Russi a construit une descente facile mais si difficile à gagner

Ski alpinVoilà trente ans que l’Uranais dessine des descentes. Dimanche (3­ h), la moindre faute se paiera cash. Et si Feuz s’imposait?

L'Autrichien Vincent Kriechmayr au départ d'un entraînement de la descente.

L'Autrichien Vincent Kriechmayr au départ d'un entraînement de la descente. Image: Reuters

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Et il créa la flamme! Quand il est arrivé la première fois dans cette région de Jeongseon, il n’y avait absolument rien, si ce n’est un arbre sacré qu’il ne fallait surtout pas toucher. Comme c’était déjà le cas avant Sotchi, Bernhard Russi s’est retrouvé «comme un sculpteur» dans la province du Gangwon, en face du Gariwangsan, du Hambaeksan et le Baegunsan. Dessinateur de formation, devenu architecte des pistes pour la FIS, il ne compte plus ses œuvres. Entre Calgary en 1988, la Face de Bellevarde à Val d’Isère, le tracé olympique de Lillehammer ou le Grizzly de Salt Lake City, on a fait appel à sa science du détail, ses connaissances, son expérience et sa réputation pour les grands événements du ski alpin.

À chaque fois, le champion olympique de Sapporo (1972) écoute ce que lui murmure la montagne pour élaborer son projet. «C’est elle qui me parle!» jure cet amoureux de la nature. Il prend alors ses grandes bottes de randonnée pour partir du sommet et mémoriser chaque courbe et chaque bosse. Comme il n’y a en principe pas de réseau en forêt, il n’a pas de portable mais des cartes, des boussoles, une lampe de poche et une bouteille d’eau. Puis il trace des lignes sur une feuille avant de commencer les travaux. Où il s’agit de tenir compte de la configuration de l’endroit, du manque de déclivité (départ à 1370 mètres d’altitude) et de la tradition de la population.

Trois secondes de retard

«Après de nombreuses discussions avec les politiciens de la région, pour faire face au gigantisme, on a décidé, question d’écologie, de ne faire qu’une piste pour les hommes et les femmes, précise celui qui fêtera ses 70 ans le 20 août. C’est une vallée et quatre beaux sauts qui feront la différence entre le passage des messieurs et des dames, eux passeront à droite du Dragon Valley et elles à gauche…» Ce, avant d’attaquer le «Magic Forest», un des passages clé de la descente. «Si tu forces trop dans ce virage, il n’y a aucun moyen de récupérer la vitesse perdue», prévient le champion du monde Beat Feuz, qui figure parmi les favoris.

Il y a quatre ans, en Russie, Russi avait réussi un tracé racé, très équilibré, avec des virages serrés et des changements de direction sur une pente raide ainsi qu’une succession de sauts fantastiques à haute vitesse. «Malheureusement, Jeongseon ce n’est pas Sotchi!» remarquait, déçu, Bruno Kernen, lors de la première reconnaissance. Le champion du monde de Sestrières (1997), consultant pour la télévision alémanique, n’est pas le seul à se plaindre des contours de cette nouvelle descente. Mais face aux critiques des athlètes, qui déplorent le manque de difficulté et de vitesse (ils ne dépassent pas les 115 km/h), Bernhard Russi reste stoïque.

«Trop plate», regrette l’Autrichien Hannes Reichelt. «Trop répétitive», pouffe Patrick Küng. «Mais allez demander à ceux qui ont trois secondes de retard si c’est trop facile, se marre le héros de Sapporo. La vitesse n’est pas primordiale pour moi. La chose la plus importante, ce sont des endroits techniques, des endroits plus difficiles qui mettent au défi les meilleurs skieurs du monde. La difficulté d’une descente est aussi fonction de la nature de la neige.»

Neige bien préparée

Selon les acteurs, cette neige de cinéma est d’ailleurs bien préparée. C’est notamment l’avis du Norvégien Aksel Lund Svindal qui s’est aussi exprimé après la première séance chronométrique. «Contrairement à Kitzbühel, c’est facile de rejoindre l’arrivée mais tout aussi difficile de gagner», image le crack norvégien, qui sera forcément à l’aise sur cette neige qui ressemble beaucoup à celle de Kvitfjell. «Oui, c’est trop facile, renchérit le Français Johan Clarey, mais quoi qu’il arrive, les meilleurs seront devant. Facile ou pas, il faudra faire ce qu’il faut pour gagner.»

Didier Défago, appelé à succéder bientôt à son «maître» (il est en train de confectionner, assure-t-il, une piste fantastique à Pékin!), reconnaît que celle-ci, à Jeongseon, «n’est pas une descente qui demande un énorme engagement et du courage, mais il y a beaucoup de bosses, des mouvements de terrain et des portes cachées. Elle est courte (2857 m, 1’ 40’’ d’effort), donc ce sera assez serré.»

Cela va donc se jouer sur le fil du rasoir, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Comme à Sotchi. Dans le Caucase, Matthias Mayer avait devancé Christof Innerhofer de six centièmes. Lors du deuxième entraînement, c’est le skieur transalpin qui s’est imposé pour un petit centième devant Kjetil Jansrud, un autre prétendant. Comme l’a dit Russi, pour absolument rien. «La décontraction sera la clé», sourit un Beat Feuz déjà tout feu tout flamme.


Feuz attend son or mais il n’est pas le seul

«Si dimanche il y a quelque chose à fêter, ce ne sera pas mon anniversaire!» Douze mois après avoir célébré ses 30 ans sur la piste de Saint-Moritz avec un titre mondial, Beat Feuz ne serait pas contre qu’on lui offre de l’or, olympique cette fois-ci. Mais si le Bernois, victorieux à Wengen et à Garmisch, se trouve dans la forme de sa vie, il sait, l’alerte trentenaire, qu’il n’est pas le seul favori, loin de là. «Ça va être compliqué de trouver un endroit où je peux faire la différence sur la concurrence, estime «Kugelblitz». Des trente meilleurs au départ, je dirais que tous ont une chance de monter sur le podium.» Il exagère à peine.

Pour quel champion Bernhard Russi a-t-il construit cette descente? «C’est comme si vous me demandiez de jouer au loto, sourit le concepteur de la piste. À part Feuz, Svindal et tous les Autrichiens, il y a encore de nombreux candidats capables de s’imposer.»

À commencer par le champion olympique en titre, Matthias Mayer, qui a les moyens de conserver sa couronne. Son dauphin à Sotchi, Christof Innerhofer, est également en mesure de monter sur la plus haute marche. Kjetil Jansrud, victorieux ici même il y a deux ans lors des pré-olympiques, aime aussi beaucoup ce tracé. Le colosse norvégien a d’ailleurs été très à l’aise à l’entraînement.

«Il y a toujours Hannes Reichelt, mais moi je vois bien l’Allemand Thomas Dressen qui m’avait déjà laissé une forte impression en début de saison avant qu’il ne s’impose à Kitzbühel», renchérit un Didier Défago, sacré, contre toute attente, il y a huit ans à Vancouver alors que tout le monde avait fait de Didier Cuche le gros favori. Aux JO, la logique s’empare rarement de la médaille d’or.

Le destin pourrait très bien retomber dans les bras du miraculé Carlo Janka (blessé à un genou en octobre il n’a pas couru une seule fois cet hiver!). Ses skis Rossignol et son toucher de neige pourraient faire merveille sur ce tapis blanc coréen. N’a-t-il pas déjà gagné ici l’an dernier lors du super-G? Et si, après Vancouver, c’était à nouveau son or?

(Le Matin)

Créé: 09.02.2018, 22h02

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