Un métronome au coeur de l’enfer

Jeux olympiquesLe vent polaire de PyeongChang a continué à perturber les athlètes, lundi. Sauf Martin Fourcade.

Image: Keystone

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«I will survive» passe dans le stade de biathlon d’Alpensia. En optant pour le tube de Gloria Gaynor, le régisseur prouve qu’il a de l’humour. La température ressentie est de -21 degrés, en ce lundi soir. Des spectateurs allemands s’amusent à photographier leur gobelet de bière, à l’intérieur duquel la mousse a gelé. Les couches de vêtements accumulées ne suffisent pas. Le froid, amplifié par les rafales d’un vent polaire venu de Sibérie, transperce tout, de la tête aux pieds. Malgré la distribution de chaufferettes à l’entrée. Vous avez le malheur d’ôter un gant? Vous le payerez jusqu’au bout.

«I will survive», donc. C’est peut-être ce que s’est dit Martin Fourcade avant le début de la poursuite. Huitième du sprint de la veille, le Français a refait son retard (22 secondes au départ) pour conquérir le troisième titre olympique de sa carrière. Tel un métronome. Il fallait l’être, pour sortir vainqueur de l’enfer de PyeongChang.

Le biathlon est un sport déjà tellement exigeant à la base, mentalement. Prenez la poursuite, cette chasse à l’homme impitoyable. Cinq boucles de 2,5 km tout sauf plats, entrecoupées de quatre passages sur le pas de tir (2 fois couché, 2 fois debout), où la gestion de l’effort et le contrôle des émotions paraissent fondamentales. Le palpitant s’emballe? Il faut pourtant être stable, serein, insensible au bruit des balles réussies ou manquées de votre adversaire direct, installé juste à côté de vous. Et il faut de l'efficacité, au risque de voir votre jauge d’énergie physique (tours de pénalité) et morale dégringoler au moment de relancer la machine.

Imaginez la même donne dans un contexte glacial et surtout de vent. «Se faire violence est une expression qui prend tout son sens», glisse le Genevois Jérémy Finello, non-qualifié pour la poursuite en raison de son 63e rang lors du sprint. «Pour la tête, c’est vraiment compliqué.» Un geste peut faire la différence. Pour Martin Fourcade, il est intervenu au troisième passage sur le pas de tir. «J’ai pris un peu plus de temps que les autres pour lâcher ma première balle dans des conditions qui étaient à cet instant-là difficiles.» En plein dans le mille pour un sans-faute. «Ça a été la clé parce que derrière j’étais le seul à décider de qui allait devenir champion olympique.» Le sang-froid des tout meilleurs.

Alors, certes, les bourrasques ont semblé un peu moins fréquentes que la veille, lundi soir à Alpensia. Il n’empêche qu’Eole a au final joué son rôle, en témoigne la 21e place du grand rival du Tricolore, le Norvégien Johannes Boe, incapable de combler les 72 secondes de retard cumulées dimanche dans les tourbillons de neige s’envolant du sol vers le visage des coureurs encagoulés. «C’était clairement aléatoire, reprend Jérémy Finello. Un coup le courant venait de la gauche, un coup de la droite, un coup il était plus fort, un coup plus faible… Sur le pas de tir, ça ne pardonne pas. Et puis, en piste, tu dépenses beaucoup d’énergie à réfléchir à où aller à fond et où s’économiser, en tentant de comprendre le vent.»

Faux-départ pour les JO

L’incertitude dans toute sa splendeur. Bien moins dangereux et grotesque, toutefois, que durant le concours de slopestyle de lundi en milieu de journée, quand les officiels ont envoyé les snowboardeuses au casse-pipe, dans la tempête. Résultat: une supercherie qui n’a vu que 9 des 50 runs être réalisés sans erreur et en intégralité. «Une honte», «un scandale», pour les athlètes, en mondiovision une fois tous les quatre ans.

Au terme du troisième jour de compétition, ce vent qui avait également perturbé les sauteurs sur le petit tremplin et eu raison de la programmation du ski alpin, notamment, était en train de donner aux Jeux olympiques,de PyeongChang des allures de faux-départ. Que l’historique rapprochement entre les deux Corées ne suffisait déjà plus à éclipser. Au même titre que le bon déroulement des épreuves sur glace. Une amélioration est annoncée pour jeudi. Voilà qui devrait contribuer à davantage de spectacle. Et de fréquentation dans les tribunes pour le moment parsemées des sites en plein air. (24 heures)

Créé: 13.02.2018, 01h51

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