Les deux visages du football lausannois

Face-à-faceAndrea Binotto et Giorgio Contini, les coachs des deux clubs vaudois de Challenge League – SLO et le LS –, ne s’étaient jamais rencontrés. Nous les avons réunis juste avant la reprise.

Andrea Binotto (à gauche), le coach de SLO, et Giorgio Contini, celui du LS, ont des parcours très différents dans le monde du football.

Andrea Binotto (à gauche), le coach de SLO, et Giorgio Contini, celui du LS, ont des parcours très différents dans le monde du football. Image: Patrick Martin

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Sur le terrain, leurs chemins vont se croiser le 30 août. Stade-Lausanne-Ouchy (SLO) accueillera alors le Lausanne-Sport (LS) pour le premier derby lausannois de la saison. Mais un mois, c’est long. Trop long. «24 heures» a anticipé la poignée de main et réunit les deux entraîneurs avant la reprise du championnat, ce samedi. Ni une ni deux, la terrasse d’un café situé au centre de la ville – un cadre neutre – est devenu le lieu du premier rendez-vous entre Andrea Binotto (SLO) et son homologue du LS, Giorgio Contini. «Enchanté, Giorgio!» lance l’entraîneur zurichois. «Ça fait plaisir de se rencontrer!» répond Andrea Binotto. La poignée de main est franche et cordiale. Les deux hommes n’ont pas encore passé commande qu’ils se tutoient déjà. «Ah bon, tu pars si tôt samedi?» s’étonne Andrea Binotto, dont l’équipe affronte Grasshopper samedi à 17h30 au Letzigrund. Le LS entamera lui sa saison de Challenge League à Schaffhouse.


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La discussion devient vite plus sérieuse. La pression est-elle plus forte sur le «grand» LS ou sur le «petit» SLO? Les deux se regardent, hésitent. Puis Andrea Binotto se lance: «Giorgio, c’est toi qui a la pression de devoir monter. Les projets et les budgets sont différents. Mais je ressens aussi une certaine pression, car même si nous n’avons rien à perdre, je veux qu’on se maintienne.» Pourtant, l’homme à la tête de SLO dispose d’un filet de sécurité, vu qu’il pourrait reprendre son métier si l’aventure tourne mal.

«Andrea, comment tu dis les spese? Ah, les dépenses… ça ne fait pas tout. On doit faire la différence sur le terrain. L’argent ne peut rien y faire.» Puis, Giorgio Contini de rebondir: «Je n’ai pas besoin de filet. Vous savez, si je n’arrivais pas à gérer la pression, j’aurais fait un job qui m’aurait permis de partir faire l’apéro dès 15h. C’est sympa Lausanne pour ça, non?» Les deux hommes éclatent de rire dans une complicité qui semble déjà toute naturelle.

Trajectoires opposées

Leurs clubs et leurs parcours sont pourtant diamétralement opposés. L’ancien footballeur pro Giorgio Contini (45 ans) a entamé sa carrière d’entraîneur au moment où il a raccroché ses crampons. Il a vite retrouvé l’élite dans sa nouvelle fonction. Joueur amateur devenu entraîneur à succès – il a mené SLO de la 2e ligue inter à la Challenge League –, Andrea Binotto (48 ans) a mis son métier d’enseignant entre parenthèses pour une année au moins. «J’ai la chance d’avoir une profession qui me le permet. J’entre prudemment dans l’univers du foot pro, mais j’aimerais m’y installer.» L’entraîneur du néo-promu a gravi un à un les échelons avant cette première expérience en Challenge League. «Il m’a fallu quatre ans d’expérience pour obtenir la licence UEFA Pro alors que la moitié suffit à un ancien pro. C’est normal que ça aille plus vite pour lui. Moi, j’ai dû atteindre cette ligue par des promotions. Ça m’a forgé.»

Un virage radical

Andrea Binotto estime que l’aspect relationnel est plus important dans le foot amateur. Il souligne les singularités de ce dernier, comme le fait qu’il faut parfois s’adapter aux joueurs absents. Giorgio Contini, qui écoute attentivement en sirotant son espresso, pose sa tasse, déconcerté: «Les joueurs absents? Ça, je ne supporterais pas. Je ne pourrais pas entraîner des joueurs amateurs.»

On veut savoir ce qui a changé depuis l’été passé. «Là, je débarquais à Lausanne sans ma famille restée à Saint-Gall, où elle vit toujours. Maintenant, tout s’est normalisé mais c’était compliqué au début», confie le coach du LS. La vie d’Andrea Binotto a également pris un virage radical. «Depuis cette promotion, j’ai la tête exclusivement tournée vers le foot. Je découvre aussi tout ce qui gravite autour, comme le rendez-vous d’aujourd’hui», enchaîne le coach de SLO, interrompu par son vis-à-vis: «Mais c’est plutôt sympa, non? Tu verras, parfois c’est moins cool avec la presse.» La vanne fait mouche. Après une discussion nourrie sur les sacrifices exigés par le métier d’entraîneur, les premiers doutes surgissent chez Andrea Binotto. «J’espère que ça va le faire. Je me rends compte de tous les détails nécessaires à ce niveau pour jouer la gagne.»

Un jeune garçon vêtu d’un maillot du LS interrompt la discussion. «Il porte celui de SLO dessous j’espère?» tacle gentiment Andrea Binotto. L’heure semble toute trouvée pour revenir aux duels annoncés. «Ces derbys seront bons pour notre visibilité, mais c’est surtout pratique car ça réduit les déplacements», se marre le coach de SLO, qui ne ressent pas personnellement la rivalité entre le nord et le sud de la ville. En face, Giorgio Contini acquiesce d’un sourire: «Émotionnellement, c’est toujours spécial, car certains de mes joueurs vont affronter leur club formateur.» La question, volontairement provocatrice, de savoir si deux équipes lausannoises ont leur place en Challenge League ne brise pas l’alchimie. «Il faut le prendre positivement, même si nous ne sommes pas censés être là», rétorque le coach du LS, dont les propos sont appuyés par le technicien de SLO. «C’est provisoire, je leur souhaite de remonter en Super League. Nous, notre objectif n’est pas de jouer contre le LS, mais de tirer notre épingle du jeu.»

«Ils vont se maintenir»

Impossible de quitter le duo sans revenir sur l’opposition du 30 août. «SLO se sera adapté au championnat. Je suis sûr qu’ils vont se maintenir, voire mieux. Je les ai vus jouer, affirme Giorgio Contini. Nous, on devra être dans les deux premiers.» Andrea Binotto espère que son équipe sera à la hauteur, car les Stadistes comptent bien bousculer les plus gros. «Mon prono? Allez, disons 1-1!» ose le coach du SLO, qui oblige son homologue à se mouiller aussi. «J’accepte le match nul si l’on a déjà assez d’avance sur le deuxième, se marre Giorgio Contini. Bon, Andrea, on va bosser?» Les entraîneurs repartent dans la même direction. Leurs chemins se recroiseront bientôt.

Créé: 20.07.2019, 07h58

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