On n’osait y croire: Roger et Stan se défient en demie

TennisAbsent des courts pendant six mois, Federer a laminé Zverev (6-1 7-5 6-2), alors que Wawrinka a écœuré Tsonga (7-6 6-4 6-3). Un Suisse sera en finale de l’Open d’Australie.

Stan Wawrinka (à gauche) et Roger Federer (ici à Rome en 2015) se retrouveront pour la 2e fois en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem.

Stan Wawrinka (à gauche) et Roger Federer (ici à Rome en 2015) se retrouveront pour la 2e fois en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem. Image: Keystone

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On mesurera bien plus tard, dans un vertige, ce que ces deux-là ont offert au tennis suisse; tiens: au tennis tout court d’ailleurs. Alors en attendant, il faut savourer le présent, dans tous les sens du terme. Roger Federer, l’éternelle icône du jeu, Stan Wawrinka, une triomphale volonté, deux sporthiifs exceptionnels, deux Suisses au sommet de leur art qui vont donc croiser le fer jeudi, en demi-finale de l’Australian Open.

Il est facile de prêter toutes les grâces au Bâlois, pour son inégalable palmarès, parce qu’il «est» le tennis à lui tout seul, parce que son retour au premier plan après six mois d’arrêt est éclaboussant de génie. Mais, au moment de regarder ces deux-là batailler jeudi (vers 9 h 30 en Suisse), n’embrasser fougueusement que les fulgurances de l’un pour n’épouser que timidement les bravoures de l’autre serait injuste. Si Federer peut rêver tout haut d’un 18e sacre historique en Grand Chelem après son dernier succès à Wimbledon en… 2012, c’est Wawrinka qui a permis à la Suisse de patienter sereinement, enquillant un tournoi majeur par saison depuis 2014 (Australian Open 2014, Roland-Garros 2015, US Open 2016).

Non, cette demi-finale verra simplement le succès mérité de l’un des deux. Après celle qui les avait déjà opposés lors de l’US Open 2015 (victoire de Federer en trois sets secs, 6-4 6-3 6-1), c’est la deuxième fois qu’ils s’affrontent en Grand Chelem à ce stade de la compétition. Il y aura donc un Suisse en finale dimanche à Melbourne. Reste à savoir lequel. Tour d’horizon des forces en présence.

Le style de jeu


L’opposition s’inscrit à l’intérieur d’une volonté commune: celle d’attaquer. Elle est plus marquée chez Federer. Le Bâlois l’a démontré depuis dix jours ici: il saisit toutes les opportunités pour aller de l’avant. Avec cette prodigieuse facilité à frapper la balle plus tôt que tout le monde, façon ping-pong, laissant par exemple le pauvre Mischa Zverev loin du compte mardi (6-1 7-5 6-2). Le Vaudois agresse lui aussi ses adversaires. Mais du fond du court le plus souvent. Battu en 2015 à Flushing Meadows dans les mêmes conditions (surface dure et rapide), il pourrait varier les plaisirs. «Roger avait gagné facilement, nous devrons préparer quelque chose de différent», admet Magnus Norman, le coach de Stan.

L’avis de Federer: «Je sais de quoi Stan est capable. Mais je ne compte pas jouer six heures contre lui. Je ferai tout pour que cela aille vite.»

L’avis de Wawrinka: «Je devrai imposer mon jeu, bien servir, le faire reculer, lui qui aime tant rester collé à la ligne de fond durant l’échange.»

L'aspect psychologique


C’est peut-être la clé de la rencontre. Et Federer part avec un avantage. Les confrontations directes racontent une vérité tenace: le Bâlois mène 18 à 3, mais les trois victoires de Wawrinka n’ont eu lieu que sur terre battue. De quoi donner un petit supplément d’âme à «RF», de quoi aussi fragiliser «Stan the Man» avant même le premier point?

L’avis de Federer: «Peut-être que c’est plus facile pour moi de jouer contre Stan que cela ne l’est pour lui de m’affronter.»

L’avis de Wawrinka:«Qui est le favori? C’est la dernière de mes préoccupations. J’ai confiance en moi. Je ne regarde pas le passé. Il existe, très bien. Mais je vis dans le présent.»

L'aspect physique


Le physique, c’est un point qui parle en faveur de Wawrinka. Il est capable de durer, d’envoyer des frappes lourdes. Ce sera certainement son projet de placer aussi le débat sur ce plan. Parce que c’est encore là que réside une incertitude pour Federer. L’homme est de retour après six mois d’absence. Il s’est préparé comme un lion. Mais il fait face à la répétition des matches. Comment son corps acceptera-t-il les efforts récurrents malgré la légèreté effarante de son jeu jusque-là? C’est une question qui aura sa réponse demain.

L’avis de Federer: «Ce qui m’étonne le plus, pour mon retour, c’est de gagner match après match contre des joueurs de grande qualité. Je me savais capable de battre n’importe qui sur un bon jour. Mais répéter l’effort, je ne savais pas ce que cela donnerait. Je me sens bien.»

L’avis de Wawrinka: «C’est dur de trouver le combat physique contre Roger quand il joue bien. Mais en deuxième semaine, je suis mieux, c’est vrai. Et si je peux jouer sur ce plan-là, peut-être aura-t-il plus de hauts et de bas…»

La technique en mouvement


Deux gestuelles s’opposent sans se contredire. Ici la facilité du mouvement, la pure aisance instinctive, Federer; là le geste grave et juste, dans la précision et la puissance, Wawrinka. Les deux hommes se rejoignent sur un coup plus précisément: demain, il y aura face à face les deux plus beaux revers du circuit. Les coups droits n’étant pas mal non plus, ce sera un régal, avec un avantage pour Federer à la volée.

L’avis de Federer: «Si tu veux être offensif, tu dois être explosif et bien bouger pour frapper tes coups. Si je suis en demi-finale ici, c’est que je dois faire certaines choses justes…»

L’avis de Wawrinka: «Je sais quel est mon niveau. J’ai les armes pour battre n’importe qui si je joue mon meilleur tennis. Et je me sens très bien.» (24 heures)

Créé: 25.01.2017, 06h47

Le match et son contexte

Une demi-finale 100% helvétique, c’est un événement. Et ce n’est de facto pas un match comme un autre. Parce que Roger Federer et Stan Wawrinka se connaissent par cœur. Ils se côtoient depuis longtemps, ils ont gagné la Coupe Davis 2014 et la médaille d’or du double olympique (2008) ensemble. Cela offre un relief particulier à la rencontre. Et il y a d’autres paramètres.

Le parcours de Federer Personne n’attendait un Federer si performant dès son retour après six mois d’arrêt. Lui-même s’en étonne à demi-mot. Après deux premiers tours sans éclat, où il a retrouvé ses repères contre deux qualifiés, il a enchaîné des performances irréelles contre Tomas Berdych («une leçon gratuite de tennis», a commenté Goran Ivanisevic, le coach du Tchèque), Kei Nishikori – et en cinq sets histoire de se rassurer sur son physique – puis face à Mischa Zverev, montrant toute sa science du jeu à un Andy Murray qui avait pour sa part été désarçonné par le service-volée de l’Allemand. C’est simple, Federer semble encore plus fort qu’avant sa blessure au genou. «Il apparaît plus insouciant, prêt à monter, à se faire passer, et à monter encore sans se poser de question et c’est fort…», lance Henri Leconte.

Wawrinka le discret Loin des stupéfactions suscitées par le retour du Bâlois, Wawrinka a avancé dans la solidité. Encore que: il a commencé le tournoi par une immense frayeur, étant mené 4-3 40-15 sur le service de Klizan dans le 5e set de son 1er tour. Il a frisé le code, mais depuis il est un métronome. Contre Steve Johnson, contre Viktor Troicki et contre Andreas Seppi, pas de soucis: du solide. Idem hier face à Jo-Wilfried Tsonga. Le Français, frustré après la perte du 1er set au tie-break, a voulu s’en prendre au Vaudois, qui l’aurait regardé de travers. Le brave Stan l’a remis en place dans le verbe, puis dans le geste pour boucler la partie dans la foulée.

Le public C’est un élément important du match. Si les Australiens adorent Wawrinka, qui a été sacré à Melbourne en 2014, il n’y a pas de mystère: leurs cœurs pencheront pour Federer. Partout où il joue, il déclenche une adulation et il aurait fallu un joueur australien en face du «Maître» pour que cette tendance s’atténue. Pas de quoi surprendre le Vaudois, qui sait pertinemment à quoi s’attendre.

Le choc des deux potes Occulter qui est en face, une fois sur le terrain, c’est ce que les deux champions devront faire. A chacun son match. D’ailleurs, ils partageront le même vestiaire, mais ils ne s’échaufferont pas ensemble.

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