Les hommes de fer face au défi de leur vie

TriathlonDeux participants vaudois à l’Ironman d’Hawaii et un vice-champion du monde (18-24 ans) évoquent les moments forts et les doutes liés à leur discipline.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Nager 3,8 km dans l’océan, enchaîner avec l’équivalent d’une étape du Tour de France (180 km) et terminer par un marathon: l’Ironman est le défi ultime des triathlètes.

«Les non-initiés nous prennent pour des sadomasos», admettent avec un sourire de circonstance Cyril Stalder (37 ans) et Mikaël Gaudin (34 ans). Les deux copains du Tri Team Pully, qui ont obtenu leur qualification pour la mythique épreuve d’Hawaii, enchaînent les séances d’entraînement à un rythme effréné. Jusqu’à vingt-cinq heures de souffrance hebdomadaire. «Le mental est ce que l’on développe le plus, explique Mikaël Gaudin. Si nous nous persuadons à l’entraînement que l’on sera capable d’atteindre un objectif, alors on y parviendra. Par exemple, je m’interdis de marcher durant le marathon. Je me le répète au quotidien.» Ce pilier du Tri Team Pully, qui a bouclé l’Ironman de Zurich en 9h36, est un athlète confirmé. Ancien finaliste du 400 m libre et du 200 m dos aux Championnats de Suisse de natation, il court le marathon en 2h40. Il s’est mis à l’Ironman il y a deux ans. «Je suis attiré par la difficulté et cette discipline représente un sacré défi», avoue cet entraîneur du Lausanne Natation.

Le rêve des deux triathlètes vaudois deviendra réalité le 14 octobre. «Hawaii est la Mecque de ce sport, assure Cyril Stalder. Si on s’entraîne aussi dur, c’est pour vivre cet événement unique.» (ndlr: voir la vidéo ci-dessous) Cet ancien footballeur, chef d’équipe à la piscine de Mon-Repos, se rendra dans l’archipel en compagnie de son frère et entraîneur, lequel en sera à sa septième participation.

Sport pour les célibataires

Plus de la moitié de l’entraînement de ce sport chronophage s’effectue à vélo. Mikaël Gaudin a déjà réalisé huit tours du Léman cette année. «Il vaut mieux être célibataire, prévient ce dernier. On s’isole beaucoup en raison de la charge d’entraînement. Je ne me vois d’ailleurs pas suivre ce rythme toute ma vie.» Il faut rappeler que ces triathlètes ne sont pas pros. Toucher au rêve a donc un prix et des conséquences sur sa vie privée. «En ce moment, je passe plus de temps avec mon vélo qu’avec ma copine», constate Cyril Stalder.

A Hawaii, les deux compères tenteront de suivre l’exemple d’un autre membre du Tri Team Pully, Nicolas Richoz. L’étudiant en génie civil à l’EPFL est devenu vice-champion du monde d’Ironman 70.3 (demi-distance), il y a deux semaines à Chattanooga (Tennessee). Deuxième de la catégorie 18-24 ans et 3e au général, le Palinzard de 23 ans vaut 4h11 sur la distance.

Son secret pour atteindre de tels résultats? «Nous apprenons à notre corps à se reposer, confie l’ancien vainqueur des Triathlons de Lausanne et de Vevey. D’abord en suivant des blocs d’entraînements hebdomadaires de vingt à vingt-cinq heures, puis en enchaînant avec des séries plus calmes de dix heures. Nous travaillons beaucoup sur la fatigue physique. Notamment à vélo, où nous cherchons à être performant tout en économisant notre énergie, afin d’arriver le plus frais possible au marathon.»

De l’euphorie au spleen du coureur

Cette charge physique énorme occasionne toute une gamme de sentiments. Durant l’effort, les émotions se bousculent. «On passe par des moments d’euphorie, poursuit Mikaël Gaudin. A Zurich, lors des 10 ou 15 premiers kilomètres du marathon, je tapais dans les mains des spectateurs. Mais 10 km plus loin, plus rien ne fonctionnait. J’avais l’impression de me traîner et mes jambes pesaient des tonnes.» Dans ces moments-là, que se passe-t-il dans la tête de ces forçats du sport? «Personnellement, je pense à ma copine, à mon frère et à tous ceux qui me soutiennent au quotidien. Sur le moment, c’est pour eux que je trouve la force de continuer. Je ne voudrais pas les décevoir», confesse Cyril Stalder.

Vient ensuite la délivrance, cet éphémère instant de bonheur. «La récompense arrive au dernier virage, décrit Mikaël Gaudin. Soit au moment où l’on foule le tapis qui nous mène à l’arrivée. Le speaker hurle dans les haut-parleurs et le public nous applaudit. Il y a, à cet instant, une joie viscérale, indescriptible. Une émotion intense. C’est l’accomplissement de tous ces mois de travail acharné. Le relâchement est alors total. A tel point que les larmes jaillissent.»

Mais le «double effet kiss cool» intervient très vite. Après une course, les adeptes de l’Ironman se retrouvent plongés dans le spleen. Une sorte de décompensation proche de la dépression post-partum. «C’est la fin d’une aventure qui nous a portés pendant un an. On connaît alors un coup de mou qui dure entre trois et quatre semaines», estime l’entraîneur du Lausanne Natation. «On pense aussi à toute la charge qu’il faudra reproduire à l’entraînement pour atteindre un nouvel objectif», ajoute Cyril Stalder.

Le coût d’Hawaii

Il n’y a pas que l’investissement personnel qui est élevé dans ce type d’aventures. Une participation à l’Ironman d’Hawaii coûte plus de 6000 francs. Il faut d’abord obtenir dans un autre Ironman un droit d’entrée, appelé «slot». La finance d’inscription de ce dernier oscille entre 500 et 700 francs. En cas de qualification, la décision d’aller à Hawaii se fait sur-le-champ! «Et là, il vaut mieux avoir sa carte de crédit sous la main pour payer les 925 dollars d’inscription», indique Mikaël Gaudin. Ajoutez un billet d’avion, le transport du vélo, deux semaines à l’hôtel, la location d’une voiture, la nourriture et le compte est bon! Les deux hommes de fer sont d’ailleurs passés par un site de financement participatif pour obtenir des fonds.

Les Pulliérans se rendront sur place une semaine avant l’épreuve, histoire de s’acclimater aux conditions météo (35 degrés) et au décalage horaire (douze heures). Leur objectif? Descendre au-dessous des dix heures. Et faire le plein sur le plan émotionnel. (24 heures)

Créé: 27.09.2017, 06h43

«Je déconseille plus de deux marathons ou un Ironman par an»

Médecin du Triathlon et du Marathon de Lausanne, le Dr Gérald Gremion a couru les 42,195 km à huit reprises sous les trois heures. Nous lui avons demandé son avis sur la distance Ironman.



Est-il dangereux de disputer un Ironman?
Il y a toujours un risque lorsque vous vous élancez sur un effort aussi long. Lors de la natation, une personne bien entraînée ne devrait pas connaître de souci, si ce n’est celui d’une éventuelle hypothermie. A vélo, attention à la déshydratation, de même qu’au marathon. De fortes chaleurs comme celles ressenties à Hawaii représentent le plus grand danger pour ces concurrents. Au dernier Tour de France, certaines équipes ont prévu une centaine de bidons par coureur, juste pour les rafraîchir. Un coup de chaleur peut envoyer un sportif aux urgences. Cela dit, je suis d’avis qu’il ne faudrait pas multiplier ce type d’efforts. Je conseille de ne pas disputer plus de deux marathons par an ou au maximum un Ironman.

Faut-il avoir des capacités extraordinaires pour se lancer sur cette distance?
Il m’est arrivé de faire plusieurs fois le tour du Léman à vélo en me demandant si je serais capable d’enchaîner avec un marathon. Sans doute pas. Le rythme est toutefois moins soutenu lorsque les distances s’allongent, hormis chez les meilleurs. Mais celui qui se donne les moyens de s’entraîner correctement peut y arriver.

Comment expliquez-vous l’état dépressif dans lequel sont plongés ces athlètes, après leur course?
Lorsque vous vous entraînez aussi longtemps et aussi intensément, s’arrêter brusquement provoque un manque. On retrouve le même état chez les jeunes retraités, après leur activité professionnelle. Dans le cerveau, la zone du plaisir stimulée par le sport à dose intensive est soudain sevrée et induit un syndrome proche de la dépression. Il arrive que des sportifs se tournent alors, à l’instar de Pantani, vers les narcotiques ou vers l’alcool pour pallier ce manque.

Le dernier Ironman d’Hawaii en chiffres

650'000 Le prize money total (en dollars) de cette épreuve qui fait office de Championnats du monde. Les vainqueurs des catégories messieurs et dames repartent avec un chèque de 120'000 dollars.

2401 Comme le nombre d’athlètes enregistrés. Le droit de participation se gagne à la place, lors des différents Ironmen organisés plus tôt dans la saison. La seule inscription à l’épreuve de Kailua-Kona (Hawaii) coûte 925 dollars.

83 Soit l’âge du concurrent le plus vieux. La femme la plus âgée avait 75 ans. Les plus jeunes avaient 19 ans.

64 Le nombre de nations au départ.

43 L’âge moyen des participants.

2 Comme le nombre de succès de Daniela Ryf. La Soleuroise de 30 ans a remporté les deux dernières éditions des Championnats du monde à Hawaii, en 2015 et 2016. L’an dernier, elle a même établi un nouveau record de l’épreuve en 8 h 46’ 46” (52’50 en natation, 4 h 52’ 26” à vélo et 2 h 56’ 52” au marathon). Sa première poursuivante comptait plus de vingt-trois minutes de retard! Autant dire que la Suissesse partira à nouveau avec le statut de favorite, le 14 octobre.

Articles en relation

Les rues escarpées de Lausanne ont souri aux athlètes vaudois

Triathlon A l’image de Maxime Fluri, 3e en Coupe d’Europe juniors, les régionaux ont brillé lors du 24e Triathlon de Lausanne. Plus...

Sylvain Fridelance crée l’exploit en Hongrie

Triathlon Le triathlète de Saint-Barthélemy est devenu samedi vice-champion d’Europe M23. Plus...

Le canton nagera, pédalera et courra pendant un mois

Triathlon De Nyon à Ollon, six triathlons sont organisés en terre vaudoise jusqu’au 3 septembre. Est-ce trop? Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.