L’enfant rebelle s’est révélé dans le sport et la musique

Pat BurgenerLe snowboarder vaudois sort ce vendredi un «single» issu de son premier album qui verra le jour en 2018.

Longtemps blessé, Pat Burgener a trouvé son salut grâce à la musique.

Longtemps blessé, Pat Burgener a trouvé son salut grâce à la musique. Image: ODILE MEYLAN

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On dit généralement qu’on ne grandit pas grâce aux victoires, mais grâce aux échecs. Un adage qui illustre parfaitement le parcours atypique de Pat Burgener. Alors qu’il n’a que 8 ans, le jeune rebelle se heurte à un monde qui ne le comprend pas. En l’espace d’un an, il doit changer d’établissement scolaire à quatre reprises, en raison de son comportement. «Quand on m’emmenait à l’école, je m’échappais, raconte le snowboarder de 23 ans. À un moment donné, on pensait même m’hospitaliser. Je me souviens aussi que des profs me disaient que je n’arriverais jamais à rien dans la vie.» Les médecins diagnostiquent une hyperactivité. Ils lui prescrivent de la Ritaline. Mais sa mère, biologiste, et son père, pharmacien, refusent d’administrer ce médicament à leur fils. Ils décident d’endiguer son surplus d’énergie par l’exercice physique. Pat Burgener teste alors plusieurs disciplines comme le foot et le basket. Mais c’est en snowboard qu’il trouve son équilibre et la joie de vivre. Un jour, il pose son premier 360. Et c’est le déclic. Ce tour complet sur lui-même va littéralement révolutionner son existence.

Le garnement s’émancipe et s’épanouit dans un univers qui ne lui est soudain plus hostile. Les regards qu’on lui porte changent. Il devient le jeune prodige. À 14 ans, il bouscule la hiérarchie en «ridant» pour la première fois en Coupe du monde, parmi les stars du cirque blanc que sont Gian Simmen ou Iouri Podladtchikov. Tout va très vite pour le jeune Vaudois. Il franchit les paliers les uns après les autres jusqu’à atteindre des sommets. Les années s’enchaînent et les succès aussi. Il remporte des victoires chez les juniors, avant de réussir son premier podium en Coupe du monde. Il devient même le premier snowboarder au monde à poser un «switch backside triple cork 1440».

L’euphorie le gagne lorsqu’il remporte sa première compétition en Big Air. Rien ne semble plus l’arrêter dans son envol. Rien, sauf la blessure. En 2014, il se brise une main et est victime d’une rupture du ligament croisé du genou droit. «C’est là que ma nouvelle vie a commencé», raconte l’athlète dans son salon de Morrens, en train de siroter une tasse de thé Rooibos. «J’ai compris à cette période que j’avais totalement perdu pied avec la réalité. J’étais limite blasé, ne réalisant pas la chance qui était la mienne.»

Privé de l’adrénaline de la compétition, il est contraint de suivre les JO de Sotchi à la télévision. La musique devient alors un palliatif. Il prend des cours de guitare, il construit sa voix, compose et forme un groupe dans lequel figure notamment son frère Max, étudiant en musique à Londres. Mais c’est avec son frère aîné, Marc-Antoine, que les liens sont le plus étroits. «Il m’a beaucoup aidé dans ces moments de doute. Depuis cette période, c’est lui qui gère mon argent, ainsi que mes carrières sportive et musicale. Il a étudié à la HEC et sait de quoi il parle. Il est toujours là pour moi et défend mes intérêts comme si c’étaient les siens. Dans la famille, nous sommes très proches. Ma mère, une Libanaise (ndlr: ayant vécu au Brésil), nous disait d’ailleurs qu’à trois, nous formerions un mur incassable. Elle disait vrai.»

Mais la famille du sang n’est pas la seule que compte Pat Burgener. Dans sa vie de nomade, le snowboarder adore retrouver de nouveaux horizons. «Quand je pars, je suis trop heureux. J’ai ma famille à la maison, celle du snowboard et une autre dans la musique. Et même quand je me retrouve seul à l’autre bout du monde, ma guitare est là, avec moi. J’ai toujours ce réconfort, que je sois dans un aéroport ou sur une plage. Quand je la prends dans mes mains, j’entre dans un monde où je me sens intouchable.»

De l’euphorie à la tristesse

La musique est sa bulle. C’est là qu’il s’évade, qu’il révèle ses sentiments, ses passions. «Vous savez, j’ai sorti tellement de larmes de mon corps quand j’étais jeune. Aujourd’hui, cela va heureusement mieux, mais je passe toujours par des moments d’euphorie puis de tristesse. Comme après avoir joué à Caribana avec mon groupe, l’été passé. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé seul. C’est là que j’ai composé le titre Lost Time qui raconte ce sentiment. Parfois, je comprends pourquoi un grand nombre de sportifs et de musiciens tombent dans l’alcool. Moi, j’accepte cet état dépressif. Je ne le compense pas. Je trouve important d’aller au plus profond pour savoir ce qu’il y a véritablement en soi. J’estime que la vie est belle parce que nous nous y accrochons. Et si nous étions tous immortels, elle n’aurait tout simplement pas de sens.»

Les textes de Pat Burgener sont empreints de cette sensibilité à fleur de peau. Le chanteur n’hésite pas à utiliser la métaphore. Les femmes, l’amour, le sport ne sont jamais loin. Ils sont toujours bien servis par un joli grain de voix. Son inspiration, il la puise dans son quotidien. «Lors des épreuves pré-olympiques, j’étais à deux doigts de gagner le championnat devant des stars comme Shawn White. Dans mon dernier run, je tombe et je me fais mal. Je rentre à l’hôtel et, en deux heures, j’écris une chanson qui s’appelle Korea. Elle décrit ce qu’est la défaite sportive. L’écriture me permet de me reconstruire. Claudio Alessi, un maître des arts martiaux, dit d’ailleurs que ce n’est pas le nombre de fois où tu tombes qui importe. Mais le nombre de fois où tu te relèves. (24 heures)

Créé: 08.12.2017, 08h22

Bio

1994 Patrick Burgener naît à Lausanne le 1er juin.

2004 Pose son premier 360.

2006 Premier podium au Kids on Snow.

2008 Première Coupe du monde à Saas Fee.

2009 Gagne le Burton European Open en slopestyle et en half pipe (M14). Top 15 chez les élites.

2010 1er podium en Coupe du monde à Kreischberg (Aut). Manque les JO à cause d’une blessure.

2011 Premier snowboarder à poser un «switch backside triple cork 1440». Gagne son premier Big Air à Budapest.

2014 Doit renoncer aux JO de Sotchi sur blessure. Création de son groupe.

2015 Sortie de son premier single, Show Me the Way.

2016 Podium au Laax Open. Sa carrière est relancée. Joue avec son groupe au Montreux Jazz Festival.

2017Joue à Caribana et à Sion sous les étoiles.

2018Sortie de son album et JO de Pyeongchang.

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