«Le métier d’entraîneur change, mais je crois encore en l’humain»

FootballAncien coach du PSG, Laurent Blanc s’est confié avant de donner un entraînement à de jeunes talents, mercredi à Lausanne.

Laurent Blanc tout sourire sous le maillot… du LS. C’était mercredi après-midi, dans une Pontaise ensoleillée, avec une sélection de jeunes talents vaudois.

Laurent Blanc tout sourire sous le maillot… du LS. C’était mercredi après-midi, dans une Pontaise ensoleillée, avec une sélection de jeunes talents vaudois. Image: Keystone

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Il représente l’un des plus riches palmarès du football français. Comme joueur bien sûr (champion du monde 1998 et champion d’Europe 2000), puis comme technicien, notamment avec le Paris Saint-Germain entre 2013 et 2016. Actuellement sans club, Laurent Blanc (51 ans) était de passage mercredi à Lausanne, pour donner un entraînement à une sélection vaudoise M14. Avant de fouler la pelouse de la Pontaise, il nous a accordé cette interview.

A la fin de l’aventure PSG, vous aviez parlé d’une année sabbatique et du besoin de prendre un peu de recul. Or, la pause se prolonge. Dans quel état d’esprit êtes-vous?

Je ne m’étais pas donné de date pour un retour. Il est d’ailleurs difficile de fonctionner comme ça dans le sport. Je suis effectivement dans ma deuxième année, il y en aura peut-être une troisième, je n’en sais rien. Mais il faut voir le positif. Cela me permet de faire beaucoup d’autres choses, de passer du temps avec ma famille et de m’occuper de mes affaires. Il n’y a pas que le football dans la vie.

Vous aviez donc besoin de vous régénérer…

Oui, c’est une évidence. Le métier d’entraîneur évolue, le football également. Et cette époque où on pouvait rester dans le même club durant 5, 10 ou même 25 ans est révolue. Avec les objectifs actuels, l’entraîneur est le premier à payer lorsque des difficultés apparaissent. Ce métier est épuisant, mais il est aussi excitant et apporte des satisfactions exceptionnelles. Ce qui fait qu’on veut continuer.

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Vous avez gagné pas mal de titres avec le PSG, mais la Ligue des champions vous a échappé. Qu’est-ce qui sépare un quart de finaliste d’un futur vainqueur?

Pas grand-chose. Une blessure, un absent au mauvais moment… On entre là dans la cour des grands. On connaît les clubs qui en font partie. Et je pense que le PSG y est entré ces dernières années. Il lui faut encore un peu de temps, ou un peu plus de réussite, pour remporter cette Ligue des champions qui est devenue la référence. Mais si Paris continue à mettre autant de moyens qu’actuellement, un jour prochain il arrivera à ses fins.

Regrettez-vous d’avoir dû quitter ce club en plein développement?

J’aurais aimé que ça continue. Mais j’ai fait trois saisons en donnant le maximum de ce que je pouvais faire.

Les plus jeunes ne le savent pas forcément, mais vous avez bien sûr une carrière de joueur aussi riche que longue. Si vous deviez sortir trois souvenirs marquants?

C’est compliqué. Une carrière, cela se résume à une feuille A4, pour le meilleur. Mais pour répondre à votre question, je ne retiendrai qu’un événement. En termes sportifs uniquement – le reste, on pourrait en discuter, car le football m’a amené beaucoup hors du sport –, c’est la victoire en Coupe du monde. Il s’agit d’une satisfaction personnelle, le Graal de ce que vous pouvez faire dans votre discipline. En plus, j’ai eu la chance de la gagner dans mon pays. Impossible de faire mieux!

Le foot a changé. Au début de votre carrière (Montpellier), vous aviez par exemple Louis Nicollin comme président. Et plus récemment les dirigeants qataris. Pas grand-chose à voir au niveau management! La dimension humaine a-t-elle disparu?

Le monde évolue ainsi. Mais je continue à croire beaucoup en l’humain. D’ailleurs, s’il n’y avait plus de rapports humains dans le sport, sincèrement, je pense que je n’y retournerais pas. Ce qui m’intéresse aussi dans ce métier, c’est la rencontre avec des gens différents, plus jeunes ou qui ont un ego surdimensionné par exemple. Entraîneur, ce n’est pas uniquement l’aspect sportif, la tactique que vous avez choisie pour affronter tel ou tel adversaire. Il faut s’occuper de trente gaillards qui ont tous envie d’être sur le terrain alors que, depuis 100 ans, on ne joue qu’à onze. Il faut donc gérer tout cela. Et c’est très intéressant.

L’impatience s’est généralisée. Entraîner ne risque-t-il pas de devenir mission impossible?

A l’avenir, la pression va être encore plus grande. Mais j’espère que cela ne deviendra pas mission impossible pour autant, car cela voudrait dire que l’entraîneur n’a plus aucune importance. Je pense, au contraire, qu’il doit rester le garant dans le domaine sportif.

Retrouvez la conférence de presse dans son intégralité:

L’argent, les idoles, l’image du foot – la représentation qu’en ont les jeunes – s’est modifiée. Lorsqu’on voit Neymar et Cavani se battre pour tirer un penalty, on a l’impression d’une querelle d’enfants gâtés dans une cour de récré…

En la circonstance, il devait y avoir d’autres raisons… Mais je voudrais quand même dire, à ce sujet, que les médias s’attachent parfois à peu de chose. Pour des broutilles comme celles-ci, on en fait des caisses. On arrive presque à en faire une affaire d’Etat. Dans la vie de tous les jours, vous le savez bien et ça me dérange, il existe des problèmes bien plus importants.

Vous êtes venu à Lausanne pour être sur le terrain avec des jeunes de 13-14 ans. Quel est votre message?

Le message est toujours le même à cet âge. A mon époque, on faisait du sport parce que c’était le loisir, le moyen de s’évader. Les joueurs de 13-14 ans, aujourd’hui, savent ce que peut représenter le football pour leur avenir. L’approche est différente. Mais en faisant abstraction de cela, c’est surtout le plaisir qui doit être mis en avant. Comme celui que je peux prendre en passant un moment avec eux. Le travail avec les jeunes, sincèrement, ça m’a toujours plu. Quand mes enfants avaient 6, 8, 10 ou 12 ans, j’ai un peu fait les terrains, comme mes parents l’avaient fait avec moi. J’ai trois garçons, je sais ce que c’est. Alors mettons le plaisir du jeu à sa vraie place!

Ces dernières heures, votre nom a circulé pour reprendre la sélection des Etats-Unis. Qu’en est-il?

Il s’agit d’une rumeur et je n’en sais pas plus. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir un beau projet, qui offre la possibilité de pouvoir gagner. Et je pencherais plutôt pour le travail au quotidien, avec un club. On verra…

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Créé: 18.10.2017, 21h12

Les trésors de la passe à dix

Il y a un an, la venue de Zinédine Zidane – à l’initiative de Passion Foot (Bernard Jaton) – avait attiré près de 4000 personnes à la Pontaise. Et la ferveur des chasseurs de selfies avait amené l’exercice à ses limites. Rien de cela hier. Par une magnifique fin d’après-midi, Laurent Blanc a donc pu distiller ses conseils en toute quiétude et avec un sourire qui en disait long sur son bonheur d’être là.

Les jeunes de la sélection vaudoise M14 sont ainsi passés par différents ateliers qui leur ont permis de montrer un peu de leur talent, tout en recevant les remarques de l’ancien défenseur central. Ce terrain, Laurent Blanc l’avait d’ailleurs découvert un soir de mai 1992, lorsque la Suisse (grâce à un doublé de Christophe Bonvin) avait battu la France 2-1. Souvenir, souvenirs.

«Vous avez beaucoup d’énergie, mais vous ne jouez pas avec ça», leur a notamment indiqué le technicien. Le «ça» au bout de l’index désignait la tête. A cet égard, le jeu de la passe à dix reste une mine de renseignements: justesse technique, vision, vitesse, les jeunes ont pu démontrer leurs qualités, mais aussi leurs lacunes du moment. «On ne quittera pas le terrain avant d’atteindre notre objectif», leur a lancé Laurent Blanc. De quoi redoubler les ardeurs… et la concentration. C’était à la fois joyeux et studieux, un moment de partage comme le foot sait encore en proposer.

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