Enseignante, maman et championne de course à pied

Laura HrebecLa lauréate du Lausanne Marathon mène sa vie à 200 km/h. Bonne vivante, la Vaudoise de 40 ans sait aussi prendre du bon temps.

Le secret de longévité de Laura Hrebec? Se faire plaisir et mener de front vie familiale et vie de sportive.

Le secret de longévité de Laura Hrebec? Se faire plaisir et mener de front vie familiale et vie de sportive. Image: PATRICK MARTIN

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«J’adore manger. Quand j’ai une envie de frites, je ne m’en prive pas. Et si elles accompagnent une bonne viande et un verre de rouge, c’est encore mieux!» Laura Hrebec (prononcez rébètsse) est une athlète atypique. Demandez-lui quel est son secret pour durer et l’athlète de 40 ans vous répondra sans ambages «qu’il faut savoir se faire plaisir». Quitte à mettre parfois la diététique entre parenthèses. «Je fais attention à manger de tout et sainement, précise-t-elle. Mais si vous ouvrez mon frigo, vous trouverez aussi des saucisses et de la bière.»

Lauréate du récent Lausanne Marathon, la championne a accroché à son palmarès des courses aussi importantes que les 20KM de Lausanne, Thyon-Dixence ou Montreux-Les Rochers-de-Naye. Quintuple championne de Suisse (deux fois en semi-marathon et trois fois en triathlon chez les populaires), elle a remporté la médaille d’or aux Championnats d’Europe de duathlon (longue distance) et celle de bronze aux Mondiaux. Elle a aussi disputé le semi-marathon des Européens d’Amsterdam, l’an dernier. Un palmarès riche pour une athlète qui, faute de temps, ne consacre qu’une dizaine d’heures par semaine à son entraînement.

«Je prends tout ce qui m’arrive comme du bonus. Mais la course à pied, ce n’est pas toute ma vie. Le lendemain de ma victoire au Lausanne Marathon, je me suis levée à 6 h pour aller travailler.»

Difficile d’en faire plus, lorsqu’on est enseignante en maths et en sciences à 90% dans des classes de 9e à 12e année et qu’on élève deux adorables filles de 6 et 4 ans. La blonde filiforme mène une vie à 200 km/h. Alors, elle s’entraîne quand elle le peut. À midi, entre deux cours. Au fitness, quand Nicolas, son mari, peut garder les enfants. À l’époque où elle préparait les Championnats d’Europe de duathlon (2015), il lui arrivait de passer quatre heures dans le garage de sa maison d’Illarsaz (VS), à enchaîner vélo d’appartement et tapis de course. «Que ce soit à l’entraînement ou pour mes corrections, j’essaie d’être la plus efficace possible. Car je n’ai pas une minute à perdre.»

Son amie Magali Di Marco la voit comme une «extraterrestre». «Elle a réussi à atteindre un niveau de sportive d’élite, en ayant une vie d’amatrice, témoigne la triathlète. Elle n’a pas besoin de s’entraîner beaucoup pour être en forme. Elle a de grandes facultés de récupération. Malgré tout, elle sait s’astreindre à des séances d’entraînement conséquentes.» La médaillée de bronze des JO de Sydney sait de quoi elle parle, elle qui a entraîné Laura Hrebec pendant deux ans. «En guise de première sortie, Laura a voulu monter au col de la Croix. Elle m’a attendu en haut un long moment», se souvient Magali Di Marco. Et de poursuivre: «Un jour, elle m’a proposé une sortie tranquille de deux heures. On a fini à 40 km/h, moi dans sa roue qui tirais la langue. Elle aurait eu le niveau pour côtoyer les meilleures cyclistes du monde. Je lui ai même proposé en 2011 d’essayer de s’y mettre sérieusement, d’aller se mesurer aux meilleures Suissesses sur le contre-la-montre. J’étais convaincue qu’elle aurait pu se qualifier pour les JO. À mon grand regret, elle n’a jamais souhaité prendre le risque de baisser son taux de travail, afin de se concentrer sur le sport. Je crois qu’elle aime bien sa vie, sa liberté.»Elle est comme ça, Laura Hrebec. Et c’est aussi ce qui fait son charme. «Je prends tout ce qui m’arrive comme du bonus. Mais la course à pied, ce n’est pas toute ma vie, assure-t-elle. Le lendemain de ma victoire au Lausanne Marathon, je me suis levée à 6 h pour aller travailler.»

Les maths et les fossiles

Enfant déjà, elle se montre studieuse et perfectionniste. À la veille des tests, il lui arrive de ne pas dormir, par peur de mal faire. Sa maman est chimiste et laborantine médicale, alors que son papa est documentaliste chez Nestlé. Ce dernier a fui la Tchécoslovaquie en 1968, lors de l’invasion soviétique. «Il parle cinq ou six langues, ce qui n’est pas mon cas. Moi, je suis une matheuse!» Laura Hrebec se passionne surtout pour la botanique, la zoologie et la paléontologie. Elle collectionne d’ailleurs les fossiles. Mais la native de Vevey, où elle a vécu jusqu’à ses 11 ans, ne pourrait pas vivre sans sport. «J’ai pratiqué le judo entre 10 et 12 ans, l’aviron à 14 ans et l’équitation jusqu’à 16 ans. J’ai toujours aimé le vélo. Vers l’âge de 15 ans, je partais de chez moi, à Grandvaux, et je faisais des virées parfois jusqu’à Yvonand.»

Pourtant, l’institutrice goûte à la compétition sur le tard. À 26 ans, en triathlon. Et ce n’est qu’à 32 ans qu’elle se tourne vers la course à pied. Plus précisément lors du Tour du Pays de Vaud 2009 qu’elle remporte haut la main. C’est là que l’entraîneur et historien du sport Pierre Morath la repère. «À cette période, je ne faisais que 3-4 heures de footing hebdomadaire. Pierre m’a dit que je ne courais pas juste. Il m’a appris la technique, la structure et une certaine discipline. Il m’a concocté un planning en intégrant du fractionné.» L’entraîneur avait vu juste. Premier départ sur un marathon et première victoire à Genève, en 2010. «Pierre attendait beaucoup de moi. Mais j’ai ensuite décidé d’avoir des enfants.» La décision ne met pourtant pas un terme à sa carrière. Moins de sept semaines après la naissance de sa fille aînée, elle gagne une nouvelle course. Celle des Deux Bains, entre Saillon et Ovronnaz (10 km sur 840 m de dénivelé). Une preuve, s’il en fallait, que Laura Hrebec a eu raison de ne pas choisir entre sa vie de femme et sa vie d’athlète. (24 heures)

Créé: 20.11.2017, 09h06

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