«Je me vois à nouveau comme un sportif»

FootballOpéré d’une greffe de cartilage au printemps, Jérémy Manière poursuit sa rééducation. Le défenseur du LS explique sa galère.

Jérémy Manière entrevoit la sortie du tunnel. Le défenseur du Lausanne-Sport espère retrouver progressivement le groupe en novembre.

Jérémy Manière entrevoit la sortie du tunnel. Le défenseur du Lausanne-Sport espère retrouver progressivement le groupe en novembre. Image: CHANTAL DERVEY

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Voilà plusieurs mois déjà que Jérémy Manière (27 ans) a disparu des terrains. Victime à l’automne 2017 d’une ennuyeuse blessure au genou droit, le défenseur du Lausanne-Sport, qui souffrait de douleurs récurrentes au niveau de l’articulation lésée depuis plusieurs saisons déjà, avait alors dû se soumettre à une opération particulièrement complexe. Le 26 avril à Berne, il a subi une greffe de cartilage – une technique révolutionnaire pratiquée par le Pr Roland Biedert, l’ancien toubib de l’équipe de Suisse.

Quatre mois plus tard, où en est le No 4 du LS? «Ça suit son cours, nous explique-t-il. Les médecins sont surpris en bien. Pour l’instant, tous les feux sont au vert.» Installé mercredi sur une terrasse à côté du stade, le natif de Vallorbe livre des nouvelles plutôt rassurantes quant aux suites postopératoires: «Je suis passé du bon côté, je me trouve désormais dans la deuxième moitié du tunnel. Je me vois à nouveau comme un sportif, avec un genou normal.» Excepté, dorénavant, une impressionnante cicatrice de 16 cm de long, souvenir d’une intervention durant laquelle a été implanté un greffon prélevé sur une personne décédée.

Une vie de handicapé

En la circonstance, Jérémy ignore tout de l’origine du donneur (une banque existe aux États-Unis pour ce type d’intervention). «Je sais juste que c’est une personne qui possède le même profil que moi, que cela soit au niveau de l’âge, du poids ou de la taille… Quand j’entrerai la première fois sur le terrain, je me dirai sûrement que c’est grâce à quelqu’un d’autre que je peux rejouer.» Avant de poser les béquilles, le Vaudois avait vécu deux mois de galère. «Je me suis habitué à une vie de handicapé. Pour faire 50 m, tout est compliqué. Tant que l’on n’est pas soi-même confronté à ce genre de situation, on ne peut pas vraiment s’en rendre compte.» Pas question pourtant de se laisser gagner par un quelconque sentiment d’abattement. «Je ne suis pas à plaindre. Il y a toujours pire et cela reste du foot. Je vis en Suisse et je touche mon salaire, je n’ai pas à pleurnicher.»

Le dernier match du défenseur de la Pontaise remonte au 2 décembre et s’était soldé par la défaite du LS de Fabio Celestini devant Bâle (4-1). Depuis, comment le footballeur vit-il l’éloignement, le manque de pelouse? «En quittant la lumière du jeu et les projecteurs, répond-il, on disparaît vite. On existe forcément moins dans le regard des autres. Des personnes qui semblaient proches quand je jouais se sont ainsi éloignées, mais je ne leur en veux pas. J’en ai aussi beaucoup appris sur moi-même. C’est certainement la période qui va le plus me servir pour la suite de ma carrière.»

S’il est aujourd’hui prématuré de fixer une date s’agissant de son retour, Manière espère retrouver le groupe cet automne déjà. «Je vais tout entreprendre afin de pouvoir recommencer progressivement avec l’équipe en novembre. Peut-être est-ce illusoire de ma part…» Sous contrat jusqu’en juin 2019, le défenseur n’entend toutefois ni se fixer de calendrier précis ni sauter les étapes en accélérant son retour au jeu, une option trop risquée qui pourrait se retourner contre lui.

«Je n’ai jamais bossé autant»

En attendant de retrouver le terrain, musculation, piscine et fitness composent son univers quotidien. «Je n’ai jamais bossé autant, c’est de l’obstination. Ma cuisse a fondu, je dois reconstruire tout ça. Je peux déjà courir sur un tapis spécial antigravité, qui me soulage de 50% du poids de mon corps. C’est un premier pas vers un retour à la course normale.»

Ces étapes intermédiaires ne l’empêchent pas de nourrir un objectif précis. «Quand je me suis blessé, j’étais un bon joueur de Super League. Mon but est de le redevenir. Lors des premiers matches, compte tenu de l’appréhension qui m’habitera sans doute, je ne serai peut-être plus le même joueur qu’avant. Mais ce serait une fierté que de redevenir ensuite aussi fort qu’avant…»

Son retour au premier plan devrait précéder le déménagement du LS dans le nouveau stade de la Tuilière, prévu l’été prochain. «Comme joueur, j’ai déjà fait les inaugurations de la Stockhorn Arena dans l’Oberland et de la Tissot Arena à Bienne. Je vais devenir un spécialiste!» Dans sa carrière, Jérémy Manière a déjà disputé 54 matches de Super League et 153 de Challenge League. On peut facilement comprendre qu’il attend le prochain avec impatience.


Le blessé n’a jamais lâché l’équipe

Dans son parcours tortueux de joueur à l’arrêt, l’ancien élément de Thoune et du FC Bienne est passé par plusieurs phases successives, chacune d’entre elles ayant modifié son regard sur l’épreuve qu’il traverse. «Moralement, le plus dur, le plus long aussi, a été d’attendre la greffe. Cela a duré trois mois, une période durant laquelle l’équipe perdait tous ses matches. Je me voyais déjà effectuer mon retour en Challenge League… J’ai assisté impuissant à sa dégringolade.»

S’il a toujours accompagné ses coéquipiers, ne ratant quasi aucun de leur match, aussi bien à la Pontaise qu’à l’extérieur, Manière reconnaît qu’il lui est aujourd’hui plus difficile de venir au stade le week-end, le manque de ballon se faisant davantage ressentir. «C’est de plus en plus dur de venir sans pouvoir jouer. D’un côté, je me rapproche certes du terrain, mais de l’autre je n’y suis pas encore. Quand tout va bien, on aurait envie de participer activement au projet qui se met en place.»

Partageant son temps entre Berne (où il peut aisément bénéficier du suivi que lui assurent son chirurgien et des structures de récupération qui lui sont associées) et les Plaines-du-Loup, celui qui était la saison passée le 3e capitaine du LS (derrière Rochat et Maccoppi) a suivi de l’intérieur l’arrivée de Giorgio Contini et d’une nouvelle philosophie de jeu. «On n’a pas toujours été flamboyant mais on est déjà efficace. L’équipe doit encore assimiler un nouveau style…»

Créé: 22.08.2018, 21h03

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