Un projet pour l’élite qui ne va pas au fond des choses

FootballLa volonté d’élargir le nombre de clubs en Super League est logique. Mais on oublie le rôle que doit tenir la Challenge League.

Routis sous le maillot de Ross County, dans ce championnat d'Ecosse dont la formule semble séduire la SFL.

Routis sous le maillot de Ross County, dans ce championnat d'Ecosse dont la formule semble séduire la SFL. Image: DR

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C’est un western où tout le monde tire ses cartouches dans tous les sens et où ceux qui appellent au calme et à la réflexion ne sont guère écoutés. C’est le monde de la Swiss Football League, où les intérêts individuels et l’immobilisme se conjuguent mal avec les besoins collectifs. On parle là du projet de nouvelle formule du championnat pour l’exercice 2021-2022, discuté en marge des SFL Awards Night lundi soir, qui ne dit qu’une chose – la volonté légitime d’élargir le nombre de clubs présents en Super League -, mais sans aller au fond du questionnement pour la Challenge League, par atavisme.

On résume. C’est le modèle du championnat écossais qui semble prôné par les penseurs de la SFL. Une Super League à 12 équipes. Trois tours pour 33 matches. Ensuite la deuxième phase: les six premiers qui bataillent sur 5 matches pour le titre, les six derniers luttent sur 5 matches contre la relégation (en Écosse: une relégation directe et un barrage pour l’avant-dernier contre le vainqueur d’un play off entre les quatre premiers de deuxième division). Surtout: la Challenge League reste à dix équipes. Il faut rappeler qu’au mois de novembre aurait dû être présentée une autre formule, inspirée du football danois à l’époque. Une usine à gaz en fait, avec le retour de la barre et des rebondissements orchestrés jusqu’à la fin, où un club qui avait raté le bon wagon à mi-saison pouvait piquer la dernière place européenne à une équipe du tour final. Passons.

Un groupe de réflexion dissout

Après ce fiasco de novembre, un groupe de réflexion avait été d’ailleurs décidé, afin de se poser les bonnes questions. Toutes. Mais patatras! Juste avant Noël, la SFL décidait de dissoudre ce groupe. Qui? On ne sait pas. Les orientations prises lui déplaisaient-elles à ce point? On évoque la volonté de passer à 12 ou 14 dans l’élite, mais aussi de créer deux groupes en Challenge League, qui serait enfin, alors une vraie ligue formatrice. Pas bon de bousculer les habitudes, semble-t-il, la SFL envisageait le statu quo, elle a dû dans l’urgence plancher sur un petit élargissement de la Super League puisque c’est la tendance voulue.

Alors? Alors ce n’est que vendredi dernier, vers 17 heures, soit trois jours seulement avant la réunion de lundi soir, que les dirigeants des vingt clubs de Super League ont reçu la proposition «écossaise». Cela fait peu de temps pour réfléchir sérieusement sur ce modèle et ses conséquences. «Nous avons reçu un e-mail vendredi, confirme Constantin Georges, le directeur général du Servette FC. Il y a eu un vote consultatif, qui ne décide encore de rien. Deux clubs étaient pour le statu quo, trois se sont abstenus, quinze ont voté pour la formule écossaise. Servette s’est abstenu. Parce que nous pensons qu’il faut aller au bout de la réforme, en repensant la Challenge League aussi. Avec par exemple deux groupes de dix ou douze, pour une ligue dédiée à la formation.» Cette position légitime qu’il défendait, Constantin Georges l’a payée: il a été évincé du comité de la SFL en novembre. Règlement de comptes à OK Corral…

Plein de question encore

Où en est-on vraiment aujourd’hui? Il y a donc ce projet selon le modèle écossais. Avec une foultitude d’interrogations sur les modalités précises de sa mise en place (trois tours, c’est possiblement deux matches à l’extérieur contre une équipe et un seul à domicile; dans l’absolu, se déplacer deux fois à Berne ou Bâle, ce n’est pas comme jouer deux fois à Thoune ou Neuchâtel). Et quid des cinq derniers matches? On équilibre en fonction des clubs en présence (avec la possibilité qu’une équipe joue tous ses cinq derniers matches à domicile, ou tous à l’extérieur, selon qu’elle a été favorisée avant ou pas?).

L’échéancier dit qu’une assemblée générale extraordinaire doit avoir lieu en mars. Pour que le projet soit adopté, il faut 14 voix sur les 20 clubs de la Super League. Il faut aussi que la Première Ligue et la Ligue amateur donnent conjointement leur oui. À moins que quatre clubs se réunissent et demandent ensemble une AG extraordinaire avant, pour discuter du fond (la Challenge League notamment). Ou pour en savoir plus sur les droits TV, dont la renégociation est à l’origine du nouveau projet. Lundi, la SFL ne savait pas, selon nos informations, dire aux clubs à combien ces nouveaux droits pourraient s’élever, ni pour combien de temps ils seraient en vigueur.

Le western est loin d’être terminé.


«J’ai bien aimé la formule écossaise»

Christopher Routis est un joueur du Servette FC. De 2016 à 2018, avant de revenir à Genève, il a défendu les couleurs de Ross County en D1 écossaisse. Le modus de fonctionnement de championnat proné par la SFL, il connaît, il l’a pratiqué. Son avis est précieux.

«Je dois dire que j’ai bien aimé la formule écossaise, explique-t-il. Je suis favorable à une augmentation de la Super League à 12 équipes et dans cette optique, ce que j’ai vécu en Ecosse me semble très pas mal.» Malgré les injustices qui peuvent découler du système, avec des équipes moins bien servies que d’autres lors du tirage au sort des trois premiers tours (matches à l’extérieur et surtout chez qui...)? «C’est marrant, mais en Ecosse, les gens ne s’interrogeaient pas sur ça, raconte Routis. Et puis il y a avait ce sentiment de se dire que tout s’équilibre avec les années et les saisons. Pour le reste, j’aurais tendance à dire que cela gardait du piment. Parce que si tu es dans le ventre mou du classement, tu as envie de faire les efforts pour figurer dans les six premiers après les 33 premiers matches. Pour ensuite avoir des rencontres plus intéressantes aussi. Après, selon que tu joues à domicile ou pas, il peut y avoir des influences, même lors des cinq derniers matches. Dans mon souvenir, la ligue veillait à ce qu’une équipe ne puisse pas disputer tous ses matches à domicile. Personnellement, j’avais adoré ce système. Cela pourrait être intéressant pour la Suisse.» D.V.

Créé: 21.01.2020, 18h37

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