A Moscou, l’équipe de Suisse n’aura convaincu que son trio d’entraîneurs

Hockey sur glace: Mondiaux en RussieL’équipe de Patrick Fischer quitte le tournoi sans passer par les quarts. Difficile de parler de renouveau «Made in Switzerland»

Patrick Fischer (à g.) et ses deux assistants, Reto von Arx et Felix Hollenstein, n’ont pas réussi à propulser la Suisse en quarts de finale.

Patrick Fischer (à g.) et ses deux assistants, Reto von Arx et Felix Hollenstein, n’ont pas réussi à propulser la Suisse en quarts de finale. Image: Keystone

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Eine grosse Katastrophe… Trois mots faciles à traduire. Même pour ceux qui ne sont pas copains avec Goethe. Trois mots pour résumer la campagne de Russie de l’équipe de Suisse. Elle visait les quarts, elle n’a même pas fait les choses à moitié, quittant le tournoi après une quinzaine sans éclat. Les pontes du hockey suisse espéraient qu’un souffle nouveau porterait leur équipe. Rien. Du premier au dernier coup de patin, les joueurs sont restés scotchés sur la glace. On voulait du Suisse, des émotions. Hormis quelques frêles étincelles – ces égalisations en fin de match contre le Kazakhstan et le Danemark – qui lui auront évité l’affront d’une relégation, l’encéphalogramme de cette équipe est resté plat. «La Fédération souhaitait des gars qu’ils peuvent contrôler, rappelle Gary Sheehan, l’entraîneur d’Ajoie. Ils ont opté pour des Suisses et ils régressent, le résultat est là.» Une gestion des gardiens à sens unique. Un système défensif friable, un box-play déficient, un power play édifiant, les satisfactions se comptent sur les doigts d’une main. Tour d’horizon.

Des coaches inexpérimentés

Patrick Fischer et ses deux assistants, Reto von Arx et Felix Hollenstein, ont échoué là où leurs trois derniers prédécesseurs (Ralph Krueger, Sean Simpson et Glen Hanlon) avaient réussi à propulser la Suisse en quarts. «Pour diriger une sélection, il faut avoir déjà remporté quelque chose, renchérit Sheehan. Cela aurait pu marcher, mais bon, quand vous voyez travailler les Canadiens, les Américains ou les Suédois, c’est autre chose…» Adeptes de la méthode Coué consistant à sourire après quelques points arrachés sans gloire, le trio n’a pas convaincu. Après quinze jours et sept matches, difficile de savoir quelle ligne a été définie par ces néophytes au niveau mondial. Incapable d’imposer son jeu (mais quel jeu?) contre les «petits», cette équipe n’a pas été plus à l’aise dans un style plus historique, basé sur la solidité et le contre face aux gros bras de son groupe. Le groupe bâti par Patrick Fischer quitte Moscou avec des statistiques de relégable: 14e nation au niveau de l’efficacité offensive, une 10e place en power play, une 14e en box-play (ou plaie pour l’occasion). Faut-il redonner sa chance à ce triumvirat? «Entre les blessés et ceux qui ont refusé de manière inadmissible une sélection, j’aimerais bien leur laisser le bénéfice du doute, soupire l’ancien international Olivier Keller, mais je reste malgré tout déçu de leurs choix. Certains joueurs ne méritaient pas d’être à Moscou.»

Des gardiens pas décisifs

Après les deux premiers matches, Patrick Fischer a choisi de miser uniquement sur Reto Berra. Avec un pourcentage d’arrêts de 88,07, il ne s’est pas fait de la publicité, lui qui cherche à poursuivre son rêve américain. Le Zurichois n’a pas été à la hauteur. Robert Mayer, lui, n’aura pas eu l’occasion d’être décisif faute d’obtenir une deuxième chance après un match (contre la Norvège) où il n’avait rien à se reprocher. «Il est vrai qu’on n’a pas vu un grand Berra, mais il n’avait pas une grande saison dans sa poche, il manquait de compétition, soupire Gary Sheehan. A ce niveau, on ne peut pas se permettre de prendre des mauvais buts comme il en a encaissé.» Mais comme il évolue en NHL, il a eu la priorité! La défense

C’est également le cas à propos de Yannick Weber et Raphael Diaz, eux aussi très en dessous. «On fait trop confiance aux gars qui jouent en NHL ou en AHL, qui ont souvent moins de temps de jeu qu’un joueur suisse, déplore Olivier Keller. Pourquoi n’a-t-on pas pris Romain Loeffel, un des meilleurs défenseurs dans notre pays cette saison? s’interroge-t-il. Il était, dans tous les cas, supérieur à Christian Marti par exemple.» Sans Roman Josi et Mark Streit, il manquait de la substance, une bonne colonne vertébrale… L’attaque, ce talon d’Achille

Et puis, la Suisse ne sait pas marquer. C’est un mal qui ronge l’équipe nationale depuis la nuit des temps. Depuis que la plupart des postes-clés des lignes offensives des équipes de LNA sont occupés majoritairement par des joueurs étrangers. En Russie, seuls deux éléments ont échappé au naufrage et sont même le gage d’un bel avenir si d’autres décident de suivre leur sillage. Sven Andrighetto et Nino Niederreiter ont tenu leur rang tant au niveau comptable qu’au niveau de l’engagement. «Avec les absences de Brunner et Romy, les autres n’avaient pas le niveau international», estime Keller. Que penser en effet du néant proposé par les frères Wieser (0 pts, – 4 de plus/minus). L’aîné, Marc (28 buts en 59 matches cette saison) a gardé la confiance de son entraîneur jusqu’au bout… Sous – et mal – utilisé, Lino Martschini n’a jamais été ce joueur qui a inscrit 26 buts en championnat. Il faudra attendre qu’une demi-douzaine de joueurs s’imposent véritablement en NHL pour disposer d’un véritable réservoir d’attaquant dominant. Ce n’est donc pas pour demain…

Les situations spéciales

Un championnat se gagne aussi dans les situations spéciales. Avec un box-play ridicule (14e) et un power play en dessous de la moyenne (10e), le jeu proposé en supériorité numérique confinait à l’obsessionnelle quête d’un rebond après un lancer de la ligne bleue. La Suisse n’avait pas les armes. «Contrairement au Danemark et à la Norvège, notre niveau stagne en Suisse, constate Gary Sheehan. Il va falloir une grosse remise en question de nos dirigeants…» Pour éviter une nouvelle Katastrophe!


République tchèque - Suisse 5-4 (1-1 1-0 3-3)

Ice Palace, Moscou. 8848 spectateurs.

Arbitres: Bjork (SWE)/Piechaczek (GER), Otmakhov (RUS)/Sefcik (SVK).

Buts: 12e Hollenstein (Andrighetto, Schäppi) 0-1. 18e Birner (Kempny, Repik/à 5 c 4) 1-1. 25e Kaspar 2-1 (penalty). 42e Zatovic 3-1. 46e Moser (Du Bois, Trachsler) 3-2. 50e Zohorna (Kousal, Kolar) 4-2. 55e Jordan (à 4 contre 6/cage vide) 5-2. 56e Schneeberger (Moser, Hofmann) 5-3. 60e Andrighetto (Hollenstein) 5-4.

Pénalités: 3x2’ contre la République tchèque, 4x2’ contre la Suisse.

République tchèque: Francouz; Jerabek, Jordan; Simek, Kolar; Kundratek, Kempny; Doudera; Pastrnak, Plekanec, Cervenka; Birner, Kovar, Repik; Kaspar, Kousal, Zatovic; Jarusek, Faksa, Filippi; Zohorna.

Suisse: Berra; Diaz, Blum; Du Bois, Geering; Weber, Marti; Schneeberger, Grossmann; Niederreiter, Trachsler, Moser; Ambühl, Walser, Hofmann; Andrighetto, Schäppi, Hollenstein; Marc Wieser, Walker, Dino Wieser.

Notes: la Suisse sans Martschini ni Haas (surnuméraires). La Suisse sans gardien de 19’58 à 20’00, puis de 53’31 à 54’15, de 56’54 à 57’05 et dès 59’05. Tir sur le poteau: Andrighetto (24e). Temps mort de la République tchèque (39e).

Créé: 17.05.2016, 22h48

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