Pour la pro comme pour le «popu», la Patrouille a le goût du défi

Ski-alpinismeTrois profils, trois ambitions. Qu’ils s’élancent de Zermatt ou d’Arolla, leur Patrouille des Glaciers, ils doivent la mériter.

Trois Vaudois dans la course: Jennifer Fiechter, Julien Bourgnon et Cédric Dubuis

Trois Vaudois dans la course: Jennifer Fiechter, Julien Bourgnon et Cédric Dubuis Image: Chantal Dervey, Patrick Martin, Olivier Allenspach

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«La Patrouille des Glaciers, c’est à la portée de n’importe quel blaireau.» Ne le répétez pas à Pippa Middleton. Parmi les finishers, hier à Verbier, de la première volée de patrouilleurs, la sœur de la duchesse de Cambridge Kate et belle-sœur du prince William pourrait se trouver froissée des propos lancés hier, dans les colonnes de La Liberté , par un guide de montagne fâché, du haut de ses trois 8000 m, que ce sport-là ait pu s’octroyer l’appellation «alpinisme». Mais après tout, n’est-on pas tous le blaireau de quelqu’un?

Les trois patrouilleurs vaudois illustrent aussi la liberté offerte à chacun, sur la grande classique valaisanne, de moduler son plaisir selon sa sensibilité au chrono, à l’esprit de cordée ou à la simple beauté des lieux. Et cela en fonction de son ambition, de son assiduité à l’entraînement.

Jennifer Fiechter, la professionnelle
23 ans, Leysin
Garde-frontière Membre du Swiss Team de ski-alpinisme.

La préparation Le ski-alpinisme est son métier. Ou presque. «Je consacre tout mon temps à mon sport durant l’hiver et je suis semi-pro durant l’été», explique la championne de Suisse et vice-championne d’Europe de la course individuelle. La différence, par rapport à l’amateur plus ou moins éclairé, ne se situe pas forcément dans la quantité d’entraînement. «Certains populaires peuvent accumuler plus de dénivellation que nous durant une saison. Le piège, justement, c’est d’en faire trop, au détriment de la qualité et de la récupération.» Pour s’en préserver Jennifer Fiechter est suivie quasiment en temps réel par son coach, Xavier Dafflon, au travers d’un logiciel informatique qu’elle nourrit au quotidien. «S’il le faut, j’adapte ma préparation en fonction du retour du coach.»

Jennifer Fiechter se présentera au départ de la PdG avec, derrière elle, 377 heures de préparation depuis le 1er octobre dernier, toutes disciplines confondues. «Le gros du travail foncier, je l’effectue sur glacier, en octobre et novembre, nuance la Leysenoude. La gestion du calendrier est très importante.» Sur ce plan-là également, la plupart des populaires n’ont pas le loisir d’être aussi rigoureux.

L’objectif Quand on est l’une des meilleures sur le circuit international et qu’on fait équipe avec Laetitia Roux, recordwoman de la Patrouille (7 h 27’), et sa compatriote française Axelle Mollaret, elle aussi plusieurs fois championne du monde, difficile de viser autre chose que la victoire. «De Zermatt à Verbier, c’est très long», tempère Jennifer Fiechter, laquelle n’a pas oublié qu’il y a deux ans, lors de sa première expérience sur la «grande» PdG, les crampes d’une équipière l’avaient empêché d’aller au bout.

Julien Bourgnon, l'amateur éclairé
29 ans, Lausanne
Chargé de projet à L'Etat de Vaud

La préparation On ne boucle pas la Diagonale des fous (Grand Raid de la Réunion) en 35 heures sans une solide base physique de coureur à pied. Julien Bourgnon y a ajouté 100 000 mètres de dénivellation skis aux pieds pour s’autoriser à s’aligner, demain soir, au départ à Zermatt. «Je chausse les skis entre une et trois fois par semaine, précise le Lausannois, en veillant à effectuer de grosses sorties en février et mars dans l’optique de la Patrouille. De plus, en février, j’ai pris des vacances pour m’offrir une semaine intensive en Valais, soit 20 000 mètres de dénivelé environ. Un de mes deux équipiers étant guide de montagne, on est aussi montés sur quelques 4000 m, avec souvent une nuit en cabane, afin de nous acclimater à l’altitude et de travailler l’esprit d’équipe.»

Difficile d’en faire plus lorsqu’on travaille à 100%. «J’atteins là une sorte de plafond, convient Julien Bourgnon. Surtout que je m’adonne toujours à la course à pied en hiver, en plus de la cinquantaine de sorties à skis. Comme je n’ai pas d’enfants, c’est un peu plus facile, mais je ne m’imagine pas consacrer plus de temps à ma préparation.»

L’objectif Si «le but premier consiste à prendre du plaisir», Julien Bourgnon avoue qu’il ne va pas sur la Patrouille pour profiter du paysage. «Nous aimerions bien descendre sous les 10 heures, précise-t-il. Il y a deux ans, j’avais terminé en 11 h 15 minutes, mais je l’ai quand même vécu comme un échec car un de mes deux équipiers a été contraint à l’abandon à Schönbiel. La Patrouille, ça se termine à trois.»

S’il rallie Verbier samedi matin, Julien Bourgnon ne sera pas pour autant au bout de son week-end sportif: dimanche, en guise de décrassage, il courra les 20 km de Lausanne. Et sur la distance titre, s’il vous plaît. Quand on aime…

Cédric Dubuis
45 ans, Rossinières
Chef au service informatique de l’armée suisse.

La préparation «J’ai une femme et trois enfants, précise d’emblée Cédric Dubuis, Ils sont ravis que je me prépare pour la Patrouille, mais à condition qu’il me reste du temps pour eux.» Du coup, pour que sa passion pour le ski et la montagne ne leur apparaisse pas trop égoïste, l’enfant du Pays-d’Enhaut effectue une grande partie de son entraînement à la lumière de sa lampe frontale. Et en solitaire. «Il m’arrive de me lever à 2 h pour être à Arolla à 5 h, de gravir le Pigne d’Arolla ou de pousser jusqu’à la cabane des Dix et d’être de retour chez moi pour midi. Les autres skieurs se préparant pour la Patrouille, je les croise en général à la descente», rigole l’ancien chef de compagnie et de bataillon à l’armée suisse.

Une planification pointue a permis à Cédric Dubuis de concilier cet hiver 40 000 mètres de dénivellation avec sa vie de père de famille et de chef du support informatique de l’armée. «Les organisateurs en conseillent 25 000 pour pouvoir prétendre à la «petite Patrouille», précise-t-il, relativement confiant.

L’objectif En «vrai populaire», Cédric Dubuis refuse, comme il dit, «de courir après le chrono». «Si je fais mieux qu’il y a deux ans lors de ma première participation, tant mieux. Mais le plus important, c’est que nous rallions Arolla à Verbier à trois, tout en passant un très bon moment entre copains. J’y prendrais d’autant plus de plaisir que c’est moi qui ai fait découvrir la peau de phoque à un de mes équipiers, Ian Logan (ndlr: le directeur général des JO de la jeunesse 2020 à Lausanne). La Patrouille, c’est d’abord l’esprit d’équipe. Il faut être conscient que personne n’est à l’abri d’un passage à vide ou de connaître une mauvaise journée.»

(24 heures)

Créé: 21.04.2016, 10h19

N’est-on pas tous le blaireau de quelqu’un?

«La Patrouille des Glaciers, c’est à la portée de n’importe quel blaireau.» Ne le répétez pas à Pippa Middleton. Parmi les finishers, hier à Verbier, de la première volée de patrouilleurs (voir ci-contre) , la sœur de la duchesse de Cambridge Kate et belle-sœur du prince William pourrait se trouver froissée des propos lancés hier, dans les colonnes de La Liberté , par un guide de montagne fâché, du haut de ses trois 8000?m, que ce sport-là ait pu s’octroyer l’appellation «alpinisme». Mais après tout, n’est-on pas tous le blaireau de quelqu’un?

Des 5000 patrouilleurs qui ont déjà pris ou qui prendront, dans la nuit de vendredi à samedi, le départ de cette 17e?édition, aucun sans doute n’aura la prétention de faire de l’alpinisme dans une montagne pour l’occasion sécurisée – «aseptisée», estime le guide fribourgeois. Qu’ils s’élancent de Zermatt (53?km, 110?km/effort) ou d’Arolla (26?km, 53?km/effort), qu’ils soient professionnels en ski-alpinisme, comme Jennifer Fiechter, coureur à pied et skieur au long cours, comme Julien Bourgnon, ou randonneur du dimanche, comme Cédric Dubuis, ils n’auront pas moins tous l’impression de s’attaquer, chacun à leur niveau, à un exaltant défi.

Les trois patrouilleurs vaudois illustrent aussi la liberté offerte à chacun, sur la grande classique valaisanne, de moduler son plaisir selon sa sensibilité au chrono, à l’esprit de cordée ou à la simple beauté des lieux. Et cela en fonction de son ambition, de son assiduité à l’entraînement.

A cet égard, la météo n’est évidemment pas anodine. Si un ciel clément a facilité la progression de la première volée de patrouilleurs, le brouillard et peut-être même des chutes de neige pourraient compliquer la course des quelque 900?équipes qui s’élanceront dans la nuit de demain à samedi.

On peut même craindre que le feu passe au rouge d’ici là. La direction de la course prendra la décision de donner le départ avant demain à 20?h.

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