«Je ne suis plus le même mendiant, et surtout je ne suis plus tout seul»

FootballPrésident heureux de Xamax, Christian Binggeli évoque l’aventure neuchâteloise et les défis qui l’attendent

Depuis 2012, Christian Binggeli a progressivement retrouvé le sourire.

Depuis 2012, Christian Binggeli a progressivement retrouvé le sourire. Image: Keystone

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Il avait pleuré, ce jour de janvier 2012, lorsque Neuchâtel Xamax avait perdu sa licence pour cause de faillite. Six ans plus tard, Christian Binggeli incarne le renouveau du club. Et la réussite d’une équipe qui, le 22 avril déjà, soit à sept journées de la fin du championnat, a assuré son retour en Super League. Un franc succès qui renvoie à un large sourire sur le visage de l’entrepreneur.

Dans quel état d’esprit se trouve le président, trois semaines après l’officialisation de la promotion?

Hyperpositif, heureux. J’apprécie ces bons moments, sachant que dans le football ils peuvent être de courte durée.

C’est aussi quelques jours avant le retour à la maison à vélo, du stade de la Maladière jusqu’à Échandens, soit 70 kilomètres. Toujours décidé?

Bien sûr. Et ce sera le 22 mai, au lendemain du dernier match (Ndlr: Xamax - Wil). Il s’agit d’un petit défi que je m’étais lancé: ramener le trophée du championnat dans mon village. J’en trouverai un autre lorsque nous gagnerons la Coupe de Suisse.

Vous étiez un dirigeant néophyte en 2012. Et vous êtes parti de très loin…

Il a fallu tout reconstruire. D’abord redonner confiance, aux gens, aux sponsors, à la population. Avec un comité extraordinaire, nous avons donc remonté le club, réintégré la Swiss Football League. Je pensais alors que le canton de Neuchâtel et son tissu économique ne pourraient pas faire mieux que la Challenge League. Mais on s’est vite rendu compte que l’ennui guettait. Michel Decastel (Ndlr: aujourd’hui encore l’entraîneur) a amené son expérience. En terminant deuxième l’an dernier, derrière l’ogre FCZ, un déclic s’est produit. Nous nous sommes dit: osons avouer que nous voulons tenter la promotion en Super League! Mais Servette disait la même chose. Il y avait aussi Vaduz, le Schaffhouse de Yakin…

Et puis..

En août 2017, on a connu un passage à vide. Mais l’élimination en Coupe, à Échallens, nous a renforcés sur le plan moral et dans bien des aspects. Et lorsque ensuite on a battu Servette en toute fin de match, on a senti qu’il y avait une âme dans cette équipe. La stabilité a payé. Et la confiance que nous leur avons accordée, les joueurs ont fini par nous la rendre. Je pense que ma richesse se trouve à l’intérieur du vestiaire.

Vous n’avez pas abandonné la ligne et les valeurs (respect, travail, amour du maillot) qui sont les vôtres…

Si la personne qui travaille pour nous se sent valorisée, elle peut réaliser de belles choses. J’ai toujours agi ainsi dans ma vie professionnelle, avec mes employés. On choisit aussi nos joueurs comme ça, les préférant parfois un peu moins performants, mais avec ce caractère, cette mentalité. Maintenant, il est vrai que nous n’avons pas beaucoup de vécu dans la défaite. On verra donc ce qui se passera ces prochains mois, sachant qu’il va falloir apprendre à ne plus terminer à la première ou à la deuxième place.

Avez-vous atteint la limite de votre modèle de fonctionnement?

Nous avons les pieds sur terre. Aucune envie de se la péter. Nous savons qu’en affrontant des équipes comme Bâle, Young Boys ou Zurich, nous ne serons pas à la noce. Mais on va se renforcer. Si je compte sur un effectif de 20 joueurs et 3 gardiens, je peux dire que nous avons aujourd’hui les trois quarts de l’équipe. Nous recevons beaucoup de propositions. C’en est même pénible. Je fais un premier tri; Michel Decastel et Stéphane Henchoz décident. Nous cherchons avant tout des joueurs en prêt ou en fin de contrat. Heureusement, nous avons dans nos relations quelques agents à qui nous pouvons faire confiance. Et puis nous allons organiser des tests. Notre marge d’erreur dans le recrutement est proche de zéro. On ne va pas se précipiter. En cette année de Coupe du monde, des joueurs intéressants seront sur le marché jusqu’au dernier moment.

Au début de l’aventure, vous vous définissiez volontiers comme un mendiant. Et aujourd’hui?

Je demande toujours de l’aide, mais je ne suis plus tout à fait le même mendiant. Surtout je ne suis plus tout seul. En six ans, on a prouvé qu’on pouvait faire quelque chose de bien. Beaucoup de gens s’intéressent désormais à Xamax.

Avez-vous des modèles?

Je me sens proche du FC Thoune, un club avec peu de moyens mais une âme, pas de vedettes mais des transferts intelligents. J’ai aussi suivi de près le LS, à travers Alain Joseph. On avait les mêmes valeurs. Maintenant c’est différent. Avec une multinationale à la tête du club, je ressens moins les choses.

L’arrivée de la société Grand Chelem au côté de Xamax est-elle un moyen de préparer le club pour une prochaine vente? L’idée fait jaser en ville de Neuchâtel…

Non, je ne crois pas. La société Grand Chelem est active dans plusieurs domaines en Suisse romande. De notre côté, nous avons fait du porte-à-porte dans tous les bureaux, toutes les entreprises. On ne peut pas faire davantage. Grand Chelem va donc nous apporter du monde qu’on n’aurait pas pu aller chercher. Il s’agit d’un étage qui va permettre à la maison Xamax de grandir. Cela ne change rien à l’âme du club. Et les décisions seront toujours prises par les Binggeli, père et fils (Ndlr: chacun possède 50% des actions de la SA).

Vous n’excluez pourtant pas l’idée de passer la main…

Nous sommes ouverts. Mais il doit s’agir de quelqu’un de la région, prêt à s’investir pour Xamax. On va voir ce qui se passe ces deux prochaines saisons. Si nous obtenons des résultats sportifs suffisants pour nous maintenir, je suis persuadé que nous pourrons nous autofinancer. En revanche, si nous pleurons misère à Noël déjà, alors ce sera dur. Mais nous sommes dans un trend de gagnants. Si nous défendons nos valeurs, nous arriverons à quelque chose. Nos soutiens nous le disent aussi.

Vous habitez sur sol vaudois. Il paraît même que certains villageois choisissent plutôt la Maladière que la Pontaise…

J’ai habité trois ans à Aubonne. Et nous sommes maintenant depuis trois ans à Échandens, où nous nous plaisons beaucoup. Je sens de la tranquillité dans ce village. Pour ce qui est du foot, je crois que le vrai Vaudois se tournera toujours plus volontiers vers Lausanne. (nxp)

Créé: 15.05.2018, 18h23

Bio Express

Né à Serrières, le 21 avril 1953.

Vit à Échandens

Papa de Grégory (41 ans), Alexandra (38 ans) et Julie (4 ans)

Formé comme mécanicien de précision, il a créé en 1993 (avec Laurent Düscher) l’entreprise DC Technique, située à Bevaix, spécialisée dans l’agencement de cabinets dentaires. Il l’a récemment vendue à deux de ses techniciens.

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