ne peux pas en dire davantage. Lundi après-midi (Ndlr: aujourd’hui) , nous aurons une séance du conseil d’administration au cours de laquelle il s’agira de déterminer pas mal de choses…»

Un entraîneur à trouver

Du travail, David Thompson et les autres têtes pensantes du club en auront énormément ces prochains jours. À voir l’état de déliquescence dans lequel se trouve le groupe actuel, il apparaît en effet impossible, et surtout dangereux, de partir avec de simples retouches à la reconquête de la Super League. Car il est d’ores et déjà évident qu’Ineos a aujourd’hui pour unique ambition d’inaugurer sa nouvelle enceinte de la Tuilière – probablement en février 2020 – au plus haut niveau du foot suisse. «Dans tous les cas de figure, confiait Pablo Iglesias vendredi, la priorité absolue consiste à trouver le bon entraîneur dans le laps de temps le plus court possible. Dans ce sens, nous avons déjà quelques touches mais rien de concret puisque nous ne connaissons pas encore la ligue où nous évoluerons.»

Le fait que le verdict soit tombé prématurément permet au moins au directeur sportif d’accélérer le processus. Il s’agira ensuite de bâtir une équipe capable de faire la différence dans une réalité tout autre que celle de cette saison. La Challenge League est une compétition plus physique et beaucoup moins tactique que la Super League. «L’idée est de conserver nos meilleurs éléments, précisait Stefan Nellen, vice-président du LS. Tout au moins ceux, a priori nombreux, qui ne possèdent pas de clause libératoire en cas de relégation dans leur contrat.» Mais pour que, dans douze mois, ce retour en enfer puisse être considéré comme un simple et regrettable incident de parcours, il ne s’agira pas de contraindre les meilleurs à rester mais plutôt de les convaincre que le sacrifice demandé en vaudra la peine. Dans ce cas seulement, le LS pourra envisager une saison 2018-2019 similaire à celle qu’avait vécue le FC Zurich il n’y a pas si longtemps. Une aventure à laquelle le capitaine, Alain Rochat, ne prendra pas part.


«On n’était pas préparés à vivre cette situation»

Cette fois, le LS ne peut plus s’en cacher: il est officiellement relégué en Challenge League, deux ans après sa montée. L’heure n’est plus au conditionnel, mais aux enseignements à tirer de cette saison galère. Dimanche, les Lausannois pouvaient s’accorder un sursis en battant Thoune, à la condition que Sion perde contre Saint-Gall. Aucune des deux conditions n’a été remplie. Les Valaisans se sont imposés à domicile (3-2), tandis que les Vaudois n’ont même pas eu l’occasion de terminer un match qu’ils perdaient. Ces derniers auront donc entériné leur descente devant leur public. La conclusion d’une saison douloureuse. «On traîne cette sentence depuis longtemps mais quand c’est officiel, ça fait mal. Tous les efforts d’un club, d’une équipe, sont jetés à la poubelle», affirme le gardien Thomas Castella, particulièrement touché à la sortie des vestiaires.

Il faut dire que Lausanne a vécu une deuxième partie de saison cataclysmique. Cinquièmes au terme du premier tour, avec huit points d’avance sur la lanterne rouge, les «bleu et blanc» ambitionnaient clairement l’Europe, avant de s’écrouler. D’une moyenne d’un point par match, ils sont passés à 0,35 depuis le début de l’année civile. «2018 est une année cauchemardesque, qui ne s’est jamais arrêtée», résume Thomas Castella. Le manque d’expérience est clairement invoqué pour justifier cette chute. «Notre erreur principale, c’est de ne pas nous être rendu compte qu’il nous manquait des hommes de vestiaire», reconnaît Stefan Nellen, vice-président du club. Un problème soulevé en substance par Thomas Castella: «On a un blocage psychologique. On se prépare comme il faut à l’entraînement, on montre de bonnes choses, et en match on n’arrive pas à se libérer.»

Les dirigeants lausannois reconnaissent également une transition compliquée après le rachat par Ineos. «On a peut-être eu trop de réussite au premier tour, ce qui cachait le mal profond», s’interroge Stefan Nellen. Le directeur sportif, Pablo Iglesias, est plus explicite: «Après l’arrivée d’Ineos et les renforts au mercato hivernal, on n’était pas préparés à vivre cette situation.»

La relégation en Challenge League, particulièrement douloureuse, représente un sérieux coup dur pour le projet. «Les nouveaux propriétaires ont répondu à toutes nos demandes, en pensant que ça suffirait. Avec cet échec, on ne sait pas comment ils vont réagir», s’inquiète Pablo Iglesias. En attendant, Stefan Nellen prône la solidarité: «Ce n’est pas une décision en particulier qui a causé notre descente, c’est un ensemble. Nous sommes tous responsables.» Pour s’assurer des jours meilleurs, les dirigeants doivent se remettre en question et repartir sur des bases saines. Là non plus, le LS ne peut plus se cacher. Brice Cheneval


Jour d’enterrement à la Pontaise

Il régnait, dimanche, une atmosphère morose à la Pontaise. À commencer par le climat, froid et gris. Avant le match, les abords du stade sont déserts. Un vide que la sono ne parvient pas à combler.

Les joueurs arrivent dans l’indifférence la plus totale, sortant du bus le regard dans le vide, sans conviction. L’issue de la rencontre semble jouée avant même la première minute. Au local du Blue-White Fanatic Kop, situé sous l’une des tribunes, les bières s’enchaînent. Pour un match décisif, le dernier de la saison à domicile qui plus est, l’attente devrait être insoutenable. Ce n’est pas le cas. Les supporters affichent leur résignation. «Que Sion perde ses deux derniers matches, ce n’est pas impossible, mais que nous gagnions les nôtres, je n’y crois pas», lâche l’un d’entre eux. «Vu comme nous avons joué nos derniers matches, battre Thoune et Saint-Gall est impensable», abonde un autre. Les BWFK se dirigent vers leur tribune seulement quelques minutes avant le coup d’envoi. Le corps y est, mais la tête semble ailleurs.

Dans le reste du stade, l’engouement n’est guère plus important. Malgré la baisse spectaculaire, pour la troisième fois consécutive, du prix des places (à 12 francs), seuls quelque 2000 courageux répondent présent. Symbole d’un peuple qui n’y croit plus. Quelques timides applaudisse-ments accompagnent l’entrée des deux équipes, très vite éteints par le spectacle offert sur le terrain. Dans la lignée de leurs dernières prestations, les Lausannois jouent sur la retenue, plombés par un manque de confiance flagrant.

Le public ne sort de sa torpeur qu’à de trop rares occasions. Comme à la 29e minute, lorsque Andi Zeqiri croise trop sa frappe, ou après une succession de passes ratées. «Il faut courir un petit peu, il va falloir vous secouer!» hurle un spectateur. La passivité laisse place à la consternation après l’ouverture du score (49e), puis à la colère à la suite du deuxième but des «rouge et blanc» (62e). Les fans thounois reprennent en chœur «Lausanne, c’est fini», provoquant ainsi l’envahissement de terrain, sous les sifflets de la Pontaise. B.CH.

(nxp)

Créé: 13.05.2018, 15h59

Infos:

Lausanne - Thoune 0-2 (0-0)
La Pontaise. 2500 spectateurs.
Arbitre: M. Schärer.
Buts: 49e Sorgic 0-1, 62e Spielmann 0-2.
LS: Castella; Loosli, Monteiro, Rochat, Gétaz; Cabral, Fransson (67e Pasche); Zeqiri, Zidane (60e Escorza), Kololli (60e Asllani); Margiotta.
Thoune: Faivre; Glarner, Gelmi, Sutter, Facchinetti; Karlen, Lauper; Tosetti, Spielmann, Da Silva; Sorgic (69e Hunziker).
Avertissements: Cabral (26e).
Notes: LS sans Manière, Rapp (blessés), Zarate, Marin ni Schmid (pas convoqués). Thoune sans Nikolic, Costanzo, Bürgy, Kaban (blessés), Joss (malade), Hediger ni Huser (suspendus).

Avec cette relégation, c’est la pyramide du sport vaudois qui perd son sommet. Maintenant, il ne s’agit pas de faire un grand déballage qui va durer six mois, mais de se tourner exclusivement vers le futur, pour remonter tout de suite comme le FC Zurich l’a fait récemment. Il y a une page blanche à écrire, dès ces prochains jours

Philippe Martinet, Ancien président du Grand Conseil et supporter

Ça fait mal! Il ne faut toutefois pas baisser les bras, il faut refaire une équipe. Avec la confiance des dirigeants et les structures mises en place, le Lausanne-Sport remontera dans les deux ans, à mon sens. Et il y a déjà un directeur technique. Ce qui sera précieux car une équipe de football ne peut pas reposer sur une seule personne

Marcel Parietti, Ancien joueur du LS et délégué au sport du Canton

La relégation ne s’est pas faite aujourd’hui (ndlr: dimanche). Et ce n’est pas la première. Le club peut remonter assez vite. Mais il s’agira déjà de dresser un état des lieux. Le contingent a-t-il assez de qualité pour remonter? À mon sens, trop de joueurs ont le même profil. Le Lausanne-Sport, c’est bien davantage que cette équipe que l’on a vue au deuxième tour

Alexandre Comisetti, Ancien joueur du LS

Cette relégation est sans surprise, avec un trio composé d’une baby-sitter, d’une nurse et d’une infirmière. Il a été assez vite clair, pour moi, que le changement d’entraîneur n’allait pas favoriser le sauvetage. Pour remonter, désormais il faut une révolution de palais. Et prendre l’exemple du FC Zurich il y a deux ans, promu juste après sa relégation. Mais il y a des joueurs qui ne veulent pas remonter

Gabet Chapuisat, Ancien joueur du LS

C’est une déception pour la ville et pour le public. Mais c’est aussi la beauté du sport. Sans promotion ni relégation, le football deviendrait vite ennuyeux. Cette année, Lausanne se consolera avec le titre de champion de Suisse de ses volleyeurs. Et le LS, qui a une bonne assise, rebondira, mais il eût été préférable d’inaugurer le nouveau stade contre Bâle plutôt que contre Winterthour

Marc Vuilleumier, Ancien municipal lausannois de la Sécurité et des Sports

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