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Aux Glières, la Grande Boucle renoue avec le cyclisme d’antan

Le Tour s’offre un passage inédit en Haute-Savoie ce mardi sur un haut lieu de la Résistance. Reconnaissance avec Thévenet.

Bernard Thévenet, vainqueur du Tour en 1975 et en 1977.
Bernard Thévenet, vainqueur du Tour en 1975 et en 1977.
DR

«Si on avait proposé le plateau des Glières dans les années septante, ça aurait fait ringard. Il y a encore cinq ans, ça aurait déplu. Aujourd’hui c’est novateur. La mode c’est ce que nous avons oublié.» Bernard Thévenet s’amuse de son propre constat et enchaîne sur un ton dépourvu de causticité.

«Christian Prudhomme aime les monuments mais il sait aussi faire des détours hors des sentiers battus. Notez, du moment que le passage ne présente pas de danger, il ne sert à rien d’épiloguer.» En champion averti des choses de son sport, l’ancien vainqueur du Tour de France (1975 et 1977) apprécie en connaisseur l’inédit de l’épreuve qui, à 1450 mètres d’altitude, lui conférera un petit air de Paris-Roubaix des montagnes.

Ce mardi, la Grande Boucle renouera donc avec le passé. Pendant quelques hectomètres – 1,8 km pour être précis – il soufflera un air d’épopée sur ce haut lieu de la Résistance de Haute-Savoie. «On est dans l’Histoire et dans l’histoire du Tour.»

Un cadre incroyable

Directeur technique de l’épreuve, Thierry Gouvenou est transporté d’enthousiasme à cette idée. Elle a germé dans l’esprit de son prédécesseur, Jean-François Pescheux, qui possède une résidence secondaire à Entremont. «On va retrouver les images du cyclisme d’antan! Le peloton du Tour sur des chemins en pierre… Ça va être furtif mais magnifique car il progressera dans un cadre incroyable.» Thévenet renchérit: «Comme sur les pavés du Nord, les coureurs devront faire preuve d’adresse, pédaler en souplesse, rester attentifs et lucides tout en comptant un peu sur la chance.»

La caravane publicitaire ne passera pas par le plateau des Glières. Pour des raisons techniques évidentes. Mais pas seulement. «Nous voulions préserver la quiétude qui d’ordinaire règne à cet endroit de mémoire ainsi que l’intégrité du travail accompli par les trois alpagistes.» Christian Monteil, président du département de Haute-Savoie, et Gérard Métral, président de l’Association des Glières, parlent d’une même voix. «Nous désirions également éviter de polluer ce site et cet environnement qui font l’objet de toute notre attention les 364 autres jours de l’année. Nous n’avons rien goudronné. Nous nous sommes contentés de boucher les trous, d’aplanir le terrain pour rendre la route praticable.»

Puis de renchérir: «Nous sommes très contents de ce coup de projecteur qu’offre le Tour sur le plateau et, par extension, sur l’association. En termes de communication, la notoriété est considérable. La venue du Tour, c’est une reconnaissance du maquis.»

Exercice d’équilibriste L’effort des uns (les coureurs) le dispute donc au travail d’équilibriste des autres (les hôtes). Comment respecter un site d’exception et permettre qu’il soit foulé, sans ménagement, par des dizaines de milliers de spectateurs? «On a été très présent en amont.» Vous l’avez compris, gérer un patrimoine historique et un événement sportif exceptionnel ressemble à un véritable tour de force, à un travail d’équilibriste.

Le souvenir d’Alaphilippe Julian Alaphilippe l’avait emporté sur ledit plateau lors de l’ultime étape du Tour de l’Avenir 2013. Mais l’arrivée était jugée avant le chemin de terre et de pierre et l’ascension s’était faite par l’autre versant, plus facile.

La montée (6,7 km à 11%) qu’empruntera le peloton du Tour 2018 avant d’aborder le plateau des Glières laisse Bernard Thévenet admiratif. «Les sprinters vont nous maudire. C’est une pente qui offre peu de répit et de temps de récupération. Elle favorisera les desseins des vrais grimpeurs. Les Froome, Bardet ou Quintana, entre autres, seront à leur avantage, à l’inverse de Dumoulin. Pour ceux-ci, il s’agira à la fois de se conforter en leurs moyens et de prendre un ascendant psychologique sur leurs adversaires. Ceux qui ont laissé des plumes dans les étapes précédentes voudront profiter de l’occasion pour se montrer.»

À pied ou à vélo «Indépendamment de son statut, le coureur devra choisir la meilleure façon de négocier les virages, l’intérieur de ceux-ci avoisinant souvent les 20%. La route passe entre des murs. Si le soleil est généreux, le peloton progressera sous le cagnard», commente Thévenet. «C’est un comble de dire ça, mais s’il n’y a pas trop de spectateurs dans la montée ça ira aussi. De toute façon, les automobilistes ne pourront pas accéder au site. Pour applaudir le maillot jaune, il faudra monter à pied ou à vélo.»

Il s’agira de bénéficier de bonnes aptitudes de grimpeur, ainsi que des tripes et des boyaux solides, pour figurer parmi les meilleurs au sortir du plateau des Glières. Mais pour quel profit? «Creuser des écarts sera moins compliqué que d’aller jusqu’au bout», convient Thévenet. L’arrivée sera jugée au Grand-Bornand, à 88 kilomètres.

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