Comment Lucien Favre le Vaudois a conquis Nice

FootballL’entraîneur vaudois et ancien Servettien fait des miracles avec l’OGC Nice, en tête du championnat de France. Avant «le» choc contre le PSG dimanche, il s’explique sans détour.

A Nice, Lucien Favre a imposé ses idées et ses méthodes. Il a conquis les dirigeants, les joueurs, le public, les journalistes, voire ses adversaires...

A Nice, Lucien Favre a imposé ses idées et ses méthodes. Il a conquis les dirigeants, les joueurs, le public, les journalistes, voire ses adversaires... Image: KEYSTONE

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La baie des Anges a réappris à vivre. Après la tristesse d’un 14 Juillet qui a plongé la promenade des Anglais dans l’horreur, tous les sourires sont des respirations. Pas de psychologie de comptoir, juste du bon sens: Nice avait besoin de se raccrocher à du concret et même du futile. Le football est tout cela à la fois, alors voir l’OGC en tête du classement a peut-être aidé.

Lire aussi: Une immense cote et un concert de louanges

Seize journées déjà et Nice est toujours en tête de la Ligue 1, devant Monaco, devant le PSG aussi, relégué à quatre points et qu’il affronte dimanche. Une forme de grâce s’est installée et il en est un qui n’est pas étranger à ces résultats: Lucien Favre. Entre l’ancien Servettien et les Niçois, c’est une histoire d’amour qui s’installe dans la durée. Peu se doutaient de sa minutie, de son professionnalisme, de son sens tactique. L’homme a pourtant fait ses preuves à tous les échelons, d’Echallens à Mönchengladbach en passant par Yverdon, Servette, Zurich ou Berlin.

A Nice, il est venu et a imposé ses idées, ses méthodes. Avec son calme, son sérieux, son humanité. Il a conquis les dirigeants, les joueurs, le public, les journalistes, voire ses adversaires… Lucien Favre parle de son parcours, de son nouveau club, de sa philosophie. Entretien privilégié.

Lucien Favre, quel est le sentiment qui prédomine chez vous après 16 journées et avec cette 1re place au classement de la Ligue 1?

Cela ne va pas être original, mais c’est comme ça: je prends match après match, je ne peux pas dire grand-chose de plus. Etre premier, c’est très bien, mais on verra déjà où Nice se situe à Noël. Je me doute bien que personne ne s’attendait à ce classement. Mais derrière il y a aussi un travail au quotidien, des entraînements, des matches.

De la réussite, aussi?

Bien sûr. Au début, notamment sur les trois premiers matches. De la réussite provoquée. Ensuite, il y a eu des rencontres qui nous ont souri mais qui auraient pu tourner en faveur de l’adversaire, il faut le reconnaître. Maintenant, il y a du jeu, c’est pas mal. Par séquences, nous nous approchons de ce que nous recherchons: de la qualité générale, technique et tactique, en jouant vite. Mais c’est encore compliqué, parfois. C’est pour cela que nous travaillons.

Toute la France du football vous couvre d’éloges pour ce que vous accomplissez avec Nice. Comment les accueillez-vous?

Pour tout dire, cela m’était déjà arrivé en Allemagne. C’est une bonne habitude… (rires). Mais ce n’est pas ce qui va me perturber. Je sais relativiser tout cela. Ça tient à peu de chose… Et puis je n’ai pas le temps de lire tout ce qui s’écrit sur moi. Certains me connaissaient déjà, ils sont moins surpris que ceux qui me connaissaient moins.

Quel regard portez-vous sur votre carrière d’entraîneur, quand vous jetez un coup d’œil dans le rétro?

Moi, j’avance. Il n’y a toujours eu qu’un objectif: apprendre et progresser. Cela vaut pour l’entraîneur comme pour l’homme. Quand tu arrives dans un nouvel endroit, tu apprends. C’est cette expérience que je veux transmettre aux joueurs. Franchement, à chaque étape de ma carrière d’entraîneur, j’ai fait des progrès. Mais sans me mettre de pression. C’est le plaisir qui permet d’avancer. Et mon plaisir, c’est d’être sur le terrain, avec le ballon, au quotidien.

Beaucoup de collègues, notamment français, qui vous connaissaient mal s’étonnent de votre souci du détail ou de votre grande méticulosité…

Oui, mais moi j’estime qu’il faut aller dans les détails. Si un garagiste passe quatre heures sur une voiture et oublie de serrer un boulon, c’est une faute professionnelle, même si cela peut arriver. Dans le foot, pour un entraîneur, c’est pareil. Travailler les détails? C’est normal!

Le football est une passion obsédante. Prenez-vous parfois du recul?

C’est compliqué. Compliqué de s’enlever ça de la tête pour un entraîneur. Il y a toujours quelque chose à faire, des images à voir, un match à préparer. Donc ce n’est pas simple. Mais parfois j’arrive à me détacher un peu. En pratiquant un autre sport, en me baladant. Ou alors en lisant. Un roman ou autre: j’ai plusieurs livres que je lis en même temps, en fait. Ça change les idées.

Que pensez-vous de la Ligue 1?

Il y a des équipes de très haut niveau. PSG, Monaco, c’est très fort. Lyon aussi, sans parler des grosses écuries traditionnelles, comme Saint-Etienne, Bordeaux, voire d’autres. Il suffit de regarder le nombre d’internationaux «A» qui jouent par exemple à Paris, à Monaco ou à Lyon.

Si vous deviez comparer la L1 avec la Bundesliga, que vous connaissez bien?

C’est dur de comparer. Les infrastructures ne sont pas les mêmes. Ce qui me fait drôle, là où j’ai de la peine à m’habituer, c’est sur le plan de l’engouement populaire autour du football. En Allemagne, c’est fou, les stades sont pleins partout. Sur ce plan, il y a une grosse différence.

Avec la Coupe d’Afrique des nations au début de l’année 2017, vous allez perdre plusieurs joueurs, dont Belhanda. Les dirigeants feront-ils un effort pour trouver des solutions durant le mercato?

Il reste encore quelques matches avant la pause. Je ne me projette pas si loin. Pour l’instant, je pense à Krasnodar, que nous affrontons ce jeudi soir. Bon, je pense aussi au PSG avec ce match dimanche. Il faut anticiper, toujours. En Europa League (ndlr: Nice est déjà éliminé), nous allons introduire certains de nos jeunes. Tout en préparant bien sûr ce match avec le plus grand sérieux. Et puis pour le reste, pour janvier, il faudra voir plus tard. En anticipant, si possible…

Nice est en tête. Peut-il tenir sur la durée de toute une saison pour finir champion?

Certains spécialistes se sont prononcés, notamment dans L’Equipe, pour dire qu’il est impossible de tenir ce rythme. Il faut être lucide. Nous avons eu la chance de n’avoir eu que deux blessés, avec Baysse et Balotelli. Nous avons pu trouver des solutions, mais il n’en faudrait pas plus. Pour le reste, il faut seulement travailler pour s’améliorer, pour progresser. Comme je le dis toujours.

Quel cadeau pourrions-nous vous souhaiter pour Noël, Lucien?

La santé. C’est tout, cela me suffit. Haut de la page


Une immense cote et un concert de louanges

Lucien Favre n’est que très peu apparu dans les médias depuis le début de son aventure niçoise. Il entend rester concentré sur sa méthode. En soignant les moindres détails, tout en humilité et avec ses fortes convictions. Son mode de fonctionnement, loin des projecteurs, a longtemps étonné une France du foot souvent prompte à s’enflammer et à exiger des déclarations fracassantes de ses acteurs majeurs.

Mais tel l’oiseau qui fait son nid, «Lulu» a vu sa cote grimper en flèche à force de fournir un excellent travail avec des «Aiglons» qui ne cessent d’impressionner. Et les avis sont unanimes: le Vaudois est l’un des meilleurs entraîneurs d’Europe. «La formation dispensée pour justifier les compétences d’un entraîneur ressemble fortement au profil de Favre», écrivait Raymond Domenech dans une chronique pour L’Equipe.

«Ce qui fait sa force, c’est sa manière de s’adapter à ses joueurs, d’échanger beaucoup avec eux», loue le défenseur Paul Baysse. «C’est un très grand coach, très bon sur le plan tactique mais également dans sa gestion du vestiaire», avouait Mario Balotelli dans La Gazzetta dello Sport. «Avoir le ballon, la possession, jouer en passes courtes, rapidement et en une ou deux touches, c’est notre marque de fabrique, note un autre défenseur azuréen, Mathieu Bodmer, dans Ouest-France. Favre est un acharné du travail. Il est méticuleux, connaît chaque adversaire et nos qualités. Quand arrive le match, on sait les points faibles adverses, où insister et comment s’en sortir face au pressing.»

Eternel bosseur et éternel perfectionniste, l’ex-entraîneur du FC Zurich pourrait imposer sa marque, un peu plus encore, sur la L1, dimanche soir contre Paris. De quoi confirmer qu’il vaut mieux prôner le jeu que le «je». Arnaud Cerutti

Créé: 08.12.2016, 08h03

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