«Le derby suscite plus d’émotions à Lausanne»

FootballRobert Kok et Erich Burgener racontent les façons différentes de vivre ce rendez-vous selon que l’on défend les couleurs du LS ou de Servette.

Robert Kok et Erich Burgener ont joué deux saisons ensemble au Lausanne-Sport (1979-1981) puis deux autres au Servette FC (1984-1986).

Robert Kok et Erich Burgener ont joué deux saisons ensemble au Lausanne-Sport (1979-1981) puis deux autres au Servette FC (1984-1986). Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Au cours des histoires plus que centenaires du Lausanne-Sport et du Servette FC, les joueurs à avoir défendu les couleurs des deux clubs se comptent par dizaines. Mais, sans faire injure à quiconque, la plupart du temps, ce sont des seconds couteaux qui ont posé leur sac 60 kilomètres plus à l’est ou à l’ouest.

Les cas d’Erich Burgener et de Robert Kok sont bien différents. Lorsqu’en 1981 pour le premier, et en 1984 pour le second, le puissant Servette s’en est allé débaucher ces deux joueurs emblématiques chez son voisin, il s’est tout bonnement attaché les services du gardien de l’équipe de Suisse puis de l’un des tout meilleurs attaquants de LNA. Comme pas mal d’autres, Erich Burgener (67 ans) et Robert Kok (61 ans) ont donc vécu de très nombreux – et souvent épiques – derbys lémaniques des deux côtés. Mais à chaque fois avec, sur leurs solides épaules, l’attente en ce temps-là extraordinaire du public.

«J’ai découvert l’importance de ce derby en arrivant à Lausanne en 1979, commence le Néerlandais. J’ai d’emblée pu en mesurer l’importance à la forte pression qui l’accompagnait. La semaine précédente, on ne parlait que de ça! Et je dois dire que j’adorais cette atmosphère. Elle me poussait à donner le meilleur de moi-même.»

«Un véritable événement»

Une ferveur que n’a pas oubliée Erich Burgener. «J’entends que samedi il pourrait y avoir, au mieux, 7000 à 8000 spectateurs à la Pontaise, soupire l’ancien gardien. Personnellement, des derbys, j’ai dû en jouer des dizaines, mais aucun devant moins de 12 000 à 13 000 personnes. À l’époque, dans les bistrots, les discussions ne tournaient qu’autour du match. C’était un véritable événement. Aujourd’hui malheureusement, plus personne n’en parle. J’ai l’impression que le derby lémanique est presque devenu un match comme un autre. C’est vraiment dommage que les jeunes ne s’identifient plus au grand club de leur région mais à ceux qui disputent la Ligue des champions.»

Cette légère indifférence tient également aux parcours chaotiques des deux clubs depuis une quinzaine d’années. «Le dernier grand derby? Il remonte au printemps 1999, clament les deux compères. Avec le titre de champion en jeu. Depuis, beaucoup de choses ont changé. D’abord à cause des faillites qu’ont connues les deux clubs. Ils ont dû repartir de zéro et semblent encore loin d’avoir réussi à rattraper le temps perdu. Pour preuve, le derby de samedi est une affiche de Challenge League, un cas de figure invraisemblable il y a trente ans.»

Servette est en avance

Même s’il est difficile d’imaginer, un jour prochain, un nouveau derby devant plus de 20 000 spectateurs, le retour d’une certaine ferveur populaire passe obligatoirement par une double promotion en Super League, selon nos interlocuteurs. «Mais pas seulement, ajoute Burgener. Ces deux publics sont aussi très exigeants. Le supporter vaudois, surtout, est difficile à déplacer car il s’enflamme moins vite que son voisin du bout du lac. Tous deux veulent certes des résultats, mais également du spectacle et une équipe avec une vraie âme. Dans cet ordre d’idées, Servette me semble aujourd’hui compter une longueur d’avance sur Lausanne. Il y a quelques semaines, j’ai été invité au repas de soutien, à Genève, et j’ai découvert avec plaisir un club qui revit grâce à un vrai projet régional et à un entraîneur, Alain Geiger, qui donne l’impression de savoir où il va. En résumé, Servette est un club qui rassemble à nouveau. De plus, le président, Didier Fischer, est un Genevois qui a ses entrées dans le canton. Des atouts importants que le LS ne possède pas encore.»

Une supériorité théorique

Un constat que partage Robert Kok: «Après quatre mois, les joueurs du LS semblent encore se chercher. Sur le papier, cette équipe est peut-être supérieure à Servette mais sans parvenir à le démontrer sur le terrain. Et puis, en plus de quelques anciens joueurs qui pourraient officier comme ambassadeurs, il manque toujours une forte personnalité locale dans la direction de ce club.»

Samedi, Erich Burgener et Robert Kok suivront le derby avec attention. «Le LS sera sous pression, souligne l’ancien attaquant. Une défaite placerait son adversaire en position de force. Avec dix points d’avance, je vois mal les Genevois manquer leur objectif au printemps.»

Lausanne a un complexe

«Cela deviendrait effectivement très compliqué pour le LS s’il s’incline, renchérit Burgener. D’autant plus qu’à Lausanne on nourrit un petit complexe vis-à-vis de Servette. Pour avoir préparé et vécu cet événement des deux côtés, je peux vous assurer que l’attente est autrement plus fébrile du côté de la Pontaise et de ses supporters. Les émotions y sont plus fortes. Parce que pour le LS, battre Servette – un club historiquement plus puissant et titré – a toujours été considéré comme un petit exploit. Alors qu’à Genève une victoire n’était finalement qu’une conséquence logique de cette supériorité. La semaine qui suivait une défaite dans un derby était, pour le supporter lausannois, toujours un peu plus difficile à vivre que pour le Genevois, qui passait vite à autre chose.»

Mais à en croire nos deux témoins, la semaine prochaine ne devrait pas être sinistre pour le fan du LS. «Dos au mur, les joueurs sauront réagir et montrer ce dont ils sont capables, assure Burgener. Je vois donc le LS s’imposer 2-0, et tant pis pour tous mes amis genevois!» «En ce qui me concerne, conclut Kok, le cœur me dit que Lausanne va gagner 2-1, mais la raison est plus prudente avec un 2-2.» (nxp)

Créé: 05.12.2018, 21h47

Articles en relation

Depuis leur premier choc, Servette rigole et Lausanne fait la grimace

Football Deux clubs, deux dynamiques depuis le 31 août et la victoire du LS à Genève. Chronique d’une inversion avant le derby. Plus...

Cette fois, le LS n’a pas grand-chose à se reprocher

Football Malgré le nul (2-2) concédé dimanche, les Vaudois ont confirmé leur redressement à Aarau. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.