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D’un mur de garage à Wimbledon, une passion sans cesse renouvelée

Entre ses rêves d’enfant et l’admiration qu’il porte à Federer, Grégory Cingal propose un petit livre épatant.

L’écrivain Grégory Cingal et les nombreux amateurs de beau jeu sont heureux de retrouver Roger Federer sur le gazon londonien.
L’écrivain Grégory Cingal et les nombreux amateurs de beau jeu sont heureux de retrouver Roger Federer sur le gazon londonien.
Keystone

Il en a joué des tournois, seul, contre le mur du garage. A 11 ans, Grégory Cingal passait des heures à frapper cette petite balle jaune et à rêver de victoires aussi audacieuses qu’improbables, au cœur des plus beaux stades de la planète. Les héros d’alors avaient pour nom Björn Borg, Jimmy Connors ou John McEnroe et le jeune garçon n’était jamais en manque de persévérance lorsqu’il s’agissait d’aller chercher le geste juste, celui qui, peut-être, pourrait lui donner une petite idée de la perfection. Un jour pourtant, les assauts de l’asthme, associés à des genoux douloureux, ont eu raison de sa notoriété naissante, au niveau régional tout au moins.

«Il donne l’impression de voler sur le court, pourtant il frappe aussi fort que les autres»

Sa passion ne s’est pas tarie pour autant. Il vient même d’en faire un livre épatant – Le revers de mes rêves – qui dépasse le caractère d’abord autobiographique pour évoquer plus largement le tennis d’aujourd’hui, avec ses dérives mercantiles mais aussi, et surtout, ses grandes figures, parmi lesquelles Roger Federer occupe une place tout à fait à part. «Il est le seul qui joue encore en variations. Et il a une telle dimension esthétique qu’il représente une espèce de miracle.» A la table de ce bistrot parisien, Grégory Cingal – qui est aussi traducteur, archiviste et bibliothécaire – souligne la grâce poétique du meilleur joueur de l’histoire: «Il donne l’impression de voler sur le court, pourtant il frappe aussi fort que les autres.»

Dans les belles pages d’un chapitre intitulé «L’enchanteur», il évoque avec talent un joueur sur lequel tant de choses ont pourtant déjà été dites ou écrites. Au sujet de son expression, par exemple: «La splendeur de son jeu irradie ses traits d’ordinaire assez épais, et son visage n’est jamais aussi beau que dans le feu de l’action.» Cette fascination paraît d’autant plus grande que Federer y ajoute une longévité là encore exceptionnelle. Qui a même fini par le surprendre. Après ce 18e succès en Grand Chelem – obtenu en Australie le 29 janvier, soit quatre ans après son dernier titre majeur – qui semblait hors de portée au moment où il venait de terminer son ouvrage, Grégory Cingal a pu ajouter en dernière minute un erratum ironique: «L’auteur ne tient aucune rigueur à Roger Federer d’avoir ruiné sa belle prophétie…»

En 144 pages d’une écriture aussi fine que son observation du jeu lui-même, avec ses traits d’humour et des allusions littéraires bien senties, l’auteur jette aussi un regard critique sur l’évolution et le business désormais induits. «Mon sport favori est un archétype assez parfait de la mondialisation ultralibérale en ce que les inégalités de revenu entre les super riches qui trônent au sommet du classement mondial et la plèbe des suiveurs sont plus criantes encore que dans la plupart des autres sports professionnels.»

Nouvel ordre technologique

Inégalité des gains sur des surfaces qui, dans un mouvement contraire, ont plutôt tendance à niveler les différences. La thèse du complot n’est pas loin. «Qui a décidé de ralentir le jeu, d’exterminer la volée?» Il repose sa tasse de thé. «Personne ne dit franchement qu’on se plie au nouvel ordre technologique: nouvelles raquettes, qui permettent de tirer des passings dans toutes les positions, nouvelles balles, et une homogénéisation du jeu un peu emmerdante.»

Mais Wimbledon se profile, qui va raviver la passion. Pour Federer. Mais aussi pour Stan Wawrinka, notamment sur la question, quasi philosophique, qui consiste à savoir qui possède le plus beau revers pour l’éternité: «Je ne comprends pas comment il fait, à une main, pour générer autant de puissance à hauteur d’épaule.» Le rêve est intact.

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