Face au manque de joueurs, le hockey amateur réagit

SportLes clubs régionaux cherchent de nouveux modèles face aux difficultés. Descendu en 3e ligue, le Villars HC se rapproche des clubs valaisans. La faute à la MySports League?

Villars était en 1re ligue jusqu’à cette année. Avec 50 matches par an, certains joueurs peinent à suivre.

Villars était en 1re ligue jusqu’à cette année. Avec 50 matches par an, certains joueurs peinent à suivre. Image: VANESSA CARDOSO

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LHC, Gottéron, Servette, Davos. Même quand on ne connaît pas le hockey, ces noms disent quelque chose. Mais à côté des équipes stars de la National League et de la Swiss League, environ 200 clubs plus ou moins amateurs bataillent toute l’année dans le championnat, parfois à la limite de la survie.

Entre problèmes d’effectifs ou difficultés financières, certains peinent à aligner assez de joueurs sur la glace. L’annonce de la relégation du Villars Hockey Club de la 1re à la 3e ligue en septembre a mis en lumière les difficultés de ces clubs. Surtout pour une équipe deux fois championne suisse dans les années 1960.

Parmi ces clubs mal en point, quelques-uns ont dû quitter le championnat pour devenir des clubs de loisirs. Mais pour les autres, la solution passe souvent par un rapprochement. L’histoire rappelle en partie la fusion de Star Lausanne et de Forward Morges en 2016. Mais sans parler de «fusion», Villars s’est rapproché de Monthey et des Portes du Soleil pour cette saison (lire en encadré). En outre, un comité de joueurs actuels et anciens prendra les rênes du club courant 2020.

Pas assez de joueurs

Parmi eux, Michaël Bochatay, le capitaine, et Thierry Marro, l’un des attaquants. Ils mettent le doigt sur un problème soulevé par de nombreux autres acteurs du hockey amateur: le manque de joueurs, dans un bassin de recrutement relativement restreint. «Il faut dire que la 1re ligue demande beaucoup d’investissement personnel avec une cinquantaine de matches par saison, ainsi qu’entre quatre et cinq soirées par semaine», expliquent de concert les deux hockeyeurs.

Autre souci: la distance pour les matches à l’extérieur, jusque dans le canton de Berne pour les clubs romands de 1re ligue. «Cela peut demander plusieurs heures de trajet, avec des retours à 2h du matin, ajoutent les deux joueurs. C’est impossible à tenir si l’on bosse à 100%, avec une famille.»

Pour pallier ce problème et garder une place honorable dans le championnat, certains clubs recrutent loin à la ronde. Villars ne fait pas exception. «Pour avoir une équipe de vingt joueurs et deux gardiens en 1re ligue, nous devons les chercher jusqu’à Lausanne ou Fribourg», souligne Philippe Bonzon, le président du club. Comme autre source des difficultés du club, il pointe aussi la création de la MySports League en 2017, qui dégarnirait les équipes de 1re ligue (lire en encadré).

Solution: se regrouper

C’est donc pour ça que Villars se rapproche de Monthey et des Portes du Soleil. L’année dernière, d’autres clubs de la région avaient suivi la même voie, dont Martigny et Sion. Le groupement HC Valais-Chablais revendique 24 équipes, 500 joueurs et 400 jeunes. Le but: garantir d’avoir une équipe dans un maximum de ligues, pour que chaque hockeyeur joue à son niveau et reste dans le club.

«Si un club reste seul, ses joueurs ne peuvent pas évoluer comme ils le voudraient ou le pourraient, explique Nicolas Burdet, directeur d’HC Valais-Chablais. C’est d’autant plus difficile dans une petite région. Notre but est d’offrir du hockey à tout le monde. Un certain nombre de jeunes joueurs de Villars nous ont rejoints. Même si nous les défrayons moins, leur venue est due au fait que nous leur proposons davantage de perspectives pour l’évolution de leur carrière. Ils sont jeunes et en veulent.»

Certains accusent Villars d’avoir loupé le train en refusant de joindre ce regroupement en 2018. Mais Philippe Bonzon rejette le reproche: «Il aurait fallu laisser tomber notre nom. Ça aurait été une perte d’identité. C’est un non-sens, car ça éloigne le club de ses fans, de ses sponsors et des communes qui le soutiennent.»

Effectivement le nouveau club valaisan avait supprimé les noms de ses équipes, mais a fait machine arrière précisément pour une raison d’identité. «Ça a été une étape peut-être un peu trop brutale», concède Nicolas Burdet.

Besoin de vrais managers

Alors que certains de ces clubs visent un bon niveau et multiplient les matches, la plupart sont gérés par des bénévoles. C’est un souci, selon beaucoup d’acteurs du hockey. «Cela fait longtemps que des clubs de montagne comme Villars ont loupé le train. Cela date des années 70 et 80, quand des équipes comme Davos ou Ambri ont su prendre le virage professionnel», note un observateur averti.

Faut-il pour autant engager des pros pour diriger un club? Pas forcément. Mais il faudrait professionnaliser la formation de ces dirigeants, à l’instar de ce que la Fédération suisse de hockey a fait pour les joueurs, les arbitres et les entraîneurs. «C’est clairement une piste à suivre, insiste Marc-Antho­ny Anner, vice-président de la Fédération. La société évolue vite et les instances sportives, amateurs ou professionnelles, doivent aussi évoluer. Il faut au minimum sept ou huit personnes pour gérer un club, pour l’administration, les relations avec la ligue et les communes, la recherche et la fidélisation de sponsors, la communication, l’équipe, la relève, etc.»

Problèmes financiers

Un club de hockey, même amateur, peut avoir de sacrées dépenses: licences, championnat, défraiement des joueurs, matériel, déplacements, etc. Villars ne fait pas exception, à entendre Nicolas Croci Torti, le municipal libéral-radical en charge du Sport à Ollon. «La situation du club me désole, mais ne me surprend pas, note le député. La Commune fait partie des actionnaires du Villars HC. Il est apparu lors de la dernière assemblée qu’un mécène bouchait le déficit entre 100'000 et 150'000 francs par an. Il a cessé en 2016.» Il ajoute que la Commune soutient le club à hauteur de 80'000 à 100'000 francs par an. Il rencontrera bientôt le futur comité de joueurs.

Avec un caractère dont il reconnaît qu’il a pu fâcher, Philippe Bonzon note, lui aussi, les difficultés de management. «Travailler avec des bénévoles est compliqué et déléguer dans ces conditions peut amener à d’importants retards. Ce club me tient à cœur. Mais je suis fatigué et je quitterai mon mandat à la fin de la saison.»

Créé: 28.10.2019, 06h26

La MySports League pointée du doigt

En 2017, la Fédération suisse de hockey a créé la MySports League, sponsorisée par la chaîne sportive d’UPC. Le but: réunir les douze meilleures équipes de 1re ligue. Ce qui a rendu la situation difficile, selon certains acteurs du hockey amateur. «Cela a été un mauvais choix», accuse Philippe Bonzon, président du Villars HC. «La MySports League devait prendre des juniors élite et pique finalement des joueurs de 1re ligue, ce qui dégarnit les clubs.» Selon lui, cela a aussi changé l’organisation du championnat et allongé
une partie des trajets.

La Fédération rejette ces reproches, par la voix de son vice-président, Marc-Anthony Anner: «La MySports League a été créée pour les clubs qui caracolaient en tête de la 1re ligue et pouvaient prétendre à la Swiss League, et pour les joueurs prometteurs avant de peut-être rejoindre la National League ou la Swiss League. De nombreux spécialistes reconnaissent sa qualité et son niveau.»

Saison «à blanc» pour Villars

Maintenant que le Villars HC a été relégué en 3e ligue, que va-t-il se passer au niveau sportif? Dans un premier temps, le club va «jouer une saison à blanc», selon son président, Philippe Bonzon. Le club s’est rapproché de ceux de Monthey (MCHC) et des Portes du Soleil (PDS).

Ses joueurs ont rejoint une des équipes de Monthey, également en mal d’effectifs. Pendant un an, ils ne jouent donc plus sous l’appellation Villars HC, mais avec le label MCHC-PDS-Villars. «Dans le cas d’une promotion à la fin de
la saison 2019-2020, nous reviendrons en 2e ligue, ajoute Philippe Bonzon. Le but sera de réunir à Villars les meilleurs joueurs.» Cette saison «blanche» aura un impact financier pour les joueurs, car ils ne sont plus défrayés. «C’est la pratique en 3e ligue, ajoute Philippe Bonzon. Nos joueurs ne jouent pas pour l’argent, mais par passion.»

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