«Grâce au sport, je me suis sentie bien, moi-même, pas écrasée»

SkicrossAvant son entrée en lice la nuit dernière, Fanny Smith nous a raconté ce qui l’a poussée vers le skicross et ses problèmes à l’école

Dyslexique, Fanny Smith ne se sentait pas à sa «place à l’école». Elle a fait de son mal-être une force de caractère et une grande carrière en skicross.

Dyslexique, Fanny Smith ne se sentait pas à sa «place à l’école». Elle a fait de son mal-être une force de caractère et une grande carrière en skicross. Image: Keystone

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Fanny Smith, n’est-ce pas un peu dur d’avoir dû attendre, pour entrer en compétition, jusqu’à l’avant-veille de la cérémonie de clôture?

C’est en tout cas délicat à gérer. Les Jeux sont prenants, il est facile de se disperser. C’est aussi pour cela que nous sommes allés nous entraîner quelques jours au Japon. Cela nous a permis de nous déconnecter du rythme intense des JO. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je serais même venue au dernier moment pour garder de l’influx.

Il y a quatre ans, à Sotchi, vous avez vécu votre pire déception sportive. Comment ne pas avoir les jambes qui tremblent au moment fatidique?

J’ai effectué un grand travail mental. Évidemment, il y a eu de la tristesse, de la rage aussi. Il a fallu du temps. Comprendre mes erreurs m’a permis d’évacuer la déception. J’ai un caractère fort. Pas un sale caractère, attention… Mais je ne suis pas une princesse. Quand je suis avec d’autres personnes, j’impose un peu mes volontés. Et puis le skicross est un sport d’extérieur, avec mille paramètres, pas comme la natation par exemple. On ne peut pas tout contrôler.

Si l’on vous dit que c’est un sport d’intimidation, de contact, que répondez-vous?

Je dirais au contraire que c’est une discipline élégante. Les parcours sont fluides. Quand je fonce sur mes skis, je me sens un peu comme une gazelle. Tu cours, tu sautes, tu suis les courbes, tu absorbes les bosses. C’est toujours harmonieux. Donc il n’y a rien de masculin, c’est même très féminin. Après, bien sûr, c’est une histoire de compétition.

Petite, aviez-vous déjà ce côté battant?

J’imitais mon grand frère. Si je n’y arrivais pas, je m’acharnais. J’ai toujours voulu montrer qu’une fille pouvait faire tout ce que fait un garçon. J’étais garçon manqué. J’avais toujours plus d’amis que d’amies. Je grimpais aux arbres. J’ai toujours eu ce caractère fort. Pas de crise pour des bonbons, ça non, mais, si je voulais lancer une boule de neige sur la voiture des policiers, je le faisais. À 10 ans, je faisais du stop pour remonter de la plaine à Villars.

Êtes-vous une leader?

Non, je ne l’ai jamais été. Je suis plutôt l’inverse. Je préfère m’effacer. Encore maintenant, des entraîneurs me disent de ne pas me sous-estimer. Je suis humble. J’ai envie de gagner, mais je le fais pour moi.

Quand êtes-vous fière de vous?

Lorsque je sais que j’ai tout donné. Que ça ait fonctionné ou pas. Mes parents m’ont beaucoup soutenue, ils m’ont laissé choisir ce que je voulais faire à 16 ans. Ils m’ont donné de la responsabilité. Dans notre famille, c’est: «Tu fais ce que t’aimes, mais tu le fais à 100%.» Dans mon cas, c’était le sport. Mon père, lui, voulait voler, et il a trouvé sa voie dans le parapente. Ma mère adore les enfants, alors elle a été enseignante enfantine pendant plus de quarante ans. Ce sont des passionnés.

Quels sont vos premiers souvenirs de skicross?

Ils remontent à ma première course, à Villars. À l’époque, mon frère faisait du freestyle, et moi de l’alpin. L’après-midi, j’allais avec lui et ses copains. Eux sautaient plutôt en hauteur, et moi en longueur. J’arrivais très loin, et ça me plaisait bien parce que c’était plus créatif que l’alpin. Mais être jugée, ça ne me convenait pas. En skicross, on est en confrontation directe avec l’adversaire, c’est une course au coude-à-coude, ce qui correspond bien à mon tempérament.

Quel est le plus grand défi dans cette discipline?

Il y a énormément de créativité. Il faut trouver des trajectoires, des lignes. Des mouvements-clés existent, mais il faut innover avec l’arrivée de nouveaux modules. Tu dois apprendre des techniques.

Le skicross est une discipline impressionnante. Connaissez-vous la peur sur les skis?

C’est vrai qu’il y a un côté casse-cou. Mais ça me convient bien, car j’ai toujours aimé prendre des risques.

Est-ce toujours autant le cas à 25 ans, après huit saisons sur le circuit?

Je suis bientôt l’une des vieilles! Mais je me booste pour garder cet esprit. C’est capital.

Entretenez-vous des contacts avec vos adversaires? Chez nous, il y en a peut-être un peu moins que chez les garçons. Les filles ont tendance à moins aller au contact. À part certaines jeunes, qui y vont plus franchement pour se faire une place parmi les skieuses établies. Mais il y a du respect entre nous. Il y a quelques codes non écrits. On est là pour aller vite, pour gagner, mais pas en faisant de sales coups.

Ces codes ne sont pas toujours respectés…

Certaines concurrentes sont toujours sur l’arrière de tes skis. Mais tu les connais, tes adversaires. Je me suis déjà pris des bâtons partout sur le corps. Alors, tu analyses qui fait quoi, un peu comme dans un sport de combat, et tu adaptes ton ski en fonction.

Vous souffrez de dyslexie. En quoi cela a-t-il influencé votre carrière?

C’est simple: c’est grâce à ma dyslexie que je suis devenue championne du monde (ndlr: en 2013). Mes difficultés à l’école m’ont poussée à me diriger vers le sport. Tout à coup, je me suis sentie bien, moi-même, pas écrasée. Je pouvais briller, avoir confiance. À l’école, je bossais beaucoup, mais je ne me sentais pas à ma place. Le ski a toujours été synonyme de liberté.

Qu’est-ce qui vous rend heureuse?

Avoir une bonne santé. Nous sommes d’une génération où les sportifs de haut niveau écoutent beaucoup leur corps. Ceux des générations d’avant finissaient leur carrière plus cassés que nous ne la terminerons. Sinon, je suis quelqu’un de relativement simple, et les petites choses du quotidien me rendent heureuses.

La vague de froid a enfin quitté PyeongChang. Une bonne nouvelle?

Oui, je déteste le froid. Je suis hyperfrileuse.

Créé: 21.02.2018, 21h39

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