Jérémy Manière et Andi Zeqiri lancent le derby des retrouvailles

FootballAprès un dernier exercice frustrant, Andi Zeqiri s’éclate dans un Lausanne séduisant. Il évoque les raisons de sa métamorphose.

Cinq matches, six buts: Andi Zeqiri connaît un début de saison éclatant. «Je tiens la forme que j’ai toujours espéré avoir», explique-t-il. Image: KEYSTONE

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Au printemps 2015, Andi Zeqiri n’avait pas 16 ans lorsque Fabio Celestini l’avait lancé en Challenge League. Il en a aujourd’hui 20 et incarne le symbole d’un Lausanne flamboyant, à qui tout réussit depuis que le club vaudois associe résultats probants et spectacle (une nouveauté pour lui).

Gagnant en assurance et en stabilité autant qu’il a mûri, le jeune homme a surtout changé de statut. Alors que Giorgio Contini lui marchandait encore sa confiance la saison passée, le voici promu au rang de titulaire indispensable. Libéré des multiples blessures qui avaient freiné sa progression par le passé, Zeqiri «explose» en ce début de championnat. Comme en témoignent les six buts qu’il y a déjà inscrits, presque autant que lors de l’exercice précédent lorsque son compteur était resté bloqué à sept réussites.

«Tout me sourit, c’est vrai, reconnaît le No 9 de la Pontaise. Je suis en pleine confiance. Je joue mon foot, jusqu’à réussir des gestes que je n’osais peut-être pas tenter avant. Je ne me dis plus que j’ai des choses à prouver.»

Pas question de s’enflammer

Dès lors, tient-il la forme de sa vie, de l’année ou du mois? Quand on lui pose la question, l’attaquant sourit. «Je tiens la forme que j’ai toujours espéré avoir. Mais je ne m’enflamme pas pour autant. Au besoin, mes parents et le reste de mon entourage me font redescendre sur terre. Pour eux, je n’ai encore rien fait.»

Dans une équipe où le danger peut venir de partout, l’ancien junior d’Écublens paraît plus épanoui que jamais. Un constat qui s’applique aussi à l’ensemble de ses coéquipiers dès l’instant où Lausanne affiche une sérénité qu’il ne possédait pas ce printemps. Comme l’expression d’un bonheur partagé. «Il a fallu créer un esprit de groupe. Aujourd’hui, on se connaît mieux, on s’apprécie plus. Et cela se répercute sur la pelouse.» Où Zeqiri n’est plus la cinquième roue du char comme ce fut trop souvent le cas par le passé. «Le coach me donne une liberté complète.»

Entre galères (blessures récurrentes) et manque de temps de jeu, l’actuel meilleur buteur de Challenge League a pu souffrir de n’être pas suffisamment considéré, ou trop peu, jusqu’à en concevoir une frustration légitime. «Il m’est arrivé de me morfondre sur le banc, en me répétant: «Mais quand me fera-t-on donc confiance?» Je faisais la tête. Quand l’on joue moins, ou pas du tout, on peut aussi vite s’égarer. Ou en faire trop pour essayer de compenser. Avec le recul, je m’en veux d’avoir parfois exagéré.»

Au moment d’évoquer son éclatante métamorphose, Andi Zeqiri sait également mieux ce qui convient à son corps. «Je fais plus attention à mon alimentation, à la récupération (sommeil) ainsi qu’à l’importance des soins.»

Le soulagement du buteur

Tombé très vite «amoureux du LS», de son aveu, il en est devenu l’un des joyaux. «J’ai grandi en même temps que le club a grandi. Lausanne a toujours été ma maison. Je suis fier de pouvoir lui rendre ce qu’il m’a toujours donné.» L’attaquant a aussi beaucoup appris de son aller-retour à Turin, où, intégré au sein des M19 de la Juventus, il a pu côtoyer les exigences du très haut niveau et les stars (saison 2016-2017).

Mais Zeqiri, on le répète, n’est pas le seul atout offensif du LS en cette saison qui doit se terminer en Super League: Turkes, son complément, a déjà secoué les filets à cinq reprises, Geissmann en est à trois buts, etc. Ce qui ressort de cette concurrence, aussi nouvelle qu’amicale, c’est l’entente qui y règne sur le front élargi de l’attaque. «Aldin (Turkes) a confiance en moi et j’ai confiance en lui. J’ai certes faim de buts mais si je peux le faire marquer, je n’hésite pas.» Zeqiri ou l’égoïsme du buteur affamé mais altruiste. Que ressent-il d’ailleurs lorsqu’il voit le ballon mourir derrière la ligne de but? «Des émotions qui dépassent les mots. Un soulagement en même temps qu’une libération. Je me nourris de ça. Et c’est pour vivre de tels moments que j’ai voulu être attaquant.»

Ce vendredi soir, le LS, fringant leader, se déplacera à Nyon pour y retrouver le Stade-Lausanne-Ouchy dans un derby 100% lausannois délocalisé sur La Côte. Au-delà de cette aberration géographique, le visiteur des Plaines-du-Loup voudra y conforter son rang de favori. «On sait où l’on en est et surtout où l’on veut arriver. On ne fera pas l’erreur de prendre ce rendez-vous à la légère. Soyons sérieux et mentalement prêts. Tout le monde sait ce qui nous attend au bout du chemin…» Nicolas Jacquier


Jérémy Manière: «Je ne suis pas rancunier mais je n'ai rien oublié»

Photo: Florian Cella

Jérémy Manière est l'homme de ce derby. Le défenseur du SLO retrouve ceux qui étaient ses coéquipiers il y a encore deux mois.

Jérémy Manière, êtes-vous quelqu'un d’honnête et sincère?
(Il sourit.) Je crois, oui. Peut-être trop même parfois pour ce milieu. Vous ne pouvez donc pas dire que ce derby est un rendez-vous comme un autre. Absolument pas. À titre personnel, il est même très spécial. Parce que j’ai de grandes attaches avec le LS. Sinon, c’est une affiche très sympa que jamais je n’aurais imaginée possible il y a seulement deux ou trois ans.

Il y a trois mois, vous pensiez déjà le jouer mais avec le maillot du LS.
Eh oui, et je me souviens bien que quand on observait le parcours de SLO avec mes anciens coéquipiers, on se disait déjà que si on ne montait pas, ce derby s’annoncerait très compliqué pour nous, le match piège par excellence.

Et ce derby vu de l’autre côté, c’est comment?
Assez différent. Nous allons essayer de les embêter avec l’envie de leur chiper un point, ou plus. Mais pour y parvenir, il nous faudra un peu de chance et beaucoup de rigueur. Et un brin de malice supplémentaire aussi. Sur ce qu’il montre depuis la reprise, le LS est, pour moi, non seulement le grand favori logique de ce derby, mais aussi celui du championnat.

Vous attendiez-vous à ce qu’ils soient à ce niveau?
Je répondrai que je ne les attendais pas aussi forts si vite. La saison passée a été pour eux une expérience difficile dont ils ont vite et bien su tirer les justes enseignements. Aujourd’hui, avec l’arrivée de Turkes, le groupe est complet, équilibré. L’état d’esprit est différent également.

Une raison de plus, pour vous, de regretter cette fin abrupte.
Je voulais faire partie de ce projet, c’est vrai, mais d’autres personnes en ont décidé autrement. Malgré les promesses qui m’avaient été faites pendant et après ma grave blessure. Je ne cache pas que leur choix m’a beaucoup affecté car je reste profondément attaché à un club qui m’a permis de beaucoup progresser et avec lequel j’ai connu mes plus belles années. Tout cela appartient désormais au passé et je ne garde aucune rancune envers qui que ce soit. Mais je n’ai rien oublié.

Vous avez ensuite connu une autre déception avec cet essai à Xamax qui ne s’est pas conclu de façon positive.
Oui, mais elle n’est pas comparable avec la précédente. Même si j’ai effectué une semaine positive et deux bons matches amicaux avec Xamax, je peux comprendre qu’ils aient préféré miser sur un gars comme Neitzke plutôt que sur un joueur qui n’avait disputé que quelques matches de 1re ligue après une lourde blessure.

Pourquoi SLO ensuite?
Parce qu’il fallait que je me décide vite et que je n’avais pas beaucoup d’autres possibilités aussi intéressantes. Et puis, SLO s’était manifesté très tôt. Andrea Binotto me voulait vraiment, c’est un élément qui compte pour moi.

Dans ces moments difficiles, le simple fait de pouvoir rejouer à un très bon niveau vous a-t-il aidé moralement?
Sans doute. Je me souviens encore bien de ce 26 janvier 2018, le jour où le médecin m’a annoncé que je n’aurai que 60% de chance de reprendre une carrière pro après l’opération. Et là je suis de retour en Challenge League, au sein d’un bon club qui m’offre un rôle important avec de belles responsabilités. Le contexte est idéal pour que je retrouve mes meilleures sensations. À 28 ans, j’ai encore quelques belles années devant moi.

Votre genou supporte-t-il bien les efforts répétés?
Pour l’instant oui, mais je n’avais pas de gros doutes à ce sujet. Depuis janvier, je n’ai plus raté un seul entraînement et, même s’il est parfois un peu plus vite fatigué, mon genou supporte parfaitement la répétition des efforts. Mais pour tirer un bilan définitif, il faut attendre encore un peu.

Comment jugez-vous l’entame de saison du SLO?
Avec quatre points seulement, je pense que nous avons été mal récompensés. Mais nous avons prouvé contre des adversaires de première partie de tableau que notre groupe est de qualité. Pour engranger davantage de points, il nous a manqué un peu de réussite, de rigueur et cette faculté qu’ont les équipes expérimentées de bien gérer leurs moments faibles. Mais le plus réjouissant, c’est que nous apprenons vite.

En plus de tout ce qui caractérise un derby, vous allez devoir affronter des adversaires qui sont, pour certains, des amis.
(Il se marre.) Ce qui ne m’a pas empêché de manger, comme d’habitude, deux fois avec eux cette semaine. Non, c’est vrai que c’est un peu spécial mais c’est surtout sympa de les retrouver en face de moi. La relation que j’ai avec Castella, Pasche et d’autres dépasse le cadre du foot mais il est clair que, pendant 90 minutes, nous ne serons plus amis mais adversaires. Ce qui ne nous empêchera pas de nous retrouver tous autour d’une table après.

La pression sera entièrement sur eux, vendredi, non?
Oui car le LS doit gagner. Pas sur nous, même si on en a tous très envie et que rien n’est impossible dans une CL à nouveau très homogène, cette saison. André Boschetti

Créé: 30.08.2019, 10h34

L'avant-match

Les dernières news de Vidy et de la Pontaise avant le derby

Les absents
SLO sera privé de Mutombo, Matri et Hajrulahu (blessés). Retour au jeu de Perrier. Au LS, Koura et Flo – ce dernier souffre d’une légère commotion depuis samedi – n’ont pas été convoqués. 3000 spectateurs sont attendus à Colovray.

Andrea Binotto:
«Face à cet impressionnant LS, nous n’aurons rien à perdre. Ce n’est pas contre ce rival que nous devons faire les points qui nous permettront d’assurer notre maintien. Cela dit, je me réjouis de pouvoir nous confronter à ce qui se fait de mieux en Challenge League. Mes joueurs sont très motivés à l’idée de jouer ce derby.»

Giorgio Contini:
«Pour moi, comme d’ailleurs pour la majorité de mes joueurs, ce derby contre SLO est un match comme un autre. Toute la semaine, nous l’avons d’ailleurs préparé tout
à fait normalement. Nous sommes dans une excellente spirale positive que nous aimerions prolonger le plus longtemps possible.»

SLO se renforce
Après les récentes arrivées d’Oussou et de Le Pogam, le néo-promu a complété son contingent avec Christopher Mfuyi. Prêté par Servette jusqu’au 30 juin prochain, le défenseur central congolais de 30 ans ne jouera toutefois pas le derby.

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