À Sierre-Zinal, on a vécu un petit enfer dans un coin de paradis

Course à piedReportage au cœur de la course des «Cinq 4000», entre fascination et jambes lourdes.

À Nava, point culminant de l’épreuve (2425 m), cornemuses et tambours sont au rendez-vous pour le passage des coureurs.

À Nava, point culminant de l’épreuve (2425 m), cornemuses et tambours sont au rendez-vous pour le passage des coureurs. Image: Pierre-Alain Schlosser

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«Participer à l’aventure Sierre-Zinal, c’est un rêve facile qu’on réalise difficilement.» Vincent Theytaz, directeur de la course anniviarde, ne pouvait pas mieux résumer son épreuve. Car mieux vaut se montrer opiniâtre pour y participer. Les dossards en catégorie «Touristes» se sont arrachés en quelques heures. Comme au Paléo! Mais c’est une fois le précieux sésame en poche que les affaires se compliquent. Dimanche, nous avons pris part à cette douce souffrance que représente la course des «Cinq 4000» (son surnom, car le tracé permet de voir le Weisshorn, le Zinalrothorn, l’Ober Gabelhorn, le Cervin et la Dent-Blanche).

Faire tinter la cloche

Lever à 3 h 15, pour prendre le départ à 5 h 05, parmi les populaires. Trop tôt? Pas vraiment car il vaut mieux être «narcosé» pour emprunter la longue montée initiale de 1200 m de dénivelé. Autre avantage: on pourra toujours se vanter d’être arrivé à Zinal avant Kilian Jornet, la star mondiale du trail. En oubliant volontairement de préciser que les élites ne partent qu’à 10 h.

Au son des cornemuses, le starter donne le départ. Une longue procession commence alors. On se dit qu’on est complètement givré de se lancer dans cette aventure. Mais il est trop tard pour renoncer. Notre périple de plus de six heures (31 km, dont 2200 m de montée et 1100 m de descente) devient une balade au cœur de paysages idylliques. Même de nuit, la vue sur la vallée du Rhône illuminée vaut le coup d’œil. Après 30 minutes éclairées par les lampes frontales, c’est l’arrivée à la chapelle Saint-Antoine et sa fameuse cloche. La faire tinter porte bonheur, paraît-il. On s’exécute. Mais pas de miracle. La grimpette vers Ponchette est interminable. Elle casse les jambes et coupe le souffle.

Dans la difficulté, un orchestre de jeunes joue la bande originale de «Mission: Impossible» et enchaîne avec «Vive le vent d’hiver». On se marre et on repart. À la queue leu leu, les «populaires» qui parlaient en montant, ne disent plus un mot, sous l’effet de la pénibilité. On se dit qu’on aurait mieux fait de participer à la «Course des Cinq pour mille», une épreuve parodique que 25 Valaisans ont inventée. Plutôt que de monter à pied, ils ont pris un car pour Zinal et se sont ravitaillés avec les produits de la vigne. Ces plaisantins avaient déjà participé à la «Patrouille des Glacières», une épreuve du même tonneau (terme choisi) entre Zermatt et Verbier.

La lucidité fait défaut

Après plus de 2 heures d’ascension, l’arrivée en altitude est une délivrance. Le jour s’est levé sur les montagnes. On se ravitaille et on repart en marchant, lorsque ça monte, et en courant, lorsque le tracé le permet. La solidarité entre participants est exemplaire. Tout le monde encourage celui qui connaît un coup de mou. Qu’on le connaisse ou pas. Les spectateurs venus tout au long du parcours en font de même.

La traversée passe devant des torrents et par des stations (Chandolin, Saint-Luc) que l’on reconnaît à peine, sans leur manteau neigeux. À la mi-parcours, on constate que l’on a largement dépassé le temps des vainqueurs (2 h 31’ pour Kilian Jornet). Mais qu’importe. On prend le temps de faire une pause aux ravitaillements, on prend des photos, on savoure. Ce que les «extraterrestres» du trail ne peuvent pas faire. Ou pas assez. On s’arrête pour écouter les cornemuses à Nava, le point culminant de la course (2425 m). Il ne reste alors que 7 km. Qui plus est, de descente. Les doigts dans le nez? Pas du tout. C’est même là que l’enfer débute. Dans les pierriers, les chevilles se foulent. Les chaussures butent contre des rochers. À plusieurs reprises on manque de prendre un monumental gadin. Puis notre jambe droite glisse dans un petit ravin. On se rattrape de justesse. La lucidité fait défaut. La descente devient périlleuse. Les cuisses brûlent comme dans un interminable schuss à skis. La voix du speaker se fait entendre, mais il reste encore 4 km avant la fin. On se surprend à maudire ce final. Et enfin, c’est la délivrance. À l’arrivée, on repense à la phrase de Vincent Theytaz. Le rêve facile a bel et bien été ardu à réaliser. Sierre-Zinal se mérite. Et c’est aussi ce qui en fait le charme.

Créé: 12.08.2018, 23h11

Pas à pas

5h01 Les premiers départs de la catégorie «Touristes» ont été donnés dans la nuit.





6h12 Procession vers Ponchette. Les jambes sont lourdes et le souffle court.





7h19 Arrivée à Ponchette, à 1870 m d’altitude, après 1200 m d’ascension.





10h18 A Nava, au point le plus haut.




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