Un nul flatteur pour une Suisse sans défaite, mais pas sans souci

FootballL’Espagne a dominé la Suisse de la tête et des épaules, mais les hommes de Petkovic tiennent bon sur la fin. Un ouf minuscule.

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Le sentiment est étrange, il laisse un arrière-goût aigre-doux. Il faut se méfier des tropismes faciles, qui devraient conduire à l’optimisme après un match nul miraculeux contre une belle Espagne. Mais il ne faut pas plus voir dans une rencontre à sens unique le drame d’une sélection helvétique vouée au pire le 17 juin contre le Brésil. C’est tout le paradoxe d’une Suisse qui a quitté la pelouse après avoir été dépassée à tous les niveaux, mais qui est rentrée au vestiaire sans avoir perdu, agrippée à ce nul plus que flatteur (1-1).

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Il n’y a peut-être pas d’autre vérité que cette réalité froide: la Suisse n’a pas les moyens techniques pour rivaliser avec un candidat au titre mondial, cette Espagne pourtant privée d’Isco, Busquets, Carvajal et Ramos. On pourra toujours ergoter sur les valeurs qui animaient les internationaux helvétiques lors de ce test grandeur nature, il faut bien reconnaître qu’elles n’ont pas pesé lourd dans la balance quand Iniesta et ses copains ont mis le pied sur le ballon.

Le jeu privé de ballon

Tiens: c’était justement ce que Vladimir Petkovic souhaitait, une confrontation face à une sélection qui excelle dans l’art de conserver la balle. Il est fixé: quand l’Espagne caresse le cuir, il n’y a personne pour lui faire de l’ombre et surtout pas la Suisse. Voilà pour l’impression laissée, en dépit du résultat comptable. Après tout, dans un match de préparation, le score importe moins que les enseignements.

Privés de ballon, les hommes de Petkovic ont donc surtout fait ce qu’ils ont pu, infiniment concentrés à boucher des espaces qui s’ouvraient partout, régulièrement troublés par cette lente faena qui dictait son rythme lancinant: surtout, ne pas se laisser couper les deux oreilles. La Suisse a-t-elle pour autant pu dormir dessus? Rien n’est moins sûr. Archi-dominée par les hommes de Lopetegui, elle a au moins eu le mérite de s’accrocher. Et de ne pas craquer après l’ouverture du score d’Odriozola: c’est le point positif. La grande satisfaction d’une soirée si compliquée sur le plan du jeu. Alors il faudra se raccrocher à cette force morale qui aura permis, presque par accident, aux Suisses de donner un ton différent à cette danse espagnole. Ce décalage d’un Embolo intéressant, pour le pied gauche de Lichtsteiner, cette faute de main de De Gea sur son seul ballon ou presque, ce surgissement de Rodriguez pour pousser la balle au fond.

Des inquiétudes

Le reste? Des inquiétudes. Avec Lichtsteiner qui permettait à Silva de centrer sur le but ibérique. Avec Zuber, absent des débats. Avec Behrami, absent du milieu lui aussi, pour reculer tant et plus. Voire avec Shaqiri, qui abandonnait souvent Lichtsteiner à son sort face à Iniesta et Silva. Mais aussi des satisfactions. Avec Denis Zakaria: et si Petkovic pensait à l’associer avec Xhaka le 17 juin contre le Brésil, à la place de Behrami?

Seferovic, si isolé, a lui aussi fait le boulot. Avec Sommer, irréprochable dans sa cage. Et aussi cette force collective, malgré la supériorité parfois insolente de l’Espagne. Durant les qualifications, la Suisse n’a eu que le Portugal comme adversaire sérieux. Gageons que ce match-là contre l’Espagne aura servi à les préparer au Mondial.

Vladimir Petkovic va maintenant passer une nuit à réfléchir, si ce n’est déjà fait. Et annoncer 23 noms ce lundi soir (lire ci-dessous). Il y a encore du travail, même après un nul en Espagne.

Créé: 04.06.2018, 02h01

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Espagne - Suisse1-1 (1-0)

Vila-real, 23 500 spectateurs.

Arbitre:M. Kovacs (Rou).

Buts:29e Odriozola (1-0), 62e Rodriguez (1-1).

Espagne:De Gea; Odriozola (70e Nacho), Piqué, Azpilicueta, Jordi Alba (78e Monreal); Koke, Thiago, Iniesta (55e Saul); Silva (60e Marco Asensio), Diego Costa (60e Rodrigo), Iago Aspas (46e Lucas Vazquez).

Suisse: Sommer; Lichtsteiner (63e Lang), Schär (46e Djourou), Akanji, Rodriguez (78e Moubandjé); Behrami (63e G. Fernandes), Zakaria; Shaqiri, Zuber; Dzemaili(46e Embolo); Seferovic (46e Drmic).

Avertissement: 57e Saul.

Notes:l’Espagne sans Sergio Ramos et Isco (ménagés), ni Busquets (malade) et Carvajal (blessé). La Suisse sans Xhaka (convalescent).

Entrez dans la tête de Vladimir Petkovic

C’était il y a quelques semaines. En exclusivité, dans les salons d’un palace lucernois, le sélectionneur de la Suisse nous a raconté ce qu’il vit, avant de choisir 23 noms. Immersion dans la tête de Petkovic, avant le verdict, ce lundi soir.

Comment vivez-vous le processus décisionnel, personnellement?

C’est dur et facile à la fois. Ce sont les joueurs qui me donnent les arguments. Ce sont eux qui me montrent leurs qualités quand nous sommes réunis. J’ai déjà depuis longtemps des idées, bien sûr. Mais comme tout peut aller très vite, on l’a vu jeudi passé (ndlr: la frayeur pour Xhaka), je ne prends la décision qu’au dernier moment. Ce n’est pas évident à communiquer, à expliquer à quelqu’un qui a un rêve. En fait, tu fais face à des joueurs qui méritent tous d’aller au Mondial. Mais tu dois faire des choix, en fonction de certains critères.

Justement: quels critères?

Je sais que j’ai affaire à des «stars», ils le sont tous plus ou moins. Ce qui m’importe, c’est comment ils sont ensemble: leur complémentarité. Je veille à ce qu’ils acceptent leurs rôles respectifs. À la fin, c’est l’équipe qui valorise chacun des joueurs.

Vous tranchez en fonction d’un rendement collectif, au-delà des qualités intrinsèques?

Oui. Peu importe au fond celui qui est sur le terrain. Il joue pour ce qu’il apporte, en fonction de ce qui est recherché. Il y a 8 millions d’entraîneurs en Suisse, tout le monde a son idée. Moi, je parle avec les joueurs. Je partage une histoire avec eux. Avec ce qui se construit, la Suisse peut envisager l’avenir sereinement.

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