Pogba comme symbole d’une France efficace

FinaleEn finale contre la Croatie dimanche, Deschamps pourra compter sur ses guerriers. Histoire d’une évolution vers l’objectif ultime.

Paul Pogba et les Bleus peuvent ajouter dimanche une deuxième étoile sur leur maillot.

Paul Pogba et les Bleus peuvent ajouter dimanche une deuxième étoile sur leur maillot. Image: ANATOLY MALTSEV/EPA/KEYSTONE

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«Le sacrifice de soi est la condition de la vertu.» Il fallait sans doute que la pensée d’Aristote traverse les âges pour éclairer le présent. Celui d’une Croatie qui s’invente un avenir en rachetant sur le terrain son âme égarée en coulisses: l’idée d’une offrande. Celui de cette France où chacun fait le don de soi dans un cercle vertueux décidé par Didier Deschamps: la nécessité d’une méthode, fût-elle stricte ou frustrante. À chacun son sacrifice, en cette veillée de finale mondiale, l’un ne vaut pas mieux que l’autre, bien sûr.

Mais peut-être l’un est-il plus symbolique d’un choix et de ses conséquences. On pense à cette France façonnée par Didier Deschamps, qui porte en elle l’exemple même d’une métamorphose remarquable: Paul Pogba.

Regarder ce que le milieu de terrain de 25 ans est devenu pour les Bleus, c’est comprendre le travail du sélectionneur, c’est toucher du doigt justement les sacrifices demandés à tous, dont Pogba n’est que l’illustration la plus spectaculaire.

Il y aura toujours une interrogation sournoise pour tournoyer autour des choix opérés, que la France soit sacrée une deuxième fois, ou qu’elle s’incline – surtout si elle s’incline d’ailleurs: et si cette équipe était plus joueuse? Mais le schéma est posé et raconte le chemin tracé par Deschamps. La vie de ce meneur d’hommes (capitaine à 18 ans de Nantes) a toujours été tendue vers le résultat: «sa» France l’est aussi. Voyons, avec Pogba en fil rouge.

Le repositionnement

Paul Pogba se croyait meneur de jeu, indispensable en zone trois, obligé de faire la différence individuellement ou obligé de multiplier les dribbles pour apporter le surnombre? Deschamps, depuis quatre ans, lui a apporté le sens de la mesure. Le repositionnement est bien plus défensif. Pogba aimait se trouver dans les trente derniers mètres adverses. Cela a changé. Au Mondial 2014, il passait 29% de son temps en zone 3. À l’Euro 2016, il n’y était déjà plus que 20,8% du temps. Lors de ce Mondial, il est descendu à 17,3% de son temps passé dans les trente derniers mètres.

Un travail collectif

Il y a un corollaire qui concerne ses coéquipiers. Parce que dans le système Deschamps, la réflexion est évidemment globale. C’est par exemple le gros travail défensif, orienté, d’Olivier Giroud, avec sa conséquence, zéro but inscrit jusque-là par le seul attaquant de pointe: quand on parle de sacrifice. C’est Mbappé qui, presque contre nature, doit opérer en premier frein devant Pavard. C’est Griezmann aussi, déjà rompu à l’exercice, lui, pour évoluer à l’Atlético de Madrid. «C’est le style de jeu que je connais en club, je sais comment gérer ça, a-t-il relevé. Je pense plus à l’équipe qu’à mes buts.» Paul Pogba plus défensif, vrai No 6, c’est la possibilité aussi, puisqu’il joue à côté de Kanté, de lui demander plus dans l’aide qu’il peut apporter notamment sur le côté gauche. Contre la Belgique, la France souffrait avec les débordements de Hazard. Pavard était en grande peine. C’est Pogba qui est venu à la rescousse. Pogba est naturellement puissant, il met désormais cette force au service du groupe et plus du dribble ou de la percussion. Il enfile le Bleu de travail, comme les autres. En 2014, il s’impliquait dans 11 duels par rencontre. En 2018, il est au contact dans près de 16 duels par match.

La maturité en héritage

Le Pogba d’hier encore, dont le talent dispersé jusque dans ses coupes de cheveux laissait penser qu’il n’était pas à la hauteur, a grandi. Ou a en tout cas accepté d’écouter Didier Deschamps pour se concentrer sur l’essentiel. Pour oublier le superflu, pour simplifier son jeu. Il l’a traduit avec ses mots, lui qui n’aime rien tant que le geste étincelant mais tellement superfétatoire. «Défendre, ce n’est pas mon point fort, je ne suis pas N’Golo Kanté, mais je le fais avec plaisir, a-t-il lancé. J’ai grandi oui, j’ai gagné en maturité.»

C’est la patte de Deschamps, son calcul: donner les armes, toutes les armes à ses joueurs. Le talent pur fera le reste. Cette équipe de France gère, s’adapte, tisse sa toile. Cela manque peut-être de panache, eu égard au potentiel du groupe, mais après l’Euro 2016, les Bleus sont à nouveau en finale. De la Coupe du monde cette fois. En semblant plus solides, plus homogènes. Avec un rêve en commun. «Moi j’ai une étoile sur le maillot, mais elle n’est pas à moi, a soufflé Pogba. J’ai envie d’aller en chercher une aussi. J’ai appris qu’une finale ça ne se joue pas, ça se gagne.» Deschamps le sait déjà.


«Nous, c’était il y a 20 ans, un bail! C’est le temps de la transmission, avec Deschamps»

L’avis de l’expert: Christian Karembeu

«Bonjour tout le monde. C’est le bout du chemin, la France et la Croatie vont batailler dimanche en finale pour le titre mondial.

Tout cela me rappelle des souvenirs, bien sûr. Il y a 20 ans, je vivais ces moments avec le bonheur que l’on sait (ndlr: victoire 3-0 en finale face au Brésil). Vingt ans, c’est un bail!

Une nouvelle génération a maintenant l’opportunité de prendre le relais. C’est le temps de la transmission, avec Didier Deschamps pour la symboliser. Ce serait beau pour le foot français, un nouveau sacre.

J’ai beaucoup aimé la progression de la France. Elle a commencé doucement, mais toujours avec une approche très réfléchie des rencontres. Et petit à petit, elle s’est libérée. Après, on entend beaucoup parler du pragmatisme de Didier Deschamps. Je soulignerais plutôt l’intelligence de l’organisation. Cette équipe est capable de s’adapter à chaque adversaire. Elle peut attendre bas, mais elle sait accélérer s’il le faut, elle peut monter d’un niveau aussi. Quand elle le décide et ça, c’est très fort.

On dit toujours que la meilleure défense c’est l’attaque. Le contraire vaut aussi: la meilleure attaque, cela peut être la défense. Parce qu’il faut penser à tout, notamment à se protéger. Et je suis persuadé que Deschamps se méfie de ces Croates. On peut les croire fatigués parce qu’ils ont disputé trois prolongations et qu’ils ont un jour de récupération en moins (ndlr: ils ont disputé leur demi-finale mercredi, au contraire des Bleus, qui ont joué mardi)? Mais on parle d’une finale de Mondial, avec des professionnels qui touchent leur rêve. À ce niveau, je l’ai vécu, les joueurs sont des machines, la fatigue n’existe plus, tout le monde sera prêt.

J’espère que ce sera un grand match, les deux équipes regorgent de qualités techniques et d’individualités. Que le meilleur gagne, et pourvu que ce soit la France. Vous me pardonnerez ce parti pris. Dans tous les cas, c’était un plaisir de partager ce Mondial dans ces colonnes avec vous. Bonne finale et à bientôt.» Propos recueillis par Daniel Visentini

Créé: 13.07.2018, 21h50

Porgramme

SAMEDI
Finale pour la 3e place:
16.00 Belgique - Angleterre

DIMANCHE
Pour le titre mondial:
17.00 France - Croatie

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