Novak Djokovic: un palmarès en or, mais aussi des zones d’ombre

TennisBien que champion d’exception, le No 1 ATP souffre d’un vrai déficit d’image. Zoom sur l’envers du «Djoker».

Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, quoi qu’il gagne, Novak Djokovic  divise. Ses efforts pour gagner les cœurs restent vains.

Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, quoi qu’il gagne, Novak Djokovic divise. Ses efforts pour gagner les cœurs restent vains. Image: Reuters

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Avec un Open d’Australie de plus en poche, son palmarès se rapproche encore un peu plus de celui, monstrueux, de Roger Federer. Et c’est énorme, évidemment. Mais force est de reconnaître que, malgré tous les titres qu’il amasse, la popularité de Novak Djokovic n’est en rien comparable à celle du Bâlois. Pis, elle se situe presque à l’extrême inverse. Pour le Serbe, ogre insatiable et enfer des autres sur le circuit ATP, l’enfer, ce sont… les autres. Pas ses adversaires, qu’il gobe à tour de rôle, mais ceux qui, de son point de vue, lui veulent du mal. Ou, tout le moins, espèrent sa chute. A savoir les amoureux du beau jeu.

Si sa domination – extrême - peut être une partie de l’explication quant au fait que sa cote d’amour n’atteint pas des sommets, elle ne suffit toutefois pas à la valider entièrement. Loin de là, même. Au plus fort de sa domination, le No 1 helvétique n’avait jamais connu une telle inimitié sur et autour des courts. Son ancien grand rival Rafael Nadal non plus. L’élégance de l’un et la pugnacité de l’autre avaient balayé les grincements de dents. Chez Djokovic, c’est autre chose.

Plaqué contre une porte!

Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, quoi qu’il gagne, «Nole» reste (très) en retrait des géants. Il ne se voit que peu acclamé et en irrite carrément plus d’un. Nombreux sont ceux qui avouent – «off the record», cependant… – avoir un problème avec le personnage, mais préfèrent s’abstenir de s’épancher lorsque les micros sont ouverts. Depuis qu’il a investi le circuit en clamant ses envies d’être le maître du jeu alors qu’il n’avait encore rien démontré, Djokovic divise. Et même plus que cela! Mais d’où vient donc ce malaise? «Déjà, Novak Djokovic a un visage assez «dur», sur lequel le sourire n’est pas naturel, expose Romain Ducret, coach mental de plusieurs sportifs d’élite. Il n’a pas les expressions communicatives d’un Federer qui, dès le premier regard, apparaît sympathique. Le Serbe a l’air sévère. En match, sa concentration extrême et son regard renforcent encore davantage ce sentiment de dureté. Et, puisque dans la majorité des cas les gens se fient à leur impression initiale, il devient difficile de réunir la foule autour de lui..»

Ce d’autant plus que les fans de tennis se souviennent qu’à ses premiers pas dans la carrière, le jeune homme multipliait les gestes antisportifs, les appels aux soigneurs ou les moments de simulation. Il s’était à l’époque aliéné le circuit. Fou de rage, Andy Roddick était par exemple allé jusqu’à le plaquer contre les portes du vestiaire pour lui (re)mettre les idées en place.

Aujourd’hui, le No 1 mondial souffre de son déficit d’image. A tel point qu’il donne plus souvent qu’à son tour l’impression de surjouer afin de s’attirer les faveurs du grand public. Que ce soit avec la presse, les fans ou les sponsors. Après avoir revu les images de sa démonstration de joie au sortir de la finale de l’Open d’Australie 2012 contre Rafael Nadal – cri guerrier, polo déchiré et yeux exorbités… – le synergologue Stephen Bunard s’interroge sur son comportement. «Du poing, Djokovic frappe son torse, la zone de l’ego. Peut-être pour en vérifier la solidité, comme dans le langage des primates. A-t-il compris qu’il devait assurer le spectacle pour entrer dans la cour des grands?»

«Il n’a pas de charisme»

Si la question se pose, c’est car il est incontestable que Djokovic s’est lancé dans une quête du grand public depuis trois ans. Mais il est encore loin d’avoir abouti. Ce n’est pas un hasard si, à la veille de leur 8e de finale il y a trois semaines à Melbourne, Gilles Simon avait déclaré avoir «tout le vestiaire avec lui». Parce que le Serbe avale tout sur son passage évidemment, mais pas que. Aussi car sa manière d’être ne fait pas l’unanimité. Ni auprès des autres joueurs ni auprès du public. «Federer a une classe innée et Nadal a une authenticité innée, relève dans L’Equipe Magazine Philippe Weiss, anciennement chargé de la détection mondiale chez Nike. Le charisme, c’est quelque chose d’inné. Djoko ne l’a pas. Il dégage moins, c’est une certitude.»

Et de savoir qu’il a récemment fait interdire la diffusion d’un documentaire consacré à sa «rage intérieure», s’appuyant justement sur les images de l’Open d’Australie 2012, ne sert pas ses intérêts. Selon le dessinateur belgradois Enki Bilal, lui aussi interrogé par l’hebdomadaire français du sport, ce désamour serait aussi provoqué par les origines du No 1 mondial. «Le Serbe est mal-aimé, il est prétendument fourbe, prétendument mauvais, lance carrément l’illustrateur. C’est insidieux, inconscient, c’est le produit de l’histoire, mais c’est comme ça…»

Les clichés ont la vie dure. Une fois ternie, une image reste très compliquée à polir. «A ses débuts, il s’est posé en guerrier, reprend Romain Ducret. Peut-être pour avoir un impact sur ses adversaires, pour les déstabiliser. Aujourd’hui, il veut certainement changer cela. Mais c’est le plus difficile dans une vie.»

Certes, mais Novak Djokovic, bientôt 29 ans, ne va pas se résoudre à rendre les armes dans ce combat contre la popularité. Il pourrait même finir par le gagner. Le jour où il aura dix-huit titres du Grand Chelem à exposer à la face de ceux qui ne le supportent pas?


«Faisons les comptes à la fin…»

Stan Wawrinka étant proche de Novak Djokovic, Yannick Fattebert, habituel sparring-partner du Vaudois, a déjà eu l’occasion de côtoyer le Serbe à plusieurs reprises à l’entraînement. «Je ne peux pas dire que je le connais bien, mais il s’agit de quelqu’un de très respectueux et de très pro dans son approche, souligne le Valaisan de 32 ans. Pour moi, c’est génial de pouvoir partager des entraînements avec des joueurs de ce niveau…»

Mais, comme tout le monde, Yannick Fattebert sait que la cote du No 1 mondial n’est pas au plus haut. «Je pense que cela peut encore évoluer, remarque-t-il néanmoins. En Asie, par exemple, il dispose d’un énorme crédit auprès des fans. Bien sûr, Roger Federer a encore plusieurs longueurs d’avance sur lui, mais je crois qu’il faudra faire les comptes à la fin, lorsque tous deux auront arrêté le tennis.»

Cela n’est pas pour demain en ce qui concerne Djokovic, lequel semble vouloir poursuivre sa vie sportive au moins jusqu’aux JO de 2020. S’il peut encore exploser auprès du public, il n’arrivera très certainement jamais à séduire autant de sponsors que le Bâlois. Rares sont les marques ultraconnues désireuses de s’associer à lui. Même l’équipementier Uniqlo (polos, shorts) débourse davantage pour soigner sa relation avec le Japonais Kei Nishikori qu’avec «Nole» – 50 millions de dollars sur cinq ans, contre 40 au Serbe.

Lorsque l’on approche la marque Gerblé, qui distribue des produits diététiques et promeut le «sans gluten» avec Djokovic – malade cœliaque – en tête d’affiche, celle-ci accepte dans un premier temps de répondre aux questions, puis se rétracte. «Après vérification auprès de notre service juridique, il s’avère que nous nous sommes contractuellement engagés à ne pas commenter ce partenariat», écrit l’attachée de presse. Curieux.

Sa carte de visite est pourtant un gage certain de visibilité. «Novak Djokovic est le personnage idéal pour accompagner notre montée de gamme, quelqu’un qui nous aide beaucoup pour développer notre notoriété sur le marché chinois, avouent les services de communication de Peugeot dans L’Equipe Magazine. Il est associé à l’exigence, la rigueur, le haut de gamme, l’émotion et la passion.»

Comme quoi, le si contesté «Nole» charrie aussi des sentiments positifs. Le début du bonheur? A.CE. (24 heures)

Créé: 08.02.2016, 21h31

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