Chauderon, son pont, ses dealers et son fitness urbain

Street workoutAgiles, musclés et ouverts d’esprit, les adeptes de ce sport de rue participent à l’occupation positive du quartier.

Vidéo: PATRICK MARTIN

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Sur l’esplanade de Chauderon, à Lausanne, se déroule un curieux manège. Deux par deux, les dealers quadrillent la zone, à chaque point d’entrée. Ils attendent. Soudain, tout ce petit monde disparaît discrètement lorsque débarque une patrouille de deux policiers. Dès que les agents tournent les talons, la dizaine de vendeurs de drogue est de retour.

À quelques mètres de là, un groupe de jeunes gens restent impassibles. Ils ont investi le module de street workout (ndlr: entraînement de rue, appelé aussi callisthénie), installé en 2015. Ces portiques métalliques sont composés de barres et d’échelles verticales et horizontales. Certains enchaînent les push-ups, d’autres se mettent à l’équerre d’une barre, comme le feraient les funambules d’un cirque ou les adeptes de pole dance. Placé au sol, un petit haut-parleur surpuissant crache du hip-hop pendant que ces sportifs de rue gainent leur torse ou musclent leurs biceps.

Ambiance différente

Parmi la dizaine d’athlètes de Chauderon présente ce jour-là, il n’y a qu’une seule présence féminine, incarnée par Marie Pons. Étudiante en médecine, la Pulliérane de 19 ans est passée par l’équitation, puis par le bodybuilding avant de se convertir au street workout. «J’en avais marre de m’entraîner à l’intérieur, explique la jeune femme qui participe à des compétitions. En salle, les gens vous regardent de haut. Alors qu’ici, l’ambiance est différente. Nous formons presque une famille. Tout le monde est le bienvenu. Quand un débutant fait un mouvement faux, les plus expérimentés vont le corriger. Il y a beaucoup d’entraide et de respect dans ce milieu.»

Depuis deux ou trois ans, ces structures urbaines fleurissent dans les principales villes de Suisse et du canton de Vaud. À Lausanne, plusieurs installations ont vu le jour. Comme aux Boveresses, à Pierre-de-Plan, près du CHUV ou encore à Jomini. Mais c’est bien le module de Chauderon qui est le plus prisé.

L’avantage de ces constructions permanentes: elles sont gratuitement mises à disposition de toute la population, 24 heures sur 24. «On se fait une fausse idée des utilisateurs de fitness urbain, remarque Christian Perroud, adjoint technique au Service des sports de Lausanne. On a l’image de pratiquants hypermusclés. Mais il y a énormément de populaires qui s’y mettent aussi. Ainsi que des personnes du troisième âge.» Des propos que confirme Marie Pons. «On voit effectivement des gens âgés qui s’étirent ou qui se balancent sur les barres. Mais la plupart des utilisateurs sont des étudiants.»

Ces installations répondent à un besoin des sportifs de rue. Ceux qui précisément utilisaient le mobilier urbain (bancs, signalisation, fontaines…) ou des bâtiments non conçus à cet effet. La facture de telles structures reste relativement modeste, compte tenu de l’utilisation qui en est faite et de la robustesse des matériaux utilisés. Pour Chauderon, le coût final du projet s’élève à 35 000 francs (16 000 pour le module, 15 000 pour la réalisation du sol et 4000 pour l’éclairage).

Outre le fait d’encourager les jeunes à pratiquer une activité saine et positive, ce type d’installation offre un autre avantage. Le rapport de la commission du Conseil communal de Lausanne, chargée de l’étude du préavis, le dit d’ailleurs noir sur blanc. «Le site de Chauderon (…) s’inscrit dans le cadre de la politique municipale d’occupation du domaine public par d’autres activités que celles qui s’y déroulent.»

«Il arrive aussi que certains d’entre eux fassent semblant de s’entraîner sur les installations, pour échapper à leurs poursuivants»

En l’occurrence, la présence de ces sportifs peut rassurer la population, laquelle pourrait se sentir en insécurité par rapport aux dealers. «Parfois, il y a des situations qui nous font rire, observe Marie Pons. On voit les policiers courir après les dealers. Il arrive aussi que certains d’entre eux fassent semblant de s’entraîner sur les installations, pour échapper à leurs poursuivants. Il est aussi arrivé que les agents nous demandent nos papiers et que des chiens reniflent nos affaires.»

Un curieux manège qui ne trouble pas plus que ça la quiétude des adeptes de street workout. (24 heures)

Créé: 19.06.2018, 19h58

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