Sergei Aschwanden: Tomber, se relever, il a tout appris sur les tatamis

Le Romand des JO 4/6Le judoka vaudois a connu un échec cuisant à Athènes. Il prenait sa revanche quatre ans plus tard en gagnant le bronze à Pékin alors que plus grand monde ne l’attendait. Belle histoire…

Sergei Aschwanden savoure encore sa médaille de Pékin mais c’est la défaite d’Athènes qui a changé sa vie.

Sergei Aschwanden savoure encore sa médaille de Pékin mais c’est la défaite d’Athènes qui a changé sa vie. Image: Georges Cabrera

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Tomber. Se relever. Encore et encore. Ainsi va la vie du judoka. Ainsi a été la vie de Sergei Aschwanden, dont les aventures et mésaventures sur les tatamis de l’Olympe sont à elles seules un roman qui dépasserait la mieux ficelée des fictions. 2000, 2004, 2008. Trois participations aux Jeux. Trois fortunes diverses. Trois expériences qui ont marqué au fer rouge cet athlète à la tête bien faite. Une tronche comme on dit dans le milieu. «C’est vrai que mon parcours olympique résume à lui seul la vie d’un sportif de haut niveau, dit le Vaudois, que nous avons rencontré dans son bureau de Villars. En 2000, j’aborde la compétition en outsider. J’ai été sacré champion d’Europe la même année, mais je suis encore un peu tendre pour les Jeux. A Sydney, tous les paramètres n’étaient pas réunis pour que je décroche une médaille. Il n’y avait pas de tête de série comme c’est le cas aujourd’hui. Le sort pouvait me réserver un tableau très dur et c’est ce qui s’est passé. Mais ce n’est pas une excuse pour autant car quoi qu’il en soit, il faut battre les meilleurs pour aller chercher un podium.»

Le souvenir de Sydney n’est pas amer à voir le sourire qui barre le visage du judoka. «Ah, Sydney… Des Jeux merveilleux, à taille humaine, avec un public passionné. Une aventure inoubliable, malgré l’échec sportif. La déception a été assez vite digérée même si c’est jamais sympa de perdre quand tu évolues au plus haut niveau et que c’est ta vie. J’avais aussi en tête que mes plus belles années de judo étaient devant moi. Alors je me suis remis au travail.»

Mille et une questions

Tomber, se relever, encore et encore. Toujours. Sergei Aschwanden est devenu l’un des meilleurs judokas de la planète au début des années 2000. Puissant et véloce, il enchante les esthètes et les amateurs d’un judo spectaculaire. Ses adversaires tombent et ne se relèvent pas. «J’arrive à Athènes et la donne a complètement changé. Je ne sais plus si je suis No 1 mondial, mais pas loin. Je suis vice-champion du monde et à nouveau champion d’Europe. Bref, je suis attendu et favori pour une médaille. Et paf, je perds à nouveau au premier tour.»

Mille et une questions envahissent son esprit. La plus simple, c’est: pourquoi? Pourquoi un athlète intelligent, bien préparé, régulier au plus haut niveau depuis plus de cinq ans, peut-il s’effacer d’entrée de Jeux? «Ça a été dur à avaler cette fois. Ça n’a pas été dur de continuer à faire du judo parce que je n’ai jamais vraiment voulu arrêter, même après cette défaite. En revanche, ça a été difficile de comprendre le pourquoi du comment.»

Ce qu’il a très vite compris, en revanche, c’est qu’à la seconde où ses Jeux s’arrêtent, une sélection naturelle s’opère dans son entourage large. «Tu n’es plus personne alors qu’un énorme intérêt autour de ma personne prévalait avant le tournoi. Tu comprends très vite qui sont tes vrais collègues et amis, sourit-il encore aujourd’hui. Dans le fond, je pense sincèrement que les Jeux d’Athènes sont ce qui m’est arrivé de mieux dans ma vie de sportif.»

Provocateur, Sergei Aschwanden? Même pas. Franc. Juste franc. «Je suis très content d’avoir gagné une médaille en 2008. Ça me donne une certaine sérénité, un certain apaisement. Si j’ai pu garder une certaine distance avec tout le cirque qui est fait autour du sport de haut niveau et des médailles, c’est parce que j’ai connu l’échec avant. C’est grâce à Athènes que je me suis posé les bonnes questions. C’est là que j’ai compris qui j’étais vraiment et où je voulais aller et comment… Si j’ai entrepris des études à la fin de ma carrière, si j’ai trimé cinq ans pour pouvoir ensuite choisir de quoi ma vie serait faite, être maître de mon destin, c’est à Athènes que je le dois. Alors, oui, sur le moment, ça avait été très, très dur. Mais c’est mon meilleur souvenir.» Tomber, se relever, encore et encore.

De dix à douze heures d’entraînement, six jours sur sept, et de trente à trente-cinq semaines par année à l’étranger, c’est ça la vie du judoka. «Et une fois tous les quatre ans, les projecteurs se braquent sur ce sport merveilleux. C’est le jeu, il faut l’accepter.» Parfois de belles surprises attendent ces stakhanovistes de l’ombre. «Quand j’arrive à Pékin, en 2008, je suis très loin d’être le favori. J’ai 33 ans, je sais que ce sont mes derniers Jeux. Je perds en quarts de finale et je passe par les repêchages. Dans ce tournoi, j’ai vraiment sué et proposé un judo très loin de mes standards. J’ai dû m’accrocher, lutter, gratter. Et puis, comme un symbole, c’est en finale pour le bronze que je sors un ippon pour terminer en apothéose.»

La faible considération des sportifs

Des larmes coulent discrètement. Un sourire barre son visage. A Pékin, sur le podium, le souvenir d’Athènes semble loin. Très loin. Il est tombé. Il s’est relevé. «Sans mon échec, jamais je n’aurais eu cette médaille qui a changé ma vie, il ne faut pas se mentir. Encore aujourd’hui, quand je côtoie des gamins lors des camps que j’organise, je vois tout l’effet que cela fait sur eux lorsqu’une mère dit à son fils ou à sa fille que le gars, là, a été médaillé olympique. Ça reste quelque chose d’exceptionnel. Peut-être même davantage en Suisse qu’ailleurs. Ici, le sportif n’est pas encore considéré. Il y a un énorme travail politique à faire dans ce domaine. Mais est-ce vraiment étonnant? Combien d’anciens sportifs siègent au parlement?»

A Villars, où il travaille désormais en qualité de directeur de station (il s’occupe de ce qui est lié aux sports et aux animations), Sergei Aschwanden essaie de poser ses propres pierres pour faire avancer les choses. Le judo a été un chemin salvateur pour ce gamin parfois turbulent. Il a donc lancé un programme pour faire entrer les tatamis dans les salles de gym des cantons de Vaud et de Genève notamment. Pour que les enfants apprennent à tomber. Et à mieux se relever.


«Un manque de respect»

Où se trouve votre médaille aujourd’hui?

Elle est chez mes parents. L’objet en lui-même m’importe peu. J’ai dû la voir deux ou trois fois depuis 2008. C’est plus les souvenirs qui rejaillissent de temps à autre, même si cela a tendance à s’estomper avec le temps. Une médaille, ça change la vie quand même. C’est comme le pauvre et le riche. Le pauvre, il va logiquement être obsédé par l’argent et le riche, il va dire que l’argent n’est pas le plus important car il n’y pense pas puisqu’il en a. Avoir une médaille olympique, ça amène une certaine sérénité.

Quel souvenir marquant gardez-vous du village olympique?

C’est à Athènes que j’ai le moins profité de la vie au village olympique. Jusqu’au tournoi, tu es dans une bulle. Et ensuite, après la défaite, je n’étais pas dans un état d’esprit hyperpositif. Je me posais énormément de questions. Je suis resté tout de même jusqu’au bout. Je l’ai fait à chaque fois, d’ailleurs. La grande chance du judo, c’est qu’il a lieu la première semaine et qu’ensuite on peut profiter de la vie au village et des Jeux. C’est quelque chose qui a disparu désormais. Swiss Olympic demande aux athlètes de quitter le village au bout de trois jours après les compétitions. C’est absolument scandaleux. Et ça dénote un manque de respect envers des athlètes qui sacrifient tout de leur vie, parfois de leur santé, de leurs finances, pour, au final, représenter la Suisse. Et voilà ce qu’on leur donne en retour…

Y a-t-il un revers à la médaille?

Il est surtout financier. Car pendant une carrière de judoka, tu gagnes peu. Tu cotises peu. J’ai 40 ans et peu de réserves sur ce plan-là. Mais j’ai gagné bien d’autres choses.

Votre vision des JO a-t-elle changé depuis?

Elle a changé dans le bon sens du terme. Maintenant que la fin de l’histoire a été belle. Je regarde ces compétitions avec un certain détachement. Mais ça reste quelque chose d’extraordinaire et de très beau. Quand tu es dedans, tu ne t’en rends pas forcément compte. G.SZ (24 heures)

Créé: 28.07.2016, 09h08

Athènes 2004

Le poids de l’histoire Retour dans le berceau des Jeux. Ce qui n’avait pas été possible en 1996 (l’édition du centenaire de la restauration des Jeux avait été attribuée à Atlanta, fief de Coca-Cola) l’a été pour l’édition de 2004. D’Athènes à Athènes, la flamme olympique a fait le tour du monde, passant par Genève et Lausanne. Qui s’en souvient? Au bout du lac, Marc Rosset et Dano Halsall avaient fait partie des relayeurs.


Les zéros Alors qu’ils devaient jouer les héros de la nation, les sprinteurs Ekateríni Thánou et Konstantinos Kenteris sombrent dans le scandale et le ridicule. Les deux compères d’entraînement simulent un accident de moto pour justifier une absence à un contrôle antidopage. Sous pression, ils renonceront à «leurs» Jeux.

Les médaillés suisses
Or: Marcel Fischer (escrime).
Argent: Franco Marvulli et Bruno Risi (cyclisme course à l’américaine).
Bronze: Karin Thürig (cyclisme), Sven Riederer (triathlon) Patrick Heuscher et Stefan Kobel (beach-volley). G.SZ

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