«Peut-être que Roger et Rafa arrêteront dimanche»

Tennis - Laver CupCapitaine du Team World, le génial John McEnroe s’imagine envoyer un duo de choc à la retraite «en lui bottant les fesses».

John McEnroe, capitaine du Team World, parle guitare et rivalités en marge de la Laver Cup, qui a pris ses quartiers à Genève.

John McEnroe, capitaine du Team World, parle guitare et rivalités en marge de la Laver Cup, qui a pris ses quartiers à Genève. Image: BASTIEN GALLAY

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John McEnroe, vous êtes une figure de la Laver Cup depuis ses débuts. Quelle est son importance à vos yeux?

Elle est sans doute plus importante pour moi que pour presque tous ses autres protagonistes. Rod Laver était mon idole, je me suis donc tout de suite senti lié à la compétition. Et puis le fait que Roger soit à l’origine du projet lui donne encore plus de crédibilité à mes yeux. Même si j’ai un peu pris mes distances avec le coaching et que je joue de moins en moins au tennis.

Ce retrait relatif doit vous faire encore plus apprécier cette semaine?

Faire partie de cette aventure me plonge en effet dans une vraie excitation. En vérité, je préférerais jouer la Laver Cup. Mais je prends mon rôle de capitaine comme une fantastique opportunité de côtoyer des gens que j’aime. Et puis j’espère pouvoir encore faire une petite différence, en apportant à mon équipe un supplément d’énergie et de confiance.

Dites-nous à quel point le niveau de Roger Federer à 38 ans vous impressionne?

C’est juste incroyable, vraiment. Roger a encore eu deux balles de match en finale de Wimbledon contre Djokovic. Je n’aurais jamais pensé que c’était possible, il me faut bien l’avouer.

Justement, pouvez-vous imaginer à quel point cette défaite a été difficile à digérer pour lui?

J’adorerais être en position de l’imaginer. Mais attention, on peut aussi analyser cette finale depuis une autre perspective. Si Roger avait pu choisir avant le tournoi entre une défaite au premier tour et une autre en finale avec deux balles de match, il aurait assurément choisi le deuxième scénario.

La Laver Cup ressuscite votre rivalité avec Björn Borg. Avec quarante ans de recul, quel regard portez-vous sur vos empoignades?

Ce fut la rivalité ultime de ma carrière, au milieu d’une époque grandiose pour le tennis. Au final, je crois surtout que nous nous sommes poussés mutuellement. On est devenu meilleur au contact de l’autre. Exactement comme Roger, Rafa et Novak ces dernières années.

Justement, la rivalité entre Federer et Nadal est désormais considérée comme la plus grande de l’histoire du jeu. Partagez-vous ce jugement?

Leurs duels sont exceptionnels, c’est incontestable. Mais le tennis s’est nourri de grandes rivalités. Je pense à Becker et Edberg, Agassi et Sampras, Björn ou Jimmy (ndlr: Connors) contre moi. Après, le niveau auquel Roger, Rafa et Novak ont amené le tennis est unique. C’est pourquoi nous vivons une époque historique.

Au petit jeu de savoir qui est «le plus grand», le record de titres en Grand Chelem est souvent cité comme référence. Qui va se retirer avec le record?

Je ne sais pas (silence). Je ne sais pas et je crois que tout le Team World vous dirait la même chose. Faisons comme ça: on en reparle dans deux ans, la situation devrait être plus claire. Parce que je me dis qu’ils vont quand même arrêter un jour… (Il fait une pause). En fait, Roger et Rafa vont peut-être arrêter dimanche soir après qu’on leur aura botté les fesses. Ce serait une sacrée surprise! Elle m’irait bien (sourire).

Qu’est-ce que le reste du tennis masculin fait faux pour être incapable de contester la domination de ce trio vieillissant?

Je poserais la question à l’envers. Que font-ils de si juste pour garder les autres à distance? Une fois encore, j’adorerais connaître la réponse. Et je peux vous assurer que tous ceux qui leur courent après donneraient cher pour l’avoir. Ces trois-là sont simplement beaucoup plus forts que les anciens grands champions dans cette faculté bien particulière de toujours trouver un moyen de s’améliorer. Ils en tirent une forme de tranquillité lorsqu’un nouveau prétendant débarque. À mon époque, les joueurs vieillissants avaient vite le sentiment de fléchir. Ils devenaient plus lents et s’en rendaient compte. Ce phénomène semble les épargner; ce qui est assez surprenant.

Le Team World est clairement moins impressionnant que l’Europe sur le papier. Êtes-vous capable de créer la surprise?

Clairement. Je vous rappelle déjà que nous étions très proches à Prague et Chicago. L’année dernière, nous avons même perdu quatre parties avec des balles de match. Et même si nous ne sommes pas favoris, je pense que le format nous est favorable. La Laver Cup ne met pas en scène des combats d’usure, on n’aura pas besoin de dominer les stars européennes au meilleur des cinq manches. Ici, deux sets suffisent, plus éventuellement un champions tie-break; soit 60 à 90 minutes d’effort. Or mes gars sont taillés pour ce format. John (Isner), Milos (Raonic) et Nick (Kyrgios) sont puissants; ils peuvent empêcher n’importe qui de jouer sur un temps réduit. Ils l’ont déjà fait, en Laver Cup et ailleurs. Nous devrons juste saisir les chances qui vont se présenter.

En parlant de Nick Kyrgios, sa personnalité divise. Est-il un bienfait pour le tennis?

Oui. Et le jour où il parviendra à aligner les performances de choix de manière constante, il fera même beaucoup de bien à notre sport. Nick est un bon garçon, doublé d’un incroyable joueur d’équipe. En plus, il adore la Laver Cup.

Vous allez vous asseoir sur la chaise pour la troisième fois. Est-ce plus facile avec l’habitude?

Peut-être pour Björn, puisqu’il a déjà soulevé deux fois le trophée. À l’inverse, je suis plutôt installé sur un siège éjectable (le contrat des capitaines arrive à échéance cette année). Je suis sous pression. Mais c’est une pression qui me plaît.

Comment voyez-vous le futur de la Laver Cup le jour où Roger Federer aura pris sa retraite?

Selon moi, cette compétition doit continuer de grandir et faire partie de l’avenir du tennis. Le contraire serait très dommage pour les joueurs et le public. J’ai toujours adoré les compétitions par équipe, la Coupe Davis en tête. Elles font du bien à notre sport. J’ai vu des joueurs arriver en traînant les pieds et réaliser à quel point l’esprit d’équipe pouvait changer les perspectives et apporter une excitation différente. La nouvelle génération a découvert en Laver Cup un plaisir différent que sur les tournois. Pour cette raison et pour le nom «Laver», je pense qu’il faut pérenniser cette compétition.

Comment se passe votre séjour à Genève?

Tout est fait pour que l’on se sente bien. La ville me semble très belle. Je m’y étais arrêté il y a quelques années pour deux exhibitions et j’en ai toujours entendu beaucoup de bien. Mais malheureusement, je ne pense pas en voir beaucoup car je passe la quasi-totalité de mon temps à Palexpo. J’espère au moins pouvoir jeter un coup d’œil au lac sur le chemin du stade.

Vous avez soixante ans. À quoi ressemble votre quotidien loin du tennis? Êtes-vous devenu plus calme?

Chaque année qui passe me rend plus calme. Mais j’ai une définition du calme qui ne colle pas avec celle de la plupart des gens (rire). Je suis plutôt du genre à être constamment sous tension. Sinon ma vie se partage entre New York (ndlr: où il possède une académie) et Malibu, en Californie. Mes enfants sont répartis entre ces deux endroits.

Et comment vous sentez-vous physiquement?

Je me sens bien. Mon état est plutôt meilleur que pas mal de mes contemporains. Et même si mes hanches m’embêtent depuis quelques décennies, j’ai réussi à éviter l’opération. J’aimerais bien jouer plus souvent au tennis mais cela devient un peu compliqué. Quand j’entre sur le terrain, je dois accepter mes limites physiques et bien doser ce que je peux encore faire.

Et du coup, que faites-vous pour remplacer le plaisir d’un match de tennis?

Je joue de la guitare. Tranquillement, avec mes amis.

Traduction: Mathieu Aeschmann

Créé: 19.09.2019, 22h50

Vendredi

Laver Cup, Genève. Première journée.
Dès 13h:
Thiem - Shapovalov suivi de Fognini - Sock.
Dès 19h:
Tsitsipas - Fritz, suivi de Federer/Zverev - Sock/Shapovalov

Federer en double, Kyrgios en sniper

S’il ne fallait garder qu’une image de cette journée de jeudi, ce serait celle du bonheur extatique des 2000 écoliers venus assister aux derniers réglages de Roger Federer et du Team Europe. Les décibels qu’ils ont libérés à la vue de leur idole préfigurent le frisson qui va parcourir l’enceinte de Palexpo, ce vendredi vers 21 h. C’est en effet en soirée et en double (avec Zverev) que «RF» fera son entrée dans cette 3e édition de la Laver Cup. «Je m’entends très bien avec Sascha, sur et en dehors du court, précise le Bâlois. Et comme Björn (Borg) nous avait trouvés plutôt bons malgré la défaite à Chicago, il a décidé de nous aligner ensemble.» Taillé pour les esthètes, le duel de revers à une main entre Dominic Thiem et Denis Shapovalov sera l’autre attraction de ce premier jour. À moins que les étincelles ne proviennent des canapés et de l’intenable Nick Kyrgios. «Je ne crains personne dans le Team Europe, a lâché l’Australien avachi sur sa chaise. Et puis leur esprit d’équipe ne vaut pas le nôtre.» Cette fois c’est sûr, la Laver Cup 2019 est lancée. M.A.

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