Quand Maurice Adrait revient à Garmisch…

Ski alpinLe Français, alors entraîneur de Carole Merle, était présent lorsque Ulrike Maier s’est tuée sur la Kandahar. Il n’a pas oublié…

Alors que le cirque blanc est de retour à Garmisch, un mauvais souvenir resurgit.

Alors que le cirque blanc est de retour à Garmisch, un mauvais souvenir resurgit. Image: EPA

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Quand on parle de Garmisch-Partenkirchen, de cette effrayante piste du Kandahar, il ne peut pas s’empêcher de penser à elle. A cette grande skieuse, double championne du monde en super-G (1989 et 1991), qui a perdu la vie sur ce tracé bavarois le… 29 janvier 1994, en pleine gloire. Vingt-deux ans ce vendredi, quel triste anniversaire!

Maurice Adrait, qui était l’entraîneur de la Française Carole Merle à l’époque, se trouvait à quelques mètres du drame. Quand ce Savoyard ferme les yeux, qu’il revoit la scène, qu’il repense à l’Autrichienne, son cœur se serre, il y a des larmes. Le film défile et en bas de la descente, la petite Mélanie se trouve dans les bras de son père qui attend avec impatience la maman. Ils ne la reverront plus jamais, si ce n’est dans cet hélicoptère qui est monté au ciel. «Cela a été un gros choc pour tout le monde, se souvient celui qui est aujourd’hui l’homme à tout faire du ski tricolore. Ulrike était devenue une amie. Avec la sécurité d’aujourd’hui cela ne pourrait plus arriver. Il y a plus de vingt ans, il y avait deux à trois tas de neige qui tenaient un poteau et de la paille autour.» La Salzbourgeoise de 27 ans avait alors percuté violemment la cellule chronométrique avec la tête, perdant le contrôle de son ski à plus de 120 km/h!

Des trémolos dans la voix

Dans ce milieu du cirque blanc depuis le début des années 80, celui qui a été patron du groupe technique alpin hommes avant de s’occuper, entre autres, de Carole Merle a tout connu dans sa carrière. Ce prof de sport ne compte pas le nombre d’athlètes de haut niveau qu’il a dirigés ou côtoyés, comme Girardelli et Zurbriggen. «On ne levait pas les bras tous les dimanches!» se marre-il.

Combien de courses a-t-il suivi, de kilomètres effectués autour du globe? Comme le nombre de globes remportés, les victoires et les médailles, des Mondiaux et des JO, il n’a pas tenu de livre de bord. «Mais j’étais aussi présent le jour du drame de Régine Cavagnoud, c’était sur le glacier de Piztal à l’entraînement, c’était horrible!»

Il y a des trémolos dans la voix de «Momo», qui était tout aussi proche de la championne de La Clusaz. «Elle était en pleine possession de ses moyens, se remémore-t-il. Il y a eu une mauvaise synchronisation et un entraîneur allemand (Markus Anwander) qui a traversé au mauvais moment. Elle a tapé sa tête sur l’arrière du casque du coach et elle est décédée là, alors qu’elle sortait d’un podium à Sölden. Elle était bien partie pour devenir la grande dame de la saison…»

Le Français sort un mouchoir puis enchaîne: «Il y a eu aussi le Suisse Beltrametti à Val d’Isère passé par-dessus le filet, il est aujourd’hui en chaise roulante…» Là aussi, il était là, Maurice.

«Maintenant, même si le risque zéro n’existe pas, les choses ont l’air de s’améliorer, soupire-t-il. On a vu avec l’accident de Matthias Mayer, qui a chuté à grosse vitesse, l’air bag est une bonne évolution. A l’exception des entraînements l’été qui me font encore peur, la sécurité lors des courses n’a plus rien à voir aujourd’hui…»

Le moment de lever le pied

Agé de 62 ans, Maurice Adrait est toujours là, fidèle au poste. «Cette vie est haletante mais maintenant je me déplace beaucoup moins qu’avant, confie-t-il. Je ne vais plus aux Etats-Unis et dans l’hémisphère sud par exemple. Je descends encore dans de grands hôtels mais j’ai repris une vie un peu plus traditionnelle. Il est rare aujourd’hui que je parte trois semaines sans rentrer.» C’est son épouse qui est ravie!

Très en vue au bas des pistes de Coupe du monde, il crève l’écran, lui aussi, à chaque retransmission. «Tous les cameramen me connaissent bien», renchérit ce citoyen de la Toussuire de retour, depuis mercredi, à Garmisch-Partenkirchen, où se déroulera ce week-end une descente et un géant messieurs.

«Je suis chargé, depuis une dizaine d’années, de la coordination des athlètes après leur arrivée, dans tout ce qui est protocolaire et aussi par rapport aux médias», raconte le chef de presse qui est aussi parfois le confident d’Adrien Théaux, de Guillermo Fayed, de Jean-Baptiste Grange ou de Tessa Worley. «Comme j’ai été entraîneur pendant vingt-cinq ans, ces coureurs de grande qualité aiment bien me parler. J’ai un autre discours et un œil différent.»

Resté jeune grâce à tous ses athlètes qu’il considère comme ses enfants, ce passionné de sport est prêt toutefois à tirer sa révérence en fin de saison. «C’est le moment de lever le pied mais si on a besoin de moi, je reviendrai, sourit «Momo». Cela dit, je ne regrette rien. J’ai vécu tellement de belles choses que j’en oublie les galères.» Même si ce week-end à Garmisch, comme chaque année depuis ce 29 janvier 1994, il pensera toujours à elle…

Créé: 29.01.2016, 08h04

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