L’athlète qui voltige, dans les airs comme sur la neige

FreerideMaxime Chabloz (17 ans) est devenu champion du monde junior de ski freeride ce mardi. Un titre déjà fêté trois fois en kitesurf.

«Je sais que si je me blessais, tout s’arrêterait du jour au lendemain, confie Maxime Chabloz. Ce vide me fait parfois peur. Je ne sais pas ce que je ferai alors. Mais je trouverai bien une solution. Je ne suis pas trop bête.»

«Je sais que si je me blessais, tout s’arrêterait du jour au lendemain, confie Maxime Chabloz. Ce vide me fait parfois peur. Je ne sais pas ce que je ferai alors. Mais je trouverai bien une solution. Je ne suis pas trop bête.» Image: Odile Meylan

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L’impression visuelle est toujours la même. Maxime Chabloz semble voler. Qu’il s’élance de sommets enneigés avec ses skis aux pieds ou qu’il décolle dans les airs avec son cerf-volant et son surf, le Vaudois dompte les éléments. Pour le spectateur, l’admiration se teinte immanquablement d’une pointe d’agacement. Ce gamin de 17 ans dégage une telle sensation de facilité qu’il rend presque futile l’extraordinaire. Certains ont tenté de nommer cela: le talent. Mais le qualificatif seul reste trop vague encore.

Un pionnier du kitesurf comme coach

Mardi, l’Aiglon a été sacré champion du monde juniors de freeride à Kappl, dans le Tyrol autrichien. Un titre décroché au terme d’une démonstration livrée sur une pente à 45 degrés. Maxime Chabloz s’y est amusé en enchaînant les virages en pleine pente et les figures au-dessus des barres de rochers. Une prestation impressionnante qui devient surréaliste quand on sait qu’il n’a commencé la compétition dans cette discipline que cet hiver.

C’est sur l’eau et dans les airs que l’athlète adolescent s’est déjà fait un nom. Son sport favori, c’est le kitesurf. Un sport de glisse où il enchaîne les figures au-dessus de l’eau grâce à un puissant cerf-volant («kite» en anglais). Triple champion du monde juniors, le surfeur s’est classé au 4e rang mondial pour sa première année chez les pros. «C’est un talent pur», résume son coach, Fabio Ingrosso. Le Genevois, sextuple champion du monde, a été l’un des pionniers de ce sport hybride. «Maxime a le don de réussir tout ce qu’il veut ou presque sur l’eau.» D’ici à deux ans, l’adolescent pourra viser la place de numéro 1 mondial selon son mentor, «s’il échappe aux blessures et fait preuve de régularité».

Il voulait devenir pro à 10 ans

Oiseau rare, Maxime Chabloz n’est pas facile à capturer. Sa double carrière lui impose un rythme insensé, surtout lorsque l’hiver cède peu à peu la place aux beaux jours. À peine rentré d’un camp d’entraînement à Dakhla (dans le Sahara, au bord de l’Atlantique), il a mis le cap sur Nendaz (VS) pour une épreuve de freeride. Troquant le surf pour les skis. On parvient finalement à le coincer le lendemain de la compétition, chez sa grand-maman à Conthey. La maison familiale est décorée de bibelots et de meubles patinés. Les canapés douillets et les odeurs qui s’échappent de la cuisine donnent envie de s’y éterniser. «Ma grand-mère est une très bonne cuisinière», lâche l’athlète dans un sourire d’enfant. Son bronzage de magazine trahit les heures d’entraînement passées sur l’eau.

La veille, il a chuté, sans gravité, au Nendaz Freeride, laissant échapper la victoire. Ce souvenir frustrant est vite évacué. Le Vaudois, qui a grandi et vit dans le canton de Nidwald, a déjà le regard tourné vers le Tyrol et les Mondiaux juniors qui ont lieu deux jours plus tard. «J’y vais pour gagner», souligne-t-il avec une ferveur déstabilisante. Avec du recul, cette conviction profonde annonçait déjà sa future victoire. «Maxime est obstiné, détaille au téléphone sa maman, Florence. C’est quelqu’un de passionné. Quand il se met quelque chose en tête, il fera tout pour l’obtenir. À 10 ans, il nous a dit qu’il serait kitesurfeur professionnel. Il a réussi.» La monitrice de ski se souvient alors de son fiston dans le jardin familial lorsqu’il avait à peine soufflé ses 11 bougies. «Maxime avait vissé des fixations de snowboard sur son skate. Grâce à un palonnier de ski nautique fixé au balcon, il enchaînait les figures. Cela faisait un bruit pas possible. Je devenais folle, mais il s’entraînait pendant des heures pour répéter des vidéos qu’il avait vues sur internet.»

La liberté et les sacrifices

Cette persévérance ne va pas sans un certain individualisme. Maxime Chabloz poursuit ses objectifs, et rien ni personne ne peut se mettre en travers. «Sur l’eau ou dans la neige, je ne réfléchis plus à rien. Il n’y a plus que l’instant présent qui compte. C’est un sentiment de liberté incroyable.» Une vie dédiée au sport comporte aussi des privations inévitables. «Ma vie sociale est presque inexistante, confie celui qui atteindra la majorité en avril prochain. Je suis prêt à sacrifier cet aspect-là pour avoir du succès. Mon frère est presque mon seul ami, c’est mon meilleur ami disons. Mes proches, ce sont surtout ma famille.»

Son frère justement, Yannick (19 ans), a décroché la médaille d’or aux Universiades de Krasnoïarsk (Russie) en combiné alpin, la semaine dernière. Les deux champions ont fait leurs premiers virages ensemble sur la neige, avant d’intégrer les cadres juniors de l’équipe suisse de ski. Une fusion forcément nourrie par une certaine compétition. «On voulait toujours faire le plus gros saut, allez le plus haut», se souvient Maxime. Et ce n’était pas toujours l’aîné qui gagnait. «Quand ton petit frère réussit des trucs que tu n’arrives pas à faire, c’est parfois frustrant, se souvient Yannick. Aujourd’hui, nous avons chacun trouvé notre sport, notre domaine.» Lui chasse les millièmes, dans une guerre sans merci contre le chronomètre, son frère est en quête perpétuelle du geste juste, de la ligne parfaite.

La peur du vide

Maxime Chabloz a un avenir tout tracé devant lui. Les attentes placées en lui ne lui font pas peur. Après tout, c’est ce dont il a toujours rêvé. Reste que la vie de sportif de haut niveau repose sur un équilibre fragile. «Je sais que si je me blessais grièvement, tout s’arrêterait du jour au lendemain, reconnaît-il avec maturité, le regard plongé devant lui. Ce vide me fait parfois peur. Je ne sais pas ce que je ferai alors.» Mais l’insouciance de sa jeunesse reprend vite le dessus. «Je trouverai bien une solution, conclut-il en se marrant. Après tout, je ne suis pas trop bête.» (nxp)

Créé: 15.03.2019, 09h38

Bio

2001
Naît le 11 avril à Aigle. La famille vit à Kehrsiten, dans le canton de Nidwald, pour le travail du père, ingénieur dans les remontées mécaniques. Son grand frère, Yannick, est aujourd’hui membre du cadre national de Swiss-Ski.

2002
Le petit Maxime découvre le ski à Engelberg (OW) l’hiver avant ses 2 ans.

2010
La famille déménage à Beckenried (NW), toujours au bord du lac des Quatre-Cantons.

2011
Fan de cerf-volant depuis plusieurs années, il est autorisé à faire ses débuts sur l’eau dans le sud de la France.

2013
Signe son premier partenariat avec un équipementier de surf.

2016
Remporte les championnats du monde M15 de kitesurf.

2017
Une fois l’école terminée, il se dédie entièrement à son sport. Il devient champion du monde juniors (M19) à seulement 15 ans, en Espagne.

2018
Intègre le circuit pro et termine 4e du classement général.

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