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«Le plaisir est une notion avec laquelle tu ne peux jamais tricher»

Ex-demi-finaliste à Paris, Jonas Svensson parle de terre battue et de la motivation de ceux qui ont tout gagné.

A 50 ans, Jonas Svensson reste un observateur attentif du monde du tennis.
A 50 ans, Jonas Svensson reste un observateur attentif du monde du tennis.
Odile Meylan

Aucune surface ne demande autant d’investissement. La terre battue reste le lieu de toutes les exigences, qu’elles soient physiques, mentales ou tactiques, et Roland-Garros le théâtre ultime d’une saison de sueur et d’abnégation. A l’heure où débute la quinzaine parisienne, l’évidence renvoie à une hiérarchie qui semble increvable, avec les mêmes noms, valeurs sûres qui, au-delà des aléas qui forcément jalonnent une carrière, n’en finissent plus de se réinventer.

C’est Rafael Nadal (30 ans), Novak Djokovic (29), tenant du titre, Andy Murray (29) et Stan Wawrinka (32), mais aussi Roger Federer (35), merveilleux vainqueur à Melbourne, même s’il a choisi de faire l’impasse sur le rendez-vous de la porte d’Auteuil, préférant garder ses forces pour Wimbledon. Deux fois demi-finaliste à Paris (1988 et 1990), Jonas Svensson aime cette surface sur laquelle il a grandi. «Sur terre, il est plus difficile de réussir des coups gagnants. Les échanges sont plus longs; il faut réfléchir davantage. Il s’agit donc d’un autre challenge, souligne le Suédois. Mais c’est inégalable pour développer le sens du jeu.» -A 50 ans, Svensson – qui fut 10e joueur mondial en mars 1991 – reste un observateur attentif, passionné. Le jeu sur terre convoque la patience, mais aujourd’hui la vie s’est accélérée. «Son évolution va avec celle de la société, cette tentation de tout vouloir finir vite», fait-il remarquer. Jonas Svensson, avec un autre ancien pro, l’Allemand Tore Meinecke, un club qui réunit quelque 330 joueurs, dont 200 juniors. «Il m’arrive souvent de demander aux jeunes pourquoi ils jouent au tennis. Ils me disent: pour gagner. Mais répondre ainsi, c’est se limiter. Les juniors parlent volontiers du caractère sérieux de leur engagement. Mais s’il ne s’agit que de cela, c’est une raison extérieure à soi-même. Or, c’est à l’intérieur qu’il faut aller chercher. C’est plus profond que de simples raisons tennistiques. Dès que vous ressentez du plaisir, l’envie de bien faire et la concentration sont là. Le plaisir représente toujours la base de tout.»

Ce qui paraît valable pour les jeunes talents l’est tout autant pour des joueurs qui ont tout gagné – titres, reconnaissance planétaire et beaucoup d’argent – et pourraient quitter la scène satisfaits. «Federer dit: «Je me sens bien.» Et cela se voit plus que jamais. Le plaisir est une notion avec laquelle tu ne peux jamais tricher. Il a 35 ans, mais il rayonne. Techniquement, il a encore trouvé une clé pour frapper différemment son revers. C’est génial! Nadal, lui, change constamment de petites choses. Et Djokovic entreprend absolument tout ce qui est possible afin de réussir. Et regardez leurs familles! Ces gars-là sont stables. Comment peut-on alors les battre?»

Si le plaisir est déterminant, la maturité l’est aussi. «Je me souviens de Wilander, note Svensson. A 15 ans, il parlait déjà comme un gars de 35 ans. A quoi cela tient-il? On peut aimer la discussion, se montrer curieux de tout, mais la maturité reste au final un mystère.»

Inspiré d’eux

Jonas Svensson a fait partie de la génération dorée du tennis suédois, avec les Borg, puis Edberg et Wilander. A-t-il souffert de vivre dans l’ombre? «Pas du tout! Au contraire, je me suis inspiré d’eux. Et il n’est pas sûr que j’aurais atteint un tel niveau s’ils n’avaient pas été là.»

La question renvoie au contexte helvétique, avec un Stan Wawrinka qui s’est développé dans le sillage du phénomène Federer. «Pour moi, Wawrinka est un gars hors norme. Et les gens de ce niveau travaillent constamment sur eux-mêmes. Il vient juste d’un pays qui possède le meilleur joueur de tennis de tous les temps. Il a dû accepter cette situation. Et cela n’empêche pas une carrière extraordinaire.»

Parmi ceux qui arrivent, les Thiem et autre Zverev, on ne trouve pas trace de la Suède. Joueur le mieux classé, Elias Ymer occupe le 236e rang ATP. «C’est une évolution assez normale pour un petit pays, estime Svensson. Il existe des cycles et ça va revenir. Mais on ne peut jamais prétendre fabriquer des champions.»

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Cours d’été Renseignements sur: www.joto-tennis.ch

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