L’entraîneur qui regarde les Alémaniques droit dans les yeux

UnihockeyEx-footballeur du LS, Ludovic Jeanneret explore de nouvelles voies. Enseignant en psychologie, il raconte ses méthodes.

Ludovic Jeanneret a une approche qui privilégie la spontanéité et la créativité.

Ludovic Jeanneret a une approche qui privilégie la spontanéité et la créativité. Image: Patrick Martin

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«Avant les matches, je prépare des panneaux. Une fois j’ai utilisé l’exemple du lion qui, lorsqu’il va chasser, échoue huit fois sur dix. J’ai dit à mes joueurs que 80% de sa vie était un échec. Mais qu’est-ce qui fait de lui le roi des animaux? La réponse est la persévérance.»

Ludovic Jeanneret est un entraîneur atypique aux méthodes originales. N’allez surtout pas lui demander de copier les méthodes de Köniz ou de Wiler-Ersigen, les cadors de l’unihockey suisse. Celles-ci sont bien trop analytiques et rigides pour cet enseignant en psychologie qui privilégie une approche plus spontanée et créative.

Maître d’éducation physique de formation, ce père de quatre enfants varie ses entraînements, quitte à prendre certaines libertés. «Je n’ai pas de dogmes tactiques. Je laisse une certaine latitude aux joueurs pour qu’ils s’expriment au maximum.» Une démarche structurée et novatrice qui utilise les caractéristiques de son équipe. «Je me suis formé dans une méthode qui s’appelle ActionTypes. Il s’agit d’une approche de profilage de la motricité humaine. On laisse le joueur bouger en fonction de ses préférences. Des hockeyeurs de NHL l’utilisent. Notamment Roman Josi et Nico Hischier. On essaie d’exploiter les points forts, sans chercher absolument à combler les points faibles d’un joueur.»

Démarche surprenante

La démarche est parfois surprenante. «La façon de bouger de chacun est dépendante de sa personnalité, reprend le formateur. Concrètement, on peut s’entraîner en cachant un œil pour travailler d’autres ressources cérébrales. Ou on fait des expériences contraires en mettant le poids du corps en arrière ou en avant pour ressentir la meilleure position. Les progrès sont exponentiels!»

Instructeur Jeunesse et Sport, ce jeune quadra suivra le cursus d’entraîneur professionnel, sous l’égide de Swiss Olympic. Autant dire qu’une fois encore le Cacatchou (nom des habitants de Froideville) sera le seul Romand de sa volée à suivre cette formation. Une façon de montrer que la Suisse alémanique n’a pas le monopole de la petite balle aux 26 trous. «Il faut arrêter de penser qu’on est moins bons qu’eux. Je côtoie des entraîneurs de LNA et de LNB lors de mes formations, tout comme Rolf Kern, sélectionneur de l’équipe de Suisse féminine, récente vice-championne du monde. On n’a rien à leur envier.» Idem sur le terrain. «Au LUC Floorball Épalinges, nous avons un groupe de très bons joueurs, âgés de 16-17ans. Dans deux ou trois ans, ils seront prêts à rejoindre la première équipe.»

Ludovic Jeanneret est un pionnier de l’unihockey, à l’instar d’un autre entraîneur de référence en Suisse romande, Yvan Cuennet. Et pourtant, son expérience du terrain, il l’a acquise avec des crampons et un ballon rond. «Je viens du foot. J’étais joueur chez les espoirs du LS et d’Yverdon, avec des passages au centre de formation du FC Sion, ainsi qu’au centre de formation du FC Nantes-Atlantique. J’ai été convoqué une trentaine de fois avec les équipes nationales M15 à M18. À l’époque, mes coéquipiers se nommaient Frei, Magnin, Cabanas ou Grichting. Sur le terrain, on côtoyait des David Trézéguet et Thierry Henry. Karl Engel était mon entraîneur en M16 et Köbi Kuhn en M17. Avec le LS, nous avons été champions de Suisse espoirs en 1998 et finalistes de la Coupe de Suisse. Mais je n’ai jamais eu ma chance en première équipe. Alors, j’ai repris des études en sciences du sport, pour enseigner, comme mon père.»

Succès immédiat

Devenu enseignant, Ludovic Jeanneret introduit l’unihockey dans son établissement. Le succès est immédiat. Un tiers des élèves participe aux sports scolaires facultatifs (SSF). L’engouement est tel que ses unihockeyeurs remportent au total 17 titres de champions vaudois scolaires. Il crée le mouvement juniors Belmont-Épalinges-Savigny sous l'impulsion d’un ancien élève de l’établissement scolaire de Savigny-Forel. «Aujourd’hui, ces écoliers jouent toujours. Il y en a que j’entraîne depuis sept ans et certains sont arrivés en quart de finale des Prague Games (ndlr: le plus grand tournoi juniors du monde), après avoir battu le Sparta aux tirs aux buts.»

Pour obtenir une telle progression, l’expérience est essentielle. «Il faut 10'000 heures de pratique pour être un sportif en plein potentiel, rappelle Ludovic Jeanneret. À la Masia, le centre de formation du FC Barcelone, les entraîneurs expliquent qu’à l’âge de 14-15 ans leurs talents ont déjà totalisé ces 10'000 heures. Comme nos jeunes âgés entre 15 et 18 ans atteindront ce nombre vers 29 ans, on compense avec la qualité de l’entraînement et des méthodes telles que la visualisation.»

Mais le moteur doit toujours être le plaisir. «Je considère mon équipe en prenant le plus faible. C’est lui la jauge, pas le meilleur. Quand les enfants gagnent des compétences, ils éprouvent du plaisir. Donner un feedback positif après chaque entraînement est essentiel. Il ne faut surtout pas être cassant, ni sarcastique. Et si nous sommes menés à la mi-temps, j’essaie de recadrer les joueurs pour qu’ils lâchent prise, afin qu’ils retrouvent leur spontanéité. Ils savent que je suis toujours bienveillant. Et que si on passe autant de temps avec eux, c’est parce qu’on les aime.»

Créé: 07.01.2020, 21h49

Bio express

Né le: 14 avril 1979 à Chêne-Bougeries (GE).

Professions: enseignant en psychologie à l’École supérieure de la santé et maître d’éducation physique.

État civil: marié, 4 enfants (âgés de 1 à 14ans).

Domicile: Froideville.

Implication dans l’unihockey: instructeur Jeunesse et Sport, entraîneur de sport de performance, praticien certifié ActionTypes, dès février il suivra une formation d’entraîneur professionnel.

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