«A Noël, je m’entraînais tout seul sous la neige»

FootballPour la première fois, Adilson Cabral a accepté d’évoquer un parcours fait de très hauts et de très bas avant son retour réussi au LS.

Adilson Cabral, capitaine du Lausanne-Sport, a su rebondir dans la capitale vaudoise.

Adilson Cabral, capitaine du Lausanne-Sport, a su rebondir dans la capitale vaudoise. Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Adilson Cabral, ces huit derniers mois ont été très pénibles pour le Lausanne-Sport alors que vous connaissez une véritable résurrection. D’accord?
Tout à fait. Pour ce qui concerne le LS, je dois avouer qu’au cours de ma carrière je n’avais jamais connu un contexte aussi compliqué que celui que nous avons vécu ce printemps. L’équipe n’y arrivait tout simplement plus. Même à Zurich, l’année de la relégation, la sinistrose n’était pas comparable. Mais c’est vrai que nous avions alors gagné la Coupe. Sur un plan plus personnel, on dira que j’ai réussi à revenir de nulle part.

En mars, après le parcours que vous avez connu, il vous a fallu du courage et de l’humilité pour venir frapper à la porte du LS, non?
(Il sourit) Ma fierté en a pris un coup, c’est vrai. Mais ma passion pour le foot a été plus forte que tout. Et puis le LS est mon club et je me suis dit que le contexte y serait idéal pour rebondir et prouver à tous mes détracteurs que je n’étais pas mort. Mais lorsque Pablo Iglesias m’a accordé cette chance, j’étais conscient que ce serait la toute dernière. Raison pour laquelle j’ai accepté sans ciller de jouer gratuitement jusqu’en juin.

Avez-vous été surpris de réussir à retrouver si vite un bon niveau?
Oui et non. D’un côté, lorsque j’ai débarqué ici, en mars, je sortais de quatre mois d’entraînements très intenses avec un préparateur physique. Le 25 décembre, alors que les gens fêtaient Noël, je m’entraînais seul sous la neige. D’un autre côté, après une si longue coupure (ndlr: dix mois), jamais je n’aurais imaginé être capable de rejouer si vite avec une telle intensité. Et, surtout, de réussir à enchaîner les matches.

Et encore moins d’hériter du brassard de capitaine…
Il n’est effectivement pas habituel que le dernier arrivé se voie confier cette responsabilité, mais vu la situation dans laquelle nous nous trouvions alors, le coach a estimé que, grâce à mon expérience et à mon vécu, je pouvais apporter quelque chose. Capitaine ou pas, j’ai toujours été un joueur qui bouscule les autres, qui n’est que rarement satisfait. Mais j’essaie de toujours intervenir dans un esprit positif, pour contribuer à la progression du groupe.

«Dans le foot comme dans la vie, je crois que souvent on a ce qu’on mérite.»

Pourquoi cette résurrection a-t-elle eu lieu au LS et pas plus tôt, à Zurich ou au Mont?
À Zurich, les choses avaient bien débuté. Malheureusement, la situation du club était compliquée et la mienne aussi sur un plan personnel. Au Mont, malgré une superambiance, le cœur n’y était pas. Le problème, c’était moi. Je n’étais pas prêt à faire les sacrifices nécessaires. Du coup, je me suis retrouvé sans club. Ni la moindre proposition intéressante. Une situation désagréable mais finalement logique car, dans le foot comme dans la vie, je crois que souvent on a ce qu’on mérite.

Le Mont aurait pu être une triste fin pour vous.
Oui et je ne voulais pas terminer ma carrière comme cela. Les critiques proférées alors m’ont touché en tant qu’homme et ont contribué à ce que je me remette sérieusement en questions. On ne joue pas six ans avec le grand FC Bâle sans avoir du caractère et quelques qualités. Je méritais quand même un peu plus de respect.

Quel regard portez-vous sur votre carrière?
(Il marque une pause) Elle a été bonne, mais elle aurait pu être encore meilleure. Pour cela, il aurait fallu que je fasse quelques choix différents.

C’est-à-dire?
J’aurais dû quitter Bâle plus tôt. Les trois dernières années, j’ai eu des offres très intéressantes que j’ai refusées. Parce que j’étais dans un confort de haut standing, je n’ai pas eu le courage d’aller me mettre en danger à l’étranger. J’ai manqué d’ambition. Mais mon grand regret, c’est l’équipe de Suisse. J’étais dans le bon wagon, mais j’y suis descendu trop tôt.

À l’étranger, vous avez fini par y aller. Et tant à Sunderland qu’à Genoa cela n’a pas marché comme vous l’espériez. Pourquoi?
Parce que j’ai été trop impatient. Alors que je pensais mériter le respect de mes coéquipiers en venant de Bâle et en ayant joué plusieurs années la Ligue des champions – et éliminé Manchester United – j’ai dû constater que cela ne représentait rien à leurs yeux. Je repartais presque de zéro. Ce qui ne m’a pas empêché de réaliser une excellente préparation et de disputer un très bon premier match de Premier League. Avant de subir une fracture de fatigue. Et lorsque je suis revenu, l’entraîneur qui m’avait voulu (ndlr: Paolo Di Canio) n’était plus là et pour son successeur, je n’existais pas. D’où ma volonté de partir pour Genoa, où seule la situation financière difficile du club a fait que cette expérience n’a duré que cinq mois.

En Angleterre, vous avez aussi vécu l’enfer sur le plan privé avec cette histoire de viol pour laquelle la justice a fini par vous donner raison.
Cette affaire m’a plutôt renforcé moralement car je savais que j’étais innocent. En revanche, elle m’a sérieusement blessé lorsque je me suis aperçu que le regard des autres changeait. Sans oublier, bien sûr, la grande souffrance de mes proches et de ma famille.

Vous en avez voulu à la presse?
Oui. Vivre cette expérience m’a changé, m’a rendu plus méfiant. Vis-à-vis de la presse surtout. Elle a non seulement envenimé les choses mais elle a aussi tenu des propos horribles et mensongers sur moi. Aujourd’hui, j’en veux d’ailleurs plus à certains journalistes qu’à la fille qui m’a faussement accusé de l’avoir violée.

Raison pour laquelle les blagues de Thomas Wiesel n’ont pas passé?
Oui car il a voulu faire rire avec quelque chose qui reste très lourd pour moi. Sur le moment, j’étais très mal mais ensuite nous nous sommes expliqués et cette histoire est oubliée. J’ai de la mémoire, sans être rancunier.

Créé: 02.11.2018, 19h50

«On exploite les 50% de notre potentiel»

Ce samedi, contre Vaduz à la Pontaise (17 h), le LS aborde la dernière ligne droite avant la pause de Noël. Dans un costume de leader qu’il partage avec Servette, Winterthour et Wil. «Ce que je retiens aujourd’hui, sourit Cabral, c’est qu’en ayant été moyens jusque-là et, selon moi, exploité seulement les 50% de notre potentiel, nous sommes en tête du classement! Lorsque nous aurons franchi un palier, personne ne pourra plus nous arrêter.»

Au vu de la qualité de l’effectif dont dispose Giorgio Contini, le capitaine lausannois a certainement raison. Toujours est-il que la réalité, c’est que le LS vient de voir Servette, son principal rival, effacer les cinq points de retard qu’il comptait encore il y a un mois. «Ce que l’on propose est insuffisant pour monter, concède Cabral. Il est temps que les leaders offensifs de l’équipe prennent davantage leurs responsabilités. Nous ne marquons pas assez parce que nous manquons à la fois de justesse et de précision dans les trente derniers mètres. Sans parler de cet esprit de «tueur» qu’un joueur doit avoir face au but adverse.»

Ce manque de constance au cours d’un même match est un autre problème à régler au plus vite, selon Cabral. «On ne réussit pas encore à garder assez longtemps un bon niveau de jeu, à mettre plus régulièrement de l’intensité. Mais ça va venir, j’en suis certain.» Samedi, le LS sera privé de Manière, Tejeda, Loosli et Nanizayamo, blessés. Quant à Flo, il est incertain.

Bio express

Nom
Adilson Tavarez Varela Cabral

Né le
22 octobre 1988, à Praia, au Cap-Vert.

Parcours
Moudon, LS (2005-2007), Bâle (2007-2013), Sevilla Atlético (2008-2009), Sunderland (2013-2015), Genoa (de janvier à juin 2014), Zurich (2015-2016), Le Mont (2017), LS (dès mars 2018).

Palmarès
Cinq fois champion
de Suisse avec Bâle et trois fois vainqueur de la Coupe avec Bâle (2) et Zurich (1).

Articles en relation

Wiesel dézingue le LS, Cabral défend l’équipe

Football L’humoriste est allé loin dans la vanne à l’occasion du repas de gala du club. Le joueur le lui a fait savoir. Fermement, mais sans violence. Plus...

L’avenir de Cabral est dans les mains du nouveau coach

Football Arrivé de nulle part en mars, le milieu de terrain est l’une des rares satisfactions lausannoises de ce printemps. Mais il est en fin de contrat. Plus...

Cabral prolonge de deux ans au LS

Football Le Lausanne-Sport a annoncé ce dimanche la prolongation de deux ans de son milieu de terrain cadre, Adilson Cabral. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...