Chez les Schneiter, père et fils voguent de succès en succès

VoileAssociés au sein du Team Tilt, Alex et Sébastien partagent une même passion pour la voile. Rencontre chez eux, du côté d’Anières.

Vainqueurs samedi du Bol d’Or avec le Team Tilt, Sébastien et Alex Schneiter sont entrés dans une nouvelle dimension.

Vainqueurs samedi du Bol d’Or avec le Team Tilt, Sébastien et Alex Schneiter sont entrés dans une nouvelle dimension. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Autour de cette table, on refait la course. Des heures et des heures à se repasser en boucle le film d’une régate, d’un bord, d’un virement. Marie et Virginie râlent, parfois. Au loin, en bas du jardin, tout semble rappeler que, chez les Schneiter, la voile est presque érigée en art de vivre. Un Flying Phantom joue des coudes avec deux catamarans Classe A. Sur sa remorque, le 49er (un dériveur olympique) est déjà prêt à prendre la direction de Porto où auront lieu les championnats d’Europe. Et puis, juste après la grève, il y a le lac. Une risée, une envie de naviguer? Et hop, on se jette à l’eau. Pour travailler, pour cultiver le talent, c’est bien pratique.

C’est donc là, du côté d’Anières, que l’on retrouve Alex et Sébastien. Depuis des années, père et fils voguent de succès en succès. Le dernier en date a laissé des traces. Sous les yeux… Cette victoire au Bol d’Or Mirabaud, ils l’ont vécue «comme dans un rêve qui devient réalité», le cœur serré par l’émotion de «pouvoir vivre ça ensemble». C’est au sein du Team Tilt qu’ils ont illuminé la nuit avec un final haletant, barrant la route à Ernesto Bertarelli et à sa machine à gagner.

Deux voies différentes

Vainqueurs de la plus grande des courses lémaniques, placée au rang de mythe par des marins de la trempe de François Gabart ou Loïck Peyron, ils ont vécu un moment fort. Peu de paroles, sur le moment, c’est certain. Mais des frissons et des regards qui en disaient long, sur le ponton de la Société nautique de Genève. Trois jours plus tard, Alex et Sébastien ont conscience que petit à petit, ils entrent dans une nouvelle dimension. «J’ai vu les pages dans les journaux, les radios, les télévisions… C’est fou, commence Alex Schneiter. Et visiblement ce n’est pas fini puisque vous êtes là.»

Il éclate de rire, autour de cette table en bois. L’aventure commune, d’un père et d’un fils, intrigue. Et avec le sacre de Sébastien, plus jeune barreur vainqueur de l’histoire du Bol, Alex se retrouve lui aussi sous les feux de la rampe. L’occasion est donc belle de se souvenir que le Genevois, haut cadre dans une entreprise pétrolière suédoise, n’est pas né de la dernière régate.

«Je suis de la génération Pierre Fehlmann, explique-t-il. Sébastien, lui, serait plutôt de la génération Alinghi. J’ai commencé par les séries de dériveurs. Mais à mon époque, il n’y avait presque rien dans les clubs. Rien à voir avec ce qui se fait aujourd’hui et qui permet à nos jeunes de briller au plan international. Très vite, grâce à Pierre Fehlmann et ses campagnes de tours du monde en équipage, la fameuse Witbread, je me suis tourné vers le large. Par la suite, j’ai fait une Solitaire du Figaro, une minitransat. Puis je suis revenu au lac avec les développements technologiques. J’ai vécu les grandes années en Formule 40, avant l’arrivée des D35. L’aventure Tilt a ensuite véritablement commencé avec le Psaros 40 rouge avec lequel j’ai gagné définitivement le Bol de Vermeil.»

Eclectisme, excellence et pourtant… «Je pense que je suis déjà dépassé par les jeunes de la génération de Sébastien. Ils sont jeunes mais ont déjà de telles connaissances techniques et technologiques. C’est impressionnant.»

Avec Justin Murisier

Le fils, lui, a longtemps hésité avant d’enfiler le ciré pour de bon. Car le jeune est sportif et plutôt du genre doué. «Jusqu’à l’âge de 14 ans, j’ai fait de la voile et du ski à haut niveau. J’étais dans les équipes valaisannes. Mais entre les entraînements dans les deux sports, les déplacements, ce n’était plus possible. Et Alex m’a demandé de choisir. Pourquoi la voile? Sincèrement, c’est parce que j’ai eu la conviction que c’est dans cette direction que j’aurai la chance d’avoir les meilleurs résultats. Mais c’est vrai que quand je vois des jeunes, comme Daniel Yule ou Justin Murisier, que je côtoyais à l’époque et qui sont aujourd’hui sur le circuit de la Coupe du monde de ski, ça me fait bizarre.»

Sébastien a choisi une voie différente. Celle qui doit le mener aux Jeux. «C’est un monde à part, dit-il. le niveau y est plus élevé que nulle part ailleurs mais nos courses, à part les Jeux, sont très peu médiatisées. On se frotte aux meilleurs régatiers du monde. Des gars qui ne font que ça depuis dix ans.» Lui, cela fait deux ans qu’il s’est lancé dans l’aventure en compagnie du Versoisien Lucien Cujean. «Les débuts, comme on s’y attendait, étaient difficiles. Mais là, on sent que ça va de mieux en mieux. Même s’il reste du boulot. Rio, c’est un rêve. Tokyo, en 2016, on espère que ce sera une réalité!»

Une campagne pour les Jeux, c’est plus de 200 jours de navigation par an. Il reste donc peu de place pour des aventures père-fils. «Le large, ce n’est pas pour tout de suite. Dans quelques années, il est possible que l’on fasse une transat en double, on y pense», concluent-ils d'une même voix en arborant ce même sourire empreint de timidité.

De quoi nourrir bien des discussions endiablées autour de cette table en bois.


C’est souvent une histoire de famille

En Suisse, on aime bien les sagas familiales. De génération en génération, on se transmet des valeurs et un certain savoir-faire. Tout a commencé dans les années 80 avec l’émergence d’une première génération de coureurs au grand large. Les frères Ravussin se sont piqués au jeu de conserve. Il y a aussi eu les frères Bourgnon, Yvan et Laurent, qui se sont lancés dans le bain après avoir vogué autour du globe en famille. Dominique Wavre, lui, a souvent choisi la voie de la navigation en couple avec Michèle Paret. Les années 2000, elles, ont été marquées par une famille au patronyme chantant: les Bertarelli. Elevés au biberon du Léman par un papa amateur de bateaux, Ernesto puis quelques années plus tard sa sœur Dona, ont écrit et écrivent quelques-unes des plus belles pages de la voile suisse. Succès à foison sur le lac et Coupe de l’America pour le premier et création d’une belle équipe de course au large – Spindrift Racing – pour s’attaquer aux plus prestigieux records en mer pour la seconde.

Dans un registre différent, Versoix a été le terreau où a éclos la famille Mettraux. Justine, Elodie, Bryan et les jumeaux Laurane et Nelson, cinq enfants de la voile. Les deux aînées (Elodie et Justine) brillent au grand large sur la Volvo Ocean Race. Bryan, lui, a déjà une participation à la Youth America’s Cup, deux victoires au Bol d’Or en D35 à son compte. Et les deux derniers pratiquent le match race au haut niveau.

Chez les Girod, c’est Pierre le papa qui a entraîné dans son sillage lémanique Patrick et Guillaume. L’un a attrapé le virus des océans et prépare actuellement la Mini Transat. Guillaume, lui, est un laseriste talentueux en quête de Jeux. Il espère voir Rio dans un an.

Pour conclure ce tour d’horizon, on n’oubliera pas les Psarofaghis. Cela va de Jean, le constructeur et navigateur rusé, jusqu’à Arnaud, le neveu, véritable pépite de la régate suisse qui jouit d’une reconnaissance internationale. Oui, la voile est souvent une affaire de famille. (24 heures)

Créé: 17.06.2015, 21h13

Bios express

Alex Schneiter est né le 20 août 1962. Il est marié à une Canadienne et a deux enfants, Virginie (21 ans) et Sébastien (19 ans). Il a démarré l’histoire de Team Tilt en 1987 sur la fameuse Mini Transat. Il revient ensuite sur le lac et gagne tout ou presque. Team manager de Team Tilt, il est également président du conseil d’administration de Swiss Sailing Team.




Sébastien Schneiter est né le 24 septembre 1995. A 14 ans, il choisit la voile et abandonne le ski de compétition. Il devient trois fois médaillé de bronze aux Mondiaux Isaf en Laser radial et conquiert deux titres européens junior avec ce même bateau. Multiple champion de suisse, il est deux fois élu marin junior suisse de l’année. En 2015, il poursuit sa préparation olympique en 49er, un dériveur en double avec Lucien Cujean (24 ans). Il partage la barre du D35 avec Arnaud Psarofaghis.

Articles en relation

Tilt met la concurrence dans le vent pour s’offrir un Bol d’Or renversant

Voile: Bol d’Or Mirabaud La jeune équipe a devancé Alinghi et Ladycat dans une 77e édition mouvementée Plus...

Tilt s'offre le Bol d'Or

Voile: Bol d'Or Mirabaud Alinghi fini 2e et Spindrift complète le podium! Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.