«Nous étions un peu la Jamaïque dans le film «Rasta Rockett»

Patinage de vitesseAvec les Jeux olympiques de la jeunesse dans le viseur, deux jeunes patineurs de vitesse vaudois tentent de se faire une place dans une discipline méconnue en Suisse.

Thibault Métraux et Alexia Turunen s’entraînent une quinzaine d’heures par semaine.

Thibault Métraux et Alexia Turunen s’entraînent une quinzaine d’heures par semaine. Image: CHRISTIAN BRUN

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Une dizaine de membres du Lausanne Short Track pose des matelas contre les bandes de hockey en les attachant avec des scotches. Ils ont entre 8 et 45 ans et font partie de la section patinage de vitesse sur courte piste du Club des Patineurs de Lausanne-Malley (CPLM).

Sur la glace de Malley 2.0, on s’échauffe en bricolant avant l’entraînement. La discipline est peu pratiquée en Suisse (environ 50 licenciés répartis entre deux clubs) et elle a fait son apparition en 2016 à Lausanne. Le CPLM profite alors de fonds obtenus pour créer une section de patinage de vitesse. «Les Jeux de la jeunesse 2020 représentaient un tremplin unique pour lancer ce sport dans le paysage suisse», explique Pascal Zeller, responsable du développement du projet. L’idée de base ressemble à un casting: trouver un garçon et une fille qui représenteront la Suisse dans la capitale olympique pour les JOJ 2020. «On a dû demander de l’aide à l’étranger pour les connaissances et l’expertise dans le sport, notamment le réglage et l’entretien des patins, se souvient Pascal Zeller. Nous n’avions aucun savoir-faire en Suisse.»

Faire connaître la discipline

Le club vaudois engage un coach français (ancien professionnel dans la discipline) pour construire sur des bases solides. Et les premiers intrépides frappent à la porte d’entrée de la patinoire dès 2016. «J’ai reçu un e-mail de mon coach de hockey, raconte Thibault Métraux. Je suis venu par curiosité et j’ai tout de suite accroché.»

À 17 ans, le Leysenoud devrait représenter la Suisse en janvier. Alexia Turunen (15 ans), qui a lâché le patinage artistique pour le short-track quelques mois après Thibault, est bien partie pour être la patineuse suisse lors des Jeux de la jeunesse. Si la décision finale, qui appartient à Swiss Olympic, tombera mi-décembre, les deux Vaudois ont enchaîné les compétitions ces deux dernières saisons et n’ont en réalité pas beaucoup de concurrence. «Nous voulons installer durablement la discipline, mais l’intérêt reste poussif en Suisse», concède Pascal Zeller.

La première compétition des deux «short-trackers» se déroule à Albertville en 2017. «On a débarqué avec nos combinaisons sur lesquelles figure un léopard des neiges, se marre Thibault Métraux. Ça détonnait, les Néerlandais nous regardaient en souriant. C’était un peu à l’image du film «Rasta Rockett», car la Suisse n’est pas une nation de patinage de vitesse.»

Les premiers coups de griffes des félins lausannois sont difficiles. «Il a fallu apprendre la technique de base et maîtriser ces lames plus fines et plus longues que celles d’un patin de hockey, résume Thibault Métraux. En short-track, on ne court pas sur la glace et il y a eu plusieurs gamelles.»

Près de quatre ans après leurs débuts hésitants sur l’anneau glacé, les patineurs suisses enchaînent aujourd’hui avec aisance les tours de piste et s’entraînent une quinzaine d’heures par semaine. Le bruit de leurs lames sur la glace est parfois couvert par les cris de leur nouvelle coache lettonne, Evita Krievane, qui a posé ses valises en Suisse début septembre pour donner une nouvelle impulsion au club vaudois. «Elle est exigeante et j’ai beaucoup progressé avec elle», se réjouit Alexia, qui aime particulièrement l’intensité physique et les contacts qu’elle a découverts avec le short-track.

Première patineuse lettone à participer aux Jeux (Turin 2006), puis coach de la Lettonie, Evita Krievane est prête à relever l’énorme challenge avec cette jeune équipe suisse. «Nous avons une période très courte devant nous. Il faut compter une dizaine d’années pour qu’un patineur devienne bon dans ce sport», observe-t-elle.

Un espoir de médaille

S’ils sont sélectionnés pour participer aux JOJ 2020, Thibault et Alexia afficheront donc des ambitions mesurées. La saison passée, le patineur de Leysin a participé au Festival olympique de la jeunesse à Sarajevo, où il a terminé 18e. «Franchement, une médaille individuelle aux JOJ semble utopique, estime le jeune homme. Je vise un top15, ce serait déjà un résultat incroyable!» Une deuxième opportunité s’offrira au Chablaisien dans le relais mixte. «Là, si j’ai de la chance au tirage, je peux décrocher une médaille.»

Pour Alexia, la tâche sera d’autant plus difficile qu’elle sera la plus jeune parmi les patineuses. Mais le Lausanne Short Track voit plus loin que l’événement de janvier 2020. «Il faut rester réaliste. Certaines nations investissent des millions dans le short-track. Des jeunes athlètes patinent déjà dans les équipes nationales élites, avertit Evita Krievane. Mais si on continue à travailler dur, on pourrait avoir des athlètes aux Jeux olympiques de 2026.»

Vingt ans après leur coach, Alexia et Thibault pourraient aussi vivre leur rêve olympique. Il y a quelques semaines, le Vaudois a allumé la vasque après avoir porté la flamme olympique sur le stade Pierre de Coubertin, à Vidy. «C’était juste dingue, j’ai des frissons quand j’y repense», s’emporte le jeune léopard des neiges, prêt pour une avant-première olympique sur sa glace.

Créé: 18.11.2019, 22h36

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