Alexia Paganini épate Sarah Meier

Patinage artistiqueLa jeune Suissesse venue des États-Unis glisse sur les traces de la Zurichoise, championne d’Europe en 2011.

Alexia Paganini ne s’est pas laissé impressionner par l’ampleur de l’événement lors du programme court.

Alexia Paganini ne s’est pas laissé impressionner par l’ampleur de l’événement lors du programme court. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Elle n’a pas eu de frayeur, juste quelques palpitations au moment de se glisser sur la piste. À 16 ans, Alexia Paganini n’a pas froid aux Jeux. «Ce matin, en pénétrant dans la patinoire, je me suis écriée: «Oh my God»!, confie-t-elle. J’ai ressenti beaucoup d’émotion mais, mentalement, j’ai pris cette compétition comme toutes les autres. En fait, c’est surtout au Village olympique que j’ai peur. Je n’ose pas aborder les grands champions que je croise.»

Il y a de la candeur mais aussi beaucoup de fraîcheur dans ses propos made in USA. Le schwitzertuch, la Suissesse du Connecticut ne le maîtrise pas assez bien. Elle vient de boucler son programme court (19e) sur une dernière pirouette froufroutante, record personnel de points à la clé. Elle est libre, Alexia, même si elle a dansé sur «Forbidden Love», la musique de Roméo et Juliette. Sa robe bleu lavande souligne sa ligne gracieuse, ses yeux charbonneux cernent sa farouche détermination. «Lucky Steinbock», sa mascotte fétiche, n’est pas loin. Elle l’a achetée au Heidiland, elle est aussi un peu l’effigie de sa nouvelle identité. Car ce n’est que depuis quelques mois qu’elle patine pour la Suisse, sa seconde patrie. «Et je veux la rendre fière.»

À Brusio, dans les Grisons, sa grand-mère lui a tenu les pouces. À Gangneung, les juges ont apprécié ses combinaisons de sauts, dont un triple toe loop, un peu moins ses séries de pas, parfois encore hésitants. Septième des derniers championnats d’Europe, la teenager sans complexe est à l’aube d’une belle carrière. A-t-on devant nous la nouvelle Sarah Meier? Autant poser directement la question à la Zurichoise, championne d’Europe en 2011, juste avant de tirer sa révérence.

Tout pour bien faire

«Alexia suivra son propre chemin, c’est sûr, mais elle a tout pour bien faire, les aptitudes techniques, des nerfs solides, une grande marge de progression sur le plan artistique et un entourage très professionnel», répond Sarah Meier. L’émergence d’Alexia Paganini la ramène seize ans plus tôt à Vancouver, ses premiers Jeux à elle, «là où tout était cent fois plus grand». «Franchement, plus que sa prestation, très bien maîtrisée, c’est l’attitude d’Alexia qui m’a impressionnée. Elle ne s’est pas laissée influencer par l’ampleur de l’événement. Dans le programme libre (ndlr: vendredi dès 2 h), elle pourra encore mieux s’exprimer. Une quinzième place, ce serait bien pour elle. Le niveau est tellement élevé.»

Alexia Paganini en accepte l’augure. De toute façon, comme elle aime à le répéter, «le patinage, c’est juste une affaire entre moi et la glace». Et la glace, c’est toute sa vie, le miroir familier sur lequel la coquette fait la belle depuis toujours. Elle avait deux ans quand elle y a usé ses premières lames. Elle y passe aujourd’hui 32 heures par semaine, à Hackensack, dans un centre réputé que Sarah Meier a fréquenté en fin de carrière. «C’est là qu’elle a forgé son caractère, note l’ancienne championne. Car aux États-Unis, où la concurrence est rude, il faut se battre pour se faire une place. C’est un centre comme celui-ci qu’il nous faudrait en Suisse.»

«Une chance pour nous»

Un peu tombée du ciel, Alexia Paganini sera-t-elle l’éclaireuse qui rallumera la flamme du patinage helvétique ou une brillante étoile importée qui fera de l’ombre aux apprenties championnes de Suisse? «C’est une chance pour nous, une belle motivation pour toutes les jeunes patineuses de chez nous», répond Sarah Meier. «En plus, elle a une belle histoire à nous raconter», ajoute-t-elle. Là, c’est notre consœur de la Schweizer Illustrierte qui parle! (24 heures)

Créé: 21.02.2018, 22h14

À la recherche de nouveaux talents

À PyeongChang, le patinage artistique suisse sort d’une longue période de glaciation. Son absence à Sotchi avait déclenché la sonnette d’alarme. Depuis, Thomas Häni, le président de Swiss Ice Skating, entré en fonction en 2013, a pris le couteau par le manche. Pour lui, plus question de s’appuyer uniquement sur des champions d’exception et se reposer sur leurs lauriers. «Comme avec Denise Biellmann dans les années 80, on a eu une cette chance de pouvoir compter sur les succès de Stéphane Lambiel et de Sarah Meier pour occuper le devant de la scène, mais c’était aussi un piège. On a trop concentré notre attention sur eux, au risque de nuire au développement d’autres patineurs et de négliger le travail de la relève.»

À retardement, bien après la retraite de ces deux ambassadeurs en or, un chantier de reconstruction a donc été ouvert. «Notre ambition est de créer un vrai système de formation et de favoriser l’implantation de plusieurs centres de performance. On a aussi la volonté de travailler en collaboration avec les clubs et les écoles privées, comme celles de Patrick Meyer à Winterthour ou de Stéphane Lambiel à Champéry, pour dépister et encadrer les jeunes talents», indique Thomas Häni. Un fonds de soutien à la relève a été constitué, doté d’un budget annuel de 600 000 francs. Premier objectif visé: accompagner trois ou quatre patineurs jusqu’aux Jeux olympiques de la Jeunesse, en 2020 à Lausanne. D’ici-là, Alexia Paganini servira d’éclaireuse. «C’est un cadeau pour nous et pas juste une sportive importée comme certains veulent le faire croire. Elle va nous aider à aller de l’avant.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...