«Ce qu’il manque au ski, c’est le patriotisme et le chauvinisme»

Ski alpinPrésident de la Fédération internationale de ski, Gianfranco Kasper veut rendre son sport encore plus attractif

Si les courses individuelles suscitent l’enthousiasme – ci-dessus Patrick Küng après sa victoire en descente – le Team Event espère devenir un rendez-vous prisé où les meilleurs athlètes du monde défendraient les couleurs de leur pays et déclencheraient la ferveur du public.

Si les courses individuelles suscitent l’enthousiasme – ci-dessus Patrick Küng après sa victoire en descente – le Team Event espère devenir un rendez-vous prisé où les meilleurs athlètes du monde défendraient les couleurs de leur pays et déclencheraient la ferveur du public. Image: EPA

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C’est en plein soleil, sur une terrasse réservée aux VIP surplombant la piste, que Gian Franco Kasper, président de la Fédération internationale de ski, nous reçoit. Alors que vient de se terminer la descente féminine du super-combiné, le Grison de 71 ans s’exclame d’emblée: «Je vais mal!» La raison? «Rien de grave, la grippe.» Du coup, contrairement à ses habitudes, le citoyen de Saint-Moritz n’a pas rempli le cendrier durant l’interview. «Vous savez, j’ai presque arrêté, je fume deux fois moins qu’avant, mais c’est toujours trop», sourit celui qui dirige la FIS depuis 1998.

Gianfranco Kasper, comment jugez-vous l’évolution du ski?

Comme d’autres sports, le ski de compétition, certes un peu trop commercial, a évolué au niveau mondial. Il y a beaucoup de spectateurs, énormément de télévisions qui s’y intéressent, on ne peut pas se plaindre. Mais il faut faire attention au futur. On a perdu plusieurs générations en raison principalement du manque de neige. Des enfants de 13 à 14 ans qui ne trouvaient pas de bonnes conditions pour s’entraîner ont opté pour un autre sport comme le hockey sur glace. Pour rendre le ski alpin encore plus attractif, nous devons attirer les jeunes, par des campagnes de sensibilisation. Le but est qu’ils puissent skier jusqu’à 16 ans gratuitement, car je vous l’accorde, le ski coûte cher.

Avec le snowboard et les sports fun, ne croyez-vous pas qu’il est temps de donner un coup de jeune au ski alpin?

Je pense sincèrement que le snowboard n’a pas vraiment mordu. C’est une forme d’amusement, un effet de mode. Il y a certes beaucoup de jeunes qui pratiquent ce sport jusqu’à l’âge de 18 ans mais ils retournent tous au ski ensuite.

Pour revenir à la compétition, le Team Event qui s’est déroulé ce mardi va-t-il vraiment devenir une discipline olympique?

A 99%, cette discipline sera en effet programmée aux Jeux de 2018.

Cette épreuve par équipes, souvent décriée, a-t-elle vraiment sa raison d’être aux Mondiaux ou aux Jeux?

Dès que cela devient olympique c’est déjà autre chose! Pour les spectateurs, si vous voyez toute la pente devant vous, c’est vraiment un show magnifique. Ce qui nous manque au ski alpin, c’est le patriotisme et le chauvinisme. Cette compétition par nation peut vraiment devenir une discipline importante. On peut presque toujours l’organiser, sur une pente très courte, il n’y a pas de problème avec la neige et le temps, comme une descente. Maintenant, aux athlètes d’adopter de bonnes attitudes dans ce Team Event pour que cela devienne une bonne habitude pour tout le monde. Pour en avoir discuté avec les entraîneurs, il serait préférable que ce Team Event soit placé à la fin de la deuxième semaine pour ne pas perturber la préparation des spécialistes des disciplines techniques. Et dans la mesure où cette discipline va devenir olympique, nous envisageons aussi d’en mettre une au programme de la Coupe du monde en cours de saison puis lors des finales.

Faut-il remettre en question le super-combiné qui avantage beaucoup trop les slalomeurs?

Cela fait au moins cinquante ans qu’on cherche la formule idéale. Nous avons planché sur beaucoup de projets comme celui de disputer la descente en deux manches avant le slalom. Mais on n’a toujours pas trouvé la solution qui soit correcte pour tous. Or à la FIS, on est prêt à changer.


«Pour la FIFA, les sports d’hiver n’existent pas»

Pourquoi ne réunit-on pas plus souvent les filles et les hommes, comme au tennis, dans les mêmes stations?

On aimerait bien, mais les filles seraient perdantes. Si vous avez la descente hommes le samedi et qu’elle est reportée au dimanche, les femmes courraient alors le lundi ou le mardi. Si la station possède plusieurs pistes, comme à Val d’Isère, c’est toujours possible mais cela coûte cher. Et puis, la télévision ne peut pas installer ses caméras aux deux endroits en même temps. On ne trouve malheureusement pas d’organisateurs et l’expérience est toujours identique: c’est commercial, ce sont les hommes qui paient, comme dans la vie!

Comme Joseph Blatter, vous vous accrochez à la présidence?

Je suis toujours motivé. J’adore le ski et le sport. J’ai encore un mandat de trois ans mais après on verra. Mais contrairement à Blatter, je ne solliciterai pas un nouveau mandat quand j’aurai 79 ans!

Y aura-t-il bientôt une Coupe du monde au Qatar?

Une chose que je peux vous garantir c’est que nous, on n’organisera pas de Coupe du monde de ski au Qatar. J’ai écrit à Sepp Blatter dès qu’on parlait de disputer la World Cup de 2022 en hiver. Je lui ai dit qu’en novembre ou décembre ce serait acceptable pour nous, mais en janvier et février c’est impossible. Je n’ai eu aucune réponse à mon courrier. Car la fédération de foot s’en fout complètement des autres. Pour la FIFA, les sports d’hiver n’existent pas. C.MA.

Créé: 11.02.2015, 09h25

Vail a des airs de Saint-Moritz…

Le moteur est resté allumé. Le car, noirci par la pollution, envoie ses gaz aux quidams qui attendent longtemps l’autorisation d’un shérif pour monter à l’intérieur. Au cœur de la bourgade du comté d’Eagle, où les sapins sont aux couleurs de l’Oncle Sam, on est habitué à ces odeurs, au bruit, à la foule et aux files d’attente. Nous sommes à Vail, Colorado, Etats-Unis d’Amérique, 2484 m d’altitude.
Direction Beaver Creek, le site des compétitions, 45 minutes de trajet. Mais pour l’air pur, on repassera.
Le touriste venu de Suisse, petit pays propre en ordre, est un peu décontenancé. Tout d’abord, les gens sont très polis. Ils demandent tous les jours si vous allez bien et si vous avez bien dormi. Ou si vous avez vu le match de NHL des Avalanche la veille dans ce pub qui sort de l’ordinaire avec ces dizaines d’écrans branchés sur la NHL et la NBA? Mais où peut-on trouver un litre de lait, des céréales et du café pour son petit-déjeuner? Même le policeman, qui contrôle tous les sacs dans la station des Rocheuses (des fois qu’il y ait une bombe), ignore où se trouve un supermarket. En revanche, vous pouvez vous ruer dans une des boutiques de luxe qui vous proposent la veste officielle avec le logo à 750 dollars. De nombreux Américains, du Colorado ou de l’Utah, en possèdent une. Ici on a de l’argent et on aime le ski. La journée sur les pistes coûte 134 francs!
Dans deux ans, pour les prochains Mondiaux de ski, le touriste américain ne devrait pas être trop dépaysé à Saint-Moritz…
Christian Maillard

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